GAND : CAUSES DE !,A CHUTE DE M. DE BLACAS
C’est ainsi que se développait la situation qui, dès le 20 mars, se dessinait contre M. de lilacas. La commodité pour le public de personnifier la responsabilité des fautes du gouvernement et des malheurs de l’État dans un homme , la pente naturelle des esprits à choisir pour bouc émissaire de cette responsabilité l’homme le plus avant dans la confiance du Roi, celui qui, s’il n’avait pas tout fait, aurait pu beaucoup faire s’il avait usé de son crédit; les rancunes du parti constitutionnel qui trouvait que M. de Blacas avait taillé la part trop large aux îiommes de cour et d’ancien régime, aux émigrés, qui s’adressaient naturellement à lui comme h un des leurs; le mécontentement des hommes de cour et des émigrés , dont M. de lilacas n’avait pu satisfaire tous les désirs et réaliser toutes les espérances, et qui ne comprenaient pas qu’un d’entre eux étant au ministère, il ne les introduisît point partout où ils voulaient entrer 1 ; la conviction des cabinets étrangers que le 20 mars avait été facilité en partie par le défaut d’unité et d’homogénéité, et conséquemment par le défaut d’action et d’initiative du ministère, et le sentiment de la nécessité d’ou-
I . On trouve dans les apologies inédites de M. de lilacas, ronce liée* el rédigées sous ses yeux , des indications qui jettent du jour sur les attaques dont il étall l’objet. Dans une de ees apologies on Tait remarquer « qu’il n’était ni ministre de la guerre, ni ministre de la marine, ni ministre de l’intérieur, ni directeur de la poliee, ni directeur' des postes; ce n'étail donc pas lui qui avait été la cause immédiate des événements. Il ne pouvait empêcher que M. de La Valette , chef du bureau secret (l'oncle du directeur des postes sous l'Empire), se trouvât seul chargé de surveiller, c'est-à-dire de laisser passer, sans surveillance, la correspondance de l’ÎIe d'Elbe. Esl-ee indirectement 1 II n’a inilué sur aucun choix, et le Roi lui-même avail accepté les minisires du gouvernement provisoire. En deux mois, M, de lilacas n'a été pour rien dans le choix des hommes, pour rien dans les mesures politiques. Ce n'est pas lui qui a substitué le maréchal Soult à M. Duponl, qui a mis M. Reugnol à la marine. Dans celte défense on reconnaissait que des fautes avaient été commises, el l'argumentation à l'aide de laquelle on déchargeait M. de Dlacas n'était pas sans réplique. Si M. de Blacas, dont le crédit était si grand sur l’esprit du Roi , n'en avait point usé pour prévenir ces fautes, c'était donc qu’il n'avuil pas vu ce qu’il y avait à faire, ou qu'il n avait pas la résolution nécessaire pour le faire, deux grands défauts en politique.
LES CENT— JOURS
vrir la seconde Restauration avec un ministère homogène , uni, actif, vigoureusement organisé dans son chef et ses membres; l'impossibilité de placer M. de Blacas comme premier ministre dans un ministère parlementaire, aggravée par l’impossibilité d’assigner le second rang dans le ministère à l’homme qui avait le premier rang dans la faveur du Roi, tout, concourait à exclure M. de Iîlacas des affaires. Pour ne rien omettre, il faut se souvenir de ce que lui écrivait un homme qui fut activement môle aux négociations de ce temps, le comte de Moutaignac, qui , adressant au comte de Blacas luimôme le résumé de la conférence qu’il avait eue avec lui la veille, s’exprimait ainsi le 16 mai 18io. « Je vous l’ai dit hier, vous pouvez, vous devez môme rester près du Roi. Vous sentez vivement que le Roi doit tenir au principe de la légitimité héréditaire, qu’il doit conserver en entier le principe monarchique, qu’il doit maintenir en rentrant la Charte qu’il a donnée, et ne pas souffrir qu’on lui en fasse accepter une. Vous sentez qu’il est de l’honneur et de l’intérôt du Roi, comme de l'honneur et de l’intérôt de la nation, que le parti royaliste se lève en France, pour que l’étranger ne se targue pas d'avoir seul rétabli le Roi par la force de ses armes. Voilà de grandes idées, ce sont les vôtres. Restez auprès du Roi pour les défendre envers et contre tous; mais n’y restez pas comme ministre. Il s’est élevé en France contre vous une opinion trèsforte; elle s’est grossie à l’étranger. M. de Talleyrand, qui est votre ennemi , aura sans doute aggravé dans les conseils des souverains tout ce qui se dit de vous. Malheureusement l'Europe ne vous connaît que par une année de ministère dont la fin a été le 20 mars. M. de Talleyrand va venir à Gand; s’il y arrive, quelque chose que vous fassiez, il sera le ministre dirigeant. Nul homme en Europe n’est assez fort pour lutter contre tous. Votre plus grande faute, c’est d’avoir méconnu cette vérité. Sous le règne du Roi, vous avez gardé avec tout