CONSÉQUENCES DU MANIFESTE DU 12 MAI. 10S
aucune diminution de territoire. Mais, d’après les modifications introduites à l’occasion des ratifications, la question du gouvernement restant au moins en apparence indécise et contestable, même aux yeux des alliés de Louis XVIII, les espérances et les menées des factions intérieures se trouvaient autorisées , et les puissances ne demeuraient plus engagées à maintenir à la France l’intégrité du territoire qui lui avait été reconnu par le traité de Paris. Cette dernière conséquence ne fut pas longtemps douteuse pour le roi Louis XVIII, car il apprenait par une lettre confidentielle écrite de Londres, à la date du 1 7 mai, par le prince de Castelcicala au comte de Plaças, que le comte d’Aglié avait signé avec le duc de Wellington un traité de subsides, au nom du roi de Sardaigne, pour un effectif de quinze mille hommes, et qu’on avait dit à ce prince « qu’il pouvait les porter en Savoie quand les hostilités commenceraient, et reprendre les parties de ce duché qui avaient été cédées à la France par les stipulations du traité de Paris 1 . »
Ainsi, en même temps qu’on cessait de considérer la royauté de Louis XVIII comme incontestable, on cessai^de considérer la France comme amie, les stipulations territoriales du traité de. Paris comme obligatoires, et l’on rétrécissait déjà par les conventions militaires arrêtées avec le roi de Sardaigne, les frontières qui, en 1814, avaient été fixées à notre pays.
Le moment est venu d’expliquer le revirement de l’Autriche qui amena cette modification dans l’attitude de l’Europe. Le duc d’Otrante , dont on a vu la main apparaître partout depuis le commencement des Cent-Jours, avait noué aussi une partie
I . I.e prince (le Castelcicala, en donnant cette nouvelle, ajoutait : « Je tous confie ceci avec toute réserve, en vous priant que ceci resta entre vous cl le Hoi. • Puis, il indiquait le chiffre du subside : « L’ Angleterre donne au roi de Sardaigne 1 1 livres sterling 2 sclicllings pour chaque homme par an , pour quinte mille hommes. » [Papiers politiques de SI. de lllacas.)
LF.S CEXT-JOt’HS.
à Vienne. Des émissaires clandestins, M. de Montrond, M. de Saint-Léon, avaient cherché en son nom à faire entrer dans une de ses trames M. de Mettemich. L’audace de Fouché croissant avec les embarras de l’Empereur, il osa concevoir l’espoir et le projet d’arrêter les armées coalisées sur les frontières, comme il avait arrêté la prise d’armes de la Vendée, en se chargeant de mettre un terme au second Empire par des moyens intérieurs. 11 proposait de contraindre Napoléon à abdiquer si les coalisés renonçaient de leur côté au rétablissement des Bourbons. On ne saurait scruter les intentions des hommes, mais ce qu’il y a de certain, c’est que M. de Metternich ne repoussa pas les ouvertures de Fouché. Que ce fût, comme on l’a dit, pour séparer le parti républicain de l’Empereur, pour désintéresser les constitutionnels, pour ébranler même le dévouement des bonapartistes en leur montrant une chance distincte de celle de Napoléon, ou que le cabinet autrichien fût réellement disposé à accepter en France toute espèce de gouvernement, excepté celui de Bonaparte, toujours estil que M. Werner, accrédité par M. de Metternich pour se rencontrer à Bàlu. en Suisse avec l’émissaire de Fouché, déclara de la manière la plus formelle que l’Autriche était prête à accepter en France le gouvernement du fils de Napoléon, celui du duc d’Orléans, ou même un gouvernement fédératif, au choix de ceux qui arracheraient à l’Empereur son abdication. Ce fait est demeuré hors de doute, parce que l’Empereur, qui soupçonnait les trames de Fouché, et qui, au milieu de ses embarras et de ses occupations, était encore obligé de soutenir une guerre de police et de contre-police avec son ministre, surprit le secret de cette négociation clandestine. Un de ses hommes de confiance, M. Fleury de Chaboulon, qui était allé le chercher à l’ile d’Elbe, se rendit à Bêle, muni du mot de passe et des signes de reconnaissance saisis sur un émissaire, et se mit en relation avec M. Werner, qui, le croyant envoyé par Fouché,