‹ Histoire de la RestaurationChapitre 20 sur 325 · PROCLAMATION DE NAPOLÉON AU PEUPLE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

PROCLAMATION DE NAPOLÉON AU PEUPLE FRANÇAIS

par le nombre de ses bataillons, la bravoure et le patriotisme des troupes

qui la composaient, à même de battre le corps d'arinée autrichien qui lui était opposé et d'arriver sur les derrières du flanc gauche de l'armée ennemie qui menaçait Paris.

« Les victoires de Champaubert, de Montmirail , de Château-Thierry, de Vauxchamps, de Mormans, de Montereau, de Craonne, de Reims, d’Arcis-sur-Aube et de Saint-Dizier, l’insurrection des braves paysans de la Lorraine, de la Champagne, de l'Alsace, de la Franche-Comté et de la liourgogne , et la position que j’avais prise sur les derrières de l’armée ennemie, eu la séparant de ses magasins, de ses parcs de réserve, de ses convois et de tous ses équipages, l'avaient placée dans une position désespérée. Les Français ne furent jamais sur le point d'être plus puissants, et l'élite de l’armée ennemie était perdue sans ressource; elle eût trouvé son tombeau dans ces vastes contréês qu'elle avait si impitoyablement saccagées, lorsque la trahison du duc de Raguse livra la capitale et désorganisa l'armée.

« La conduite inattendue de ces deux généraux, qui trahirent à la fois leur patrie, leur prince et leur bienfaiteur, changea le destin de la guerre. La situation désastreuse de l'ennemi était telle, qu'à la fin de l'affaire qui eut lieu devant Paris, il était sans munitions, par la séparation de ses parcs de réserve.

« Dans ces nouvelles et grandes circonstances, mou cœur fut déchiré, mais mon âme resta inébranlable. Je ne consultai que l'intérêt de la patrie; je m’exilai sur un rocher au milieu des mers : ma vie vous était et devait encore vous être utile; je ne permis pas que le grand nombre de citoyens qui voulaient m’accompagner partageassent mon sort ; je crus leur présence utile à la France, et je n'emmenai avec moi qu'une poignée de braves nécessaires à ma garde.

« Élevé au trône par votre choix, tout ce qui a été fait sans vous est illégitime. Depuis vingt-cinq ans la France a de nouveaux intérêts, de nouvelles institutions, une noûvelle gloire qui ne peuvent être garantis que par un gouvernement national et par une dynastie née dans ces nouvelles circonstances.

« Un prince qui régnerait sur vous, qui serait assis sur mon trône par la force des mêmes armées qui ont ravagé notre territoire, chercherait eu vain à l'étayer des principes du droit féodal ; il ne pourrait assurer l’honneur et les droits que d’un petit nombre d'individus ennemis du peuple, qui, depuis vingt-cinq ans, les a condamnés dans toutes nos assemblées nationales. Votre tranquillité intérieure et votre considération extérieure seraient perdues à jamais.

« Français! dans mon exil j'ai entendu vos plaintes et vos vœux: vous réclamez ce gouvernement de votre choix, qui seul est légitime. Vous

RETOUR DE L'iLE D’ELBE.

accusez mon long sommeil , vous me reprochez de sacrifier à mon repos I» grands intérêts de ma patrie.

« J'ai traversé les mers au milieu des périls de toute espèce; j'arrive parmi vous reprendre mes droits, qui sont les vôlres. Tout ce que des individus ont fait, écrit ou dit depuis la prise de Paris, je l’ignorerai toujours ; cela n'influera en rien sur le souvenir que je conserve des services importants qu'ils ont rendus; car il est des événements d'une telle nature qu'ils sont au-dessus d'une organisation humaine.

• Français! il n’est aucune nation, quelque petite qu'elle soit, qui n’ait eu le droit et qui ne se soit soustraite au déshonneur d'obéir â uu prince imposé par un ennemi momentanément victorieux. Lorsque Charles VII rentra â Paris et renversa le trône éphémère de Henri VI , il reconnut tenir son trône de la vaillance de scs braves et non d'un prince régent d'Angleterre C’est aussi à vous seuls et aux braves de l'armée que je fais et ferai toujours gloire de tout devoir.

« Naioléos. •

Ces deux proclamations allaient marcher comme deux flambeaux devant la phalange revenue de l’ilc d'Elbe.

Napoléon traversa le bourg de Cannes, dont le maire refusa de paraître devant lui; il laissa sur sa droite Antibes, qu’un capitaine de sa garde, à la tête de quinze hommes, avait essayé en vain de surprendre aux cris de vive C Empereur, et où il était resté, avec sa petite troupe et deux autres émissaires, prisonnier du général Corsin et du bataillon qui tenait garnison . dans la ville. 11 marcha durant toute la nuit et toute la matinée du lendemain, précédé de quelques heures par le général Cambronne, qui conduisait sa faible avant-garde, et, tournant (Irasse, il prit position sur un plateau qui domine cette ville. Les paysans regardaient silencieusement passer la petite colonne, d’un air à la fois inquiet et incertain, sans s’opposer à la marche, mais aussi sans la saluer par aucune manifestation. Lorsque les soldats leur disaient que Napoléon était là.

l . Allusion au discours adressé par Louis XVII I su prince régent, lors de son passage à Londres, le 31 avril I8M.

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