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I. Mémoire! de Lu Valet le, (orne II, pagff

l’idée DE FAIRE ABDIQUER NAPOLÉON RE RÉPAND. 407

plus dévoués de l’Empereur auraient désiré qu’il abdiquât eh faveur de son fils, tant son maintien au pouvoir paraissait impossible ! — « J’étais aussi de cet avis, dit La Valette, mais de la part de Fouché ce conseil n’était pas sans danger pour celui auquel il le donnait. Puisqu’il avait été repoussé, il était du devoir du ministre ou de ne plus y penser, ou de donner sa démission. » Ainsi La Valette lui- même aurait voulu que l’Empereur abdiquât ! Tout le monde le désirait autour de lui, et cela se comprend. On était déjà las de son pouvoir en 1814. On aurait trouvé commode de reprendre, au moyen de son retour de l’ile d’Elbe, la chance de régence qui souriait à tant d’esprits dix mois auparavant, et de remplacer le despotisme solitaire de l’Empereur par une oligarchie impériale ; d’autant plus heureux, qu’au lieu de se sacrifier à l’Empereur comme il fallait le faire s’il restait au pouvoir, c’était l’Empereur, lui-même qu’on sacrifiait aux ambitions qu’il avait si longtemps reléguées sur le second plan de la scène.

Cette idée, qui réussissait dans l'entourage même de Napoléon, devait encore bien mieux réussir dans le parti constitutionnel. Ce parti, ou l’a vu, jouissait, par la protection de Fouché, qui, en le protégeant ainsi avait ses desseins, d’une liberté à peu près absolue en matière de presse. Il en profita pour répandre et vulgariser l’idée de l’abdication. Deux écrivains que nous avons déjà rencontrés et qui continuaient à user largement de la liberté qu’on était obligé de leur laisser, MM. Dunoyer et Comte, exprimèrent hautement cette pensée dans le Censeur , dont la vogue était grande à cette époque : « Si Napoléon abdiqua en 1814, disaient-ils, pour prévenir la guerre civile et mettre un terme à la guerre étrangère, pourquoi en 1815, lorsque la guerre civile est près d’éclater et que la France est menacée de l’invasion de tous les peuples de l’Europe, retient-il sa puissance ? Sa patrie lui est-elle moins chère cette année que l’année dernière, ou une abdication en

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faveur des Bourbons lui semble-t-elle préférable à une abdication en faveur de son fils ? »

Ainsi l’idée de l’abdication faisait son chemin. On la rencontrait aux Tuileries, dans le conseil même de l’Empereur, dans la presse, partout. Si la résistance absolue de Napoléon empêchait cette idée de prévaloir actuellement, elle était entrée dans les esprits, et elle devait apparaître dès que les circonstances la favoriseraient. Déjà les partis et les politiques faisaient leurs calculs dans cette prévision. Chacun s’habituait à séparer sa cause de celle de Napoléon. On acceptait d’avance, on sollicitait même le sacrifice qu’il n’offrait pas encore. Dans la situation où se trouvaient la France et les puissances européennes, il y avait quelque chose de grave dans cette disposition.

Au milieu de ces préoccupations, une nouvelle de mauvais augure vint attrister encore Napoléon. Murat, avec l’impétuosité naturelle de son caractère, n’avait pas écouté les conseils de temporisation que lui faisait parvenir l’Empereur, même avant son arrivée à Paris. Le 31 mars, ce compromettant auxiliaire avait appelé l’Italie aux armes par un manifeste daté de Rimini, où il lui promettait l’indépendance : « Italiens, disait-il, vous avez été jadis les maîtres du monde, et vous avez expié cette gloire par vingt siècles d’oppression. Mettez aujourd’hui votre ambition à ne plus avoir de maîtres. Des mers, des montagnes inaccessibles, voilà votre limite. Il s’agit de décider si l’Italie sera libre, ou si vous accepterez la servitude étrangère. J’appelle à moi tous les braves de l’Italie. » Commençant ainsi la guerre pendant que Napoléon protestait encore de sa ferme résolution de maintenir la paix, Joachim Murat s’avança vers le Milanais en s’emparant de Modène, après avoir repoussé une division autrichienne commandée par le général Bianchi. En même temps des corps détachés de son année occupaient Rome et Florence , et le pape, rentré la veille dans

ÉCHAl'FFOl'RÉE ET FUTE DE .MIRAT. MH)

ses États, était obligé d’en sortir en fugitif. Ainsi, à peine Napoléon était-il de retour en France que les agitations et les bouleversements de l’Europe recommençaient. L’Autriche alarmée lit, dit-on, offrir à Murat de lui garantir le royaume de Naples en Italie s’il voulait se joindre à la coalition. Mais le beau-frère de l’Empereur, plein du souvenir des dangers qu’avait courus sa frêle royauté dans le congrès de Vienne, enivré en outre d’un succès facile obtenu par surprise, et exalté par les cris de Vive Joachim J Italique! Vive F indépendance italienne , répondit fièrement : « Il est trop tard, » et continua à marcher en avant avec une armée brillante, mais sans solidité et sans cohésion. L’Autriche, tout en négociant, avait fait filer à la hâte des troupes vers l’Italie. Au milieu du mois d’avril, le général Bianchi était en état de prendre l’offensive, et aucune des espérances de Murat ne s’était réalisée. Le soulèvement, au lieu d’être général, n’avait été que partiel ; cette mobilité d’esprit qui, dans la même année, lui avait fait abandonner Napoléon pour l’Autriche et l’Autriché pour Napoléon, éloignait de lui toute confiance. On n’avait foi ni dans son caractère, ni dans sa capacité, et plusieurs allaient même jusqu’à l’accuser d’avoir dénoncé à l’Autriche les menées des partisans de l’indépendance de l’Italie à l’époque de son intimité avec le cabinet de Vienne. Quoiqu’il eût marché vers le Pô, l’Italie du Nord, c’est-à-dire la partie la plus belliqueuse de la Péninsule, ne bougea pas. Dès lors son entreprise était manquée. Le général Itianchi, vainqueur une première fois près d’Occhio-Bello, força l’armée napolitaine à repasser précipitamment la Secchia pour se diriger vers Bologne. Vivement suivi dans sa marche rétrograde par le général Niepperg, tandis que le général Bianchi était allé l’attendre à l’entrée des États romains dans une forte position, sur les hauteurs de Tolentino, Murat attaqua dans ses retranchements ce dernier, dont les troupes étaient moins nombreuses, avec l’espoir de s’ouvrir une route vers ses États.

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La double attaque qu'il tenta successivement àTolentino, puis, quelques lieues plus loin, à Mauruta, échoua. L’armée napolitaine, intrépidement conduite par Murat et un petit nombre d’officiers français, avait mollement suivi cette initiative. Elle se dispersa sans honorer sa facile défaite par son courage et sans ensanglanter la victoire des Autrichiens. Ce fut une déroute. Murat dut fuir à son tour, afin de ne pas rester seul sur ce champ de bataille où personne ne voulait mourir pour lui. Désormais sans armée, sans trésor, sans espérance, il erra quelques jours dans les plaines, et le 19 mai il arrivait seul de nuit à Naples, où il vit pour la dernière fois sa femme, la sœur altière de Napoléon, qui l’avait peut-être précipité par scs conseils dans cette aventureuse entreprise. Les Autrichiens approchaient ; il n’y avait pas de temps à perdre si on voulait leur échapper. Dès le lendemain, Murat sortait clandestinement de Naples, où une insurrection commençait à gronder, et se réfugiait à Ischia, d’où un bâtiment marchand le conduisit à Toulon. Peu d’heures après, sa femme, Caroline, parlementait avec le chef de l’escadre anglaise qui stationnait devant Naples, pour obtenir d’être reçue sur un de ses vaisseaux avec quelques-unes des épaves de sa fortune et débarquée à Trieste.

L’arrivée de Murat, ainsi détrôné et fugitif, sur la côte de France, était à la fois pour l’Empereur un fâcheux présage et un échec matériel. Il perdait son unique allié, et la coopération d’une armée qui, arrêtant les Autrichiens en Italie, concourait à défendre de ce côté les frontières de la France. Le maréchal Suchet allait avoir à couvrir cette longue frontière de soixante lieues avec huit mille hommes de troupes de ligne et environ quinze mille gardes nationaux mobilisés, qui devaient occuper les débouchés du mont Diane, du Simplon, du mont Genèvre, et la lisière du pays de Gex, en ayant pour seconde ligne la Saône, depuis Châlons jusqu’à Lyon qu’on faisait fortifier à la hâte.

DÉnvTS ni; parlement anglais.

Nul événement ne produisit une plus \ive et plus pénible impression sur l’Empereur, qui se préparait en ce moment à se rendre au Champ de Mai. Sa propre destinée semblait lui être apparue. Punissant l’ancienne trahison de Murat sur ses malheurs récents, il lui interdit sévèrement de paraître devant lui, et lui prescrivit de demeurer à Toulon. Il craignait la contagion du malheur, et ne voulait pas qu’on vît auprès de lui au Champ de Mai ce vaincu et ce détrôné de mauvais augure.

Au moment même où la catastrophe de Murat parvenait à Paris, les débats du Parlement anglais s’ouvraient sur la question de guerre et de paix , et les élections d’où allait sortirjla Chambre des représentants s’achevaient en France. Le 23 mai, en effet, le ministère anglais vint apporter un nouveau message du prince régent, qui demandait aux deux Chambrés, non plus d’autoriser des armements de prévoyance, mais « d’accorder leur cordial appui à toutes les mesures qu’il serait nécessaire d’adopter, de concert avec les alliés de S. M., contre l’ennemi commun. » A la Chambre des pairs, lord Liverpool traita la question avec une hauteur de vues et une fermeté de franchise bien rares dans les assemblées politiques. Il établit le droit qu’avait l’Angleterre de faire la guerre en raison de la violation évidente du traité de Fontainebleau, en s’appuyant sur les mêmes motifs qu’avait fait valoir le comité des huit puissances dans son manifeste du 12 mai. Pour établir l’utilité et l’opportunité de la guerre, il allégua que, d’après les autorités militaires les plus compétentes, jamais les chances n’avaient été plus favorables à la coalition dont les forces immenses étaient réunies, et que d’ailleurs, si l’on ne voulait pas faire la guerre, on serait condamné h une paix armée, sans sécurité, sans durée possible, aussi coûteuse, mais plus dangereuse, parce qu’elle épuiserait le pays, sans résoudre le problème ouvert. Il ne cacha point ses sympathies personnelles pour la maison de Bourbon et son vif désir de la voir rétablie sur le

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trône, et il ajouta que ce n’était pas chez lui purement une affaire de sentiment, mais qu'il voyait dans cet événement la meilleure garantie de repos pour l’Europe. D’après les informations les plus sûres, le nord, le midi et l’ouest de la France étaient complètement favorables à ce dénoûment de la erisp européenne. Il reconnaissait du reste que l’Europe n’avait pas le droit d’intervenir pour imposer à un peuple un gouvernement, mais il revendiquait pour elle le droit de s’opposer à l’établissement d’un gouvernement incompatible avec sa tranquillité. L’Angleterre ne voudrait pas encourir la responsabilité d’une politique égoïste, qui entraverait l’effort de l’Europe pour s’affranchir du plus redoutable fléau qui eût pesé sur l’humanité.

Ces paroles exprimaient trop bien les sentiments de cette iière aristocratie qui luttait depuis tant d’années, sur les mers par ses vaisseaux, sur le continent par ses subsides et ses alliances, contre Napoléon, pour qu’on pût les contredire avec quelque chance de succès. Lord Grey l’essaya. Mais le système d’attente qu’il conseillait avait été d’avance battu en brèche par lord Liverpool. L’espoir qu’il donnait de voir la situation nouvelle de Napoléon changer la politique était trop incertain pour dissiper les craintes, que lord Grey augmentait encore en montrant la France animée tout entière de l’esprit de l’armée, et prête à se lever à la voix de Napoléon et de Carnot. Cent voix contre quarante-quatre sanctionnèrent par une adresse la politique du ministère.

La lutte fut plus vive aux Communes, sans que le résultat fût plus douteux. Lord Castlereagh, arrivant par la passion politique jusqu’à l’éloquence, commença par tracer cet effrayant portrait de Napoléon : « Dans l’adversité comme dans la prospérité, il a gardé l’inflexibilité de son caractère. Pour lui, le revers comme le succès n’ont été qu’un point de départ d’où il s’est lancé à de nouvelles entreprises. On dirait qu’il est pré-

PARLEMENT : LIVERP00I., CASTI.EREAGH, GRATTAN.

destiné à une incessante activité contre le repos et le bonheur du monde. Au faite delà fortune, après Tilsitt, il n’a plus d’ennemis; il Aient de s’unir à l’une des maisons royales les plus illustres du continent ; il ne lui reste qu'à s’asseoir et à jouir de sa prospérité : eh bien ! alors meme, arrivé, ce semble, au but, il n’est pas moins impatient de son sort, pas moins décidé à 11e respecter l’indépendance d’aucun peuple, qu’à son point de départ. Et quand la démence de sou ambition l’eut précipité du faîte des prospérités dans un abîme de maux; quand il fut chassé de la Russie, expulsé de l’Allemagne, vaincu en France, assiégé par d’invincibles difficultés, que lit-il? Acceptat-il sincèrement un plan de pacification qui, en assurant la tranquillité au monde, l’aurait sauvé lui-même des conséquences de ses propres fautes? Non, il chercha à gagner du temps pour reprendre son élan contre l’Europe. »

L’intérêt et la passion politique de l’Angleterre trouvèrent un interprète plus éloquent encore dans l’Irlandais Grattan, qui, placé comme un chaînon intermédiaire entre Burke qui n’était plus et O’Connell qui n’était pas encore, semblait tenir de l’un et de l’autre de ces deux grands orateurs. Grattan, qui avait toujours siégé à côté des whigs, renouvela la célèbre scission de Burke brisant avec Fox une amitié de vingt ans, quand la question révolutionnaire vint se poser devant le Parlement. Dès que l’amendement pacifique de lord Cavendish eut été proposé, il se leva pour le combattre, et soutint l’opinion favorable à la guerre avec une puissance de bon sens, une abondance de preuves, un éclat d’images, une variété d’accents et de mouvements oratoires qui, égalant la grandeur de la parole à la grandeur du sujet, mettent son discours au nombre des monuments de l’éloquence parlementaire : « Je désirerais, s’écria-t-il, que la question fût celle de l’alternative entre la paix et la guerre, mais malheureusement pour le pays, et au grand dommage de tout le monde, la paix ne dé*

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pend pas de notre choix; la véritable question est de savoir si nous ferons la guerre maintenant que tous nos alliés sont réunis, ou si nous livrerons bataille quand ces mêmes alliés seront dispersés. Le gouvernement français, c’est la guerre. Ses armées vivent pour combattre et combattent pour vivre. Leur constitution a pour essence la guerre, et l’objet de cette guerre est la conquête de l'Europe. Ce qu’un homme tel que Bonaparte, présidant à une telle constitution, doit faire, nous pouvons en juger par ce qu’il a fait. D’abord, il a pris possession de la plus grande partie de l'Europe, il a fait son lils roi de Rome, son beau-lils vice-roi d’Italie, son frère roi de Hollande, son beau-frère roi de Naples; il a emprisonné le roi d’Espagne, il a banni le roi de Portugal, et formé le plan de conquérir la couronne d’Angleterre. L’Angleterre a fait échec à ses desseins. D’un coup de trident, elle a bouleversé son empire. Il s’est plaint de la tyrannie qu’elle exerçait sur les mers, mais c’était ce pouvoir maritime qui faisait obstacle à sa tyrannie continentale. L’Europe a été sauvée par les flottes de l’Angleterre. 11 l’a compris et il s’est dit que la conquête de l’Angleterre était la condition de l’achèvement de la conquête de l’Europe, et la destruction de la marine anglaise la condition de la conquête de l’Angleterre. »

On comprend l’effet de cette pressante éloquence sur le Parlement et sur le pays dont elle reflétait et exprimait les idées, les sentiments, les prévoyances, les haines. Crattau, continuant à réfuter les objections des whigs contre la déclaration de guerre, disait encore en les désignant du geste : « Ces messieurs soutiennent que la force nous manque pour cette lutte, c’est-à-dire que l’Europe coalisée n’est point en état de combattre la France isolée. Si c’est là votre conviction, vous êtes déjà vaincus, vaincus dans votre cœur. Mais ce n’est point là votre conviction, ce n’était pas celle de vos ancêtres; ils croyaient, et ils vous ont transmis, je l’espère, ce sentiment

l’AIlLEME.NT : UVERP00L, CASTLF.REAGH, GRATTAS. H 5

avec leur sang, que les armées de ces lies pouvaient toujours combattre, combattre et vaincre à nombre égal. Voyez maintenant les troupes que vous devez avoir en campagne. On ne peut 'guère les évaluer, d’après le traité, à moins de six cent mille hommes, sans compter les réserves, qui peuvent être évaluées plus haut. L’empereur d’Autriche seul a une armée de cinq cent mille hommes, dont cent vingt mille avaient été envoyés en Italie contre Murat, maintenant battu. L’Autriche n’est donc plus tenue en échec par Murat, la Prusse par les Saxons, la Russie par la Pologne. Vous avez un général incomparable et des alliés attachés à vous de conliance et de cœur. Passez maintenant la revue de Bonaparte. 11 a perdu ses domaines extérieurs ; d’une population de cent millions d’hommes il est réduit à une population de vingt-cinq millions. En outre, il a perdu son prestige. S’il a été le destructeur des droits des couronnes, il ne s’est pus montré le réparateur des souffrances populaires et le redresseur des torts. La Suisse n’a pas oublié et toute l’Europe se rappelle sa manière de réformer les abus, et comment sa meilleure réforme était pire que le plus mauvais gouvernement qu’il ait renversé. C’est ainsi qu’il a guéri ses partisans de leur enthousiasme, et qu’il est réduit à ses ressources intérieures. C’est chez lui qu’il doit nourrir ses armées et puiser ses forces, et chez lui il manque d’artillerie, de cavalerie ; tout lui manque, l’argent comme le crédit. Mais ces messieurs présument que les Français se lèveront en masse pour lui, dès que nous toucherons leur territoire. .Nous sommes déjà une fois entrés sur ce territoire, et ils ne se sont pas levés pour défendre Napoléon ; au contraire, ils l’ont déposé : l’acte de déchéance existe, il est acquis à l’histoire. Mais nous voulons, dit-on, imposer un gouvernement à la France. Les années françaises élisent un conquérant a l’Europe, et notre résistance à ce conquérant s’appellera imposer un gouvernement à la France!... Ah! c’est lui qui a imposé à la France un

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joug étranger; il a pris aux Français leurs propriétés parla rigueur des taxes, leurs enfants par la conscription; il a ruiné leur puissance, et, chose inouïe jusqu’à ce jour, il a conduit l’ennemi jusqu’aux portes de leur capitale. »

Cette redoutable philippique se terminait par une belle prosopopée où Grattan tournait contre les whigs l’autorité de Fox, leur ancien chef, en leur montrant cet illustre orateur proposant la paix, quand il la proposait, pour empêcher l’établissement en France d’un gouvernement militaire, qu’aujourd’hui Fox aiderait l’Europe à renverser, pour sauver la civilisation du monde et maintenir l’Angleterre au premier rang des nations, d’où elle ne pouvait déchoir sans tomber au dernier.

L’effet de ce discours fut immense au Parlement , dans toute l’Angleterre, en Allemagne où il fut traduit et commenté, en France même où il parvint. Les communes votèrent à une majorité de 331 voix contre 92 l’adresse qui déclarait la guerre. Ces grands débats retentissaient jusqu’à Paris, et un contemporain ' a raconté que le discours de Grattan, traduit dans un salon devant des partisans de l’Empereur et des membres de la nouvelle Chambre des représentants, qui allait se réunir, produisit sur eux une impression contre laquelle ils essayèrent en vain de se défendre. Ces échos éloquents traversant le détroit avec l’image de l’omnipotence des Communes et la préémi-

1. M. Villcmain. — Nous nous sommes aidés de sa belle traduction de plusieurs passages du discours de Grattan. 11 ajoute, en rappelant l'effet que produisit la traduction orale de celte harangue , fuite probablement par lui même : « Je me rappelle encore l’impression repoussée avec effort , mais vivement sentie , que celte éloquence ennemie faisait sur le loyal et spirituel Arnaull, sur Manuel à son début, sur le brillant colonel liraek, lorsqu'un soir, riiez la mère de cet officier, un de nous traduisait h liante voix celle terrible harangue. Leurs cœurs étaient engagés au 30 mars par la Kévoiution ou par l’Empire; mais ce souffle d’oulrc-mer, ce cri d’indépendance pour les peuples et de liberté pour les citoyens les troutdait comme un reproche, et ils n'y trou» aient de réponse que dans l’espoir des institutions à fonder sous l’Empire. « Les Cent-Jours, page 21 9.)

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