CHAMP DE MA! : CORTEGE IMPÉRIAL
serviteurs les plus dévoués et les plus intelligents de Napoléon avaient insisté auprès de lui pour que , dans ces circonstances suprêmes, en présence des dispositions de l’opinion, il renommât au faste des cours orientales, dont il aimait à s'entourer, et qu’au moment de partir pour l’armée, il se présentât au Champ de Mai à cheval, revêtu de cet habit militaire qui rappelait les plus belles pages de sa vie Ce conseil semblait dicté par une saine appréciation de la situation de Napoléon et de l’état des esprits. On était dans une de ces extrémités où Louis XIY écrivait au dernier général de sa dernière armée cette lettre à la fois si simple et si grande , si grande parce qu’elle était simple : « Si vous êtes battu, écrivez-le-moi à moi seul; je traverserai Paris à cheval, votre lettre à la main, et je vous conduirai cent mille Français pour m’ensevelir avec eux sous les ruines de la monarchie. » Le grand roi, malgré l’appareil ordinaire dont il aimait à marcher entouré, avait compris que c’est à cheval qu’il faut se présenter à la France quand on va l’appeler tout entière aux armes. Napoléon ne le comprit pas. Ceux qui ne sont pas nés sur le trône tiennent plus obstinément à cette représentation de la majesté royale, qu’ils prennent pour la majesté même, et l’Empereur, par la même pensée qui lui avait fait défendre les Constitutions de l'Empire contre Benjamin Constant, défendit, contre ses serviteurs les plus intelligents et les plus dévoués, les décorations de la puissance impériale. Il lui semblait sans doute que déposer le manteau et la toque, marcher sans cour, sans pages, sans chambellans , à cheval , au lieu d’être en carrosse d’apparat, c’était un commencement d’abdication : il s’attachait aux signes, comme s’il eût senti que la réalité le quittait.
On le vit donc, le 1er juin, se diriger vers le Champ-de-Mars dans un carrosse à huit chevaux, entouré de tout l’apparat de