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I.K CHAMP DK MAI

Il avait un goût naturel pour ces cérémonies. En outre, il voulait agir sur la Chambre des représentants, dont il craignait à l’avance l’esprit, par la manifestation qu’il espérait, au Champ de Mai, obtenir du corps électoral, de l’armée, de la population. La cérémonie, d’abord fixée au 26 mai, fut remise au I" juin. On devait y proclamer le résultat du scrutin ouvert sur l'Acte additionnel.

Certes, les circonstances au milieu desquelles cette grande réunion prenait place étaient graves, alarmantes et douloureuses. Les dernières espérances de paix s’ctaient évanouies. Le congrès de Vienne venait de repousser toutes les ouvertures, et le Parlement d’Angleterre avait, par ses dernières délibérations, commencé la guerre en votant les subsides destinés à en payer les frais. Un million de soldats étrangers étaient en marche vers notre frontière, sur le Rhin, sur les Alpes, du côté de la Belgique. Les armées européennes prenaient leur poste de combat. Napoléon n’avait plus d’alliés; le seul qui suivit sa fortune, Murat, mis en déroute après quelques jours de campagne, venait, on l’a vu, d’aborder la côte de France en fugitif, et il avait en vain offert à l'Empereur la dernière chose qui lui restât, et la meilleure de toutes celles qu’il eût jamais possédées, son épée. L’Empereur renonçait évidemment lui-même à prolonger dans le pays l’illusion qu’il avait depuis longtemps perdue, si jamais il l’avait eue. Il ne pouvait plus cacher l’approche de la guerre, dont les échos de toute l’Europe annonçaient l’imminence; il l'annonçait lui-même eu appelant aux frontières cent trente mille hommes de la garde nationale mobile que Carnot venait d'instituer, et en donuant les derniers ordres pour les fortifications de Paris. Enfin il allait rompre le silence et répondre à la déclaration de guerre de l’Europe.

On avait échafaudé h la hâte au Champ de Mars , ce théâtre de la fédération du 14 juillet 1790 et de tant d’autres drames

LES CENT-JOURS

révolutionnaires, une décoration éphémère, fragile, comme tout ce qui allait paraître sur cette scène. Une estrade surmontée d’un trône était adossée au grand balcon de l’École militaire : c’était là que l’Empereur devait prendre place avec sa cour, le ministère, les maréchaux. Un hémicycle couvert, où dix mille personnes pouvaient s’asseoir, faisait face au trône ; la rotonde qui s’élevait au centre était réservée au corps électoral et aux députations de l’armée et de la Hotte. Des tribunes étaient assignées à la Chambre des représentants et à tous les grands corps de l’État. Entre l’enceinte et le trône était dressé un autel. L’armée et la population, qui représentaient le chœur des tragédies antiques, devaient remplir l’immense arène. Vingt mille hommes de troupes de ligne, des députations de tous les corps de l’armée, arrivées en poste la veille et qui devaient repartir en poste le lendemain, tant l’ouverture des hostilités paraissait prochaine ! enlin trente mille hommes de la garde nationale , • étaient l’élément militaire de cette cérémonie; l’intérêt et la curiosité devaient y attirer tout Paris.

Les acteurs ne manquaient donc pas au Champ de Mai : ce qui manquait, c’était un grand sentiment, une grande pensée qui fit battre tous ces cœurs à l’unisson; l’unité manquait au drame. L’Empereur, le corps électoral, [la Chambre des représentants, la population, l’armée, arrivaient avec des aspirations différentes. Pour la plupart, ce n’était qu’un spectacle ; spectacle étrange ! Carnot, ancien membre du comité de salut public, était sur les marches du trône, comme un allié exigeant, on surveillant sévère, à côté de Fouché, l’homme au double visage ; et la vieille Révolution , que Napoléon avait naguère domptée et enchaînée à son char comme ces empereurs romains qui se faisaient traîner par des tigres, avait brisé sa chaîne et venait le regarder en face par les yeux de Cambon , de Barrère, en attendant que la fortune le lui livrât et lui permît de mettre la main sur son ancien maître. Plusieurs des

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