‹ Histoire de la RestaurationChapitre 189 sur 325 · GAND : TRAVAIL CONTRE M. DE BLACAS. 38‘J · texte numérisé non relu

GAND : TRAVAIL CONTRE M. DE BLACAS. 38‘J

jusqu’à la session de la Chambre , comme la Charte y autorisait , et qu’on prit des mesures énergiques , il poursuivait ainsi : « M. de Chateaubriand, avec plus de talent que M. de Lally et des vues plus saines ou plus aisément rectifiées, paraît être dans une fort juste mesure à l’égard des conseils énergiques que le Roi doit exclusivement écouter à son retour. M. de Jaucourt, plus que tout autre, répugne à ces conseils comme à ceux qui les donnent ; le duc de Feltre est au contraire dans les idées les plus sages. C’est dans cette disposition des hommes qui entourent S. M. qu’ils ont vu arriver le comte Alexis de Noailles porteur d’une longue dépêche de M. de Talleyrand, dans laquelle ce dernier rendait compte des fortes préventions de l’empereur Alexandre contre la conduite intérieure du gouvernement du Roi. Dans cette lettre, M. de Talleyrand fait le récit d'une conversation entre S. M. I. et lord Clancarty , dans laquelle Alexandre a désigné Monsieur , les princes et surtout moi comme étant les obstacles contre lesquels était venue échouer l’Europe dans ses efforts pour rendre à la France un gouvernement fort et durable. Dans la longue liste des griefs que la lettre plaçait tous dans la bouche de l’Empereur, quelques-uns ont été en effet énoncés dans cet entretien ; le reste, comme je l’ai su d’une manière positive , est une fiction de M. de Talleyrand. Une autre partie de la dépêche explique la teneur énigmatique d’une lettre que le prince m’a écrite et dans laquelle il me parle d’un sacrifice que les fidèles serviteurs du Roi doivent rendre facile à S. M. Ce sacrifice paraît être celui de conseils jusqu’à présent suivis par le Roi pour y substituer ceux des hommes qui , dans l’opinion des souverains , donneraient plus d’ensemble et de solidité au ministère. M. de Talleyrand ne les désigne pas; mais des renseignements donnés par M. de Pozzo, le chevalier Stuart et le duc de Wellington répandent le plus grand jour à ce sujet. Madame sait qu’un nommé Montrond est allé à Vienne avec

LES CENT-JOinS.

une mission annoncée d'abord comme lui ayant été donnée par Bonaparte , désavouée dans un article subséquent du Moniteur, où il est présenté comme un fugitif porteur de quelques papiers importants envoyés à M. de Talleyrand par ses amis. On a su que Montrond avait logé trois jours chez M. de Talleyrand où M. de Noailles a dit qu’il avait couché une seule nuit sans que le prince en fût informé. On a su en outre par madame de Yitrolles venue à Garni , retournée à Paris et revenue ici en moins de huit jours, pour traiter de la délivrance de son mari, que M. Fouché lui avait parlé en très-bons termes de la famille royale, qu'il avait affecté de l’intérêt, et que peutêtre même il avait fait des ouvertures qui cependant ue sont pas arrivées jusqu’au Uoi, et l’on a lieu de soupçonner qu’une correspondance à Vienne avec MM. de Talleyrand et Dalberg, suivie peut-être ici par M. de Jaucourt, a pour but éventuel le plan d’un nouvel amalgame dont les éléments présenteraient la garantie qui, par une fatalité singulière, paraîtrait à la fois aux souverains alliés et à une partie du ministère du Roi le seul moyen d’affermissement qui reste à l’autorité légitime. » En terminant cette note, qui jette un grand jour sur les mouvements intérieurs de la petite cour deGand, M. de Blacas disait à madame la duchesse d’Angoulême que les cours étrangères s’étaient montrées tout à coup imbues des plus fortes préventions contre lui, que le duc de Wellington avait été même chargé par son gouvernement d’exprimer au Roi ce sentiment, en même temps qu’une vive opposition aux conseils de Monsieur ; notification politique tempérée par des marques non équivoques de l’estime et de la confiance personnelle du généralissime des forces anglaises. Le ministre de la maison du Roi ue dissimulait pas à la princesse qu’en présence de cette situation, sa retraite pouvait, d’un moment à l’autre, devenir nécessaire, quoiqu’il n’eùt pas jusque-là donué sa démission par respect pour la volonté du Roi.

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