LOUIS XVI ET LA REINE TRANSFÉRÉS A SAINT-DENIS
nèbre. La maison ronge du Roi escortait au retour les restes de Louis XVI, que, vingt-deux ans auparavant, l’armée révolutionnaire entourait quand il allait au supplice. Les tambours voilés faisaient entendre d’espace en espace leurs sourds roulements; les drapeaux étaient en deuil, les armes des troupes qui suivaient le char et de celles qui formaient la haie renversées. L’aspect général de la multitude qui, malgré la rigueur du froid, remplissait les boulevards et toutes les rues adjacentes, était morne, triste et plein de recueillement. Les pères, qui avuient été témoins du tragique événement, montraient à leurs enfants, nous nous en souvenons, le char funèbre, et murmuraient à leur oreille les noms de Louis XVI et de Marie-Antoinette, ce triste résumé de la plus lamentable des histoires. Il y eut sur un point, cependant, un incident étrange et sinistre; les décorations du char funèbre s’étant engagées dans les cordes d’un réverbère, des voix furent entendues proférant le cri homicide des journées néfastes de la Révolution : /I la lanterne! en renouvelant par cet odieux jeu de mots, autant qu’il était en elles, le crime que cette cérémonie était destinée il expier l. A partir de la barrière Saint- Denis, une batterie de campagne suivit le cortège en tirant un coup de canon à la minute. On arrivai Saint-Denis à midi. L’évèque de Troycs, qui, sous le nom d’abbé de Boulogne, s’était placé au premier rang des orateurs sacrés du temps, anima de sa parole la triste cérémonie, en prononçant devant les restes du Roi et de la Reine l’oraison funèbre qu’ils avaient attendue si longtemps. Au milieu de l’office des morts, il fallut emporter de l’église un des plus fidèles serviteurs de la monarchie, le vieux comte de Suzannet, qui n’avait pu résister à ses émotions, et, à quelques jours de là, ce loyal Vendéen mourait de ce saisissement.