CHAMP DE MAI : ADRESSE DL CORPS ÉLECTORAL
au pied de l’estrade, M. Dubois (d’Angers) , son organe, lut d’une voix retentissante une adresse rédigée la veille et revue et adoucie dans la nuit par Cambacérès et Chaptal. Cette adresse, écrite d’un style déclamatoire, entre les fanfares belliqueuses de l’Empire et les échos sonores de l’ancienne tribune révolutionnaire, ne ménageait ni les menaces à l’Europe, ni les injures aux Bourbons, ni les leçons à l’Empereur. « Sire, disait l’orateur, le peuple français vous avait décerné la couronne ; vous l’avez déposée sans son aveu ; ses suffrages viennent de vous imposer le devoir de la reprendre. Un contrat tout nouveau s’est formé entre le trône et la nation. Rassemblés de tous les points de l’Empire autour des tables de la loi où nous venons inscrire le vœu du peuple, seule source légitime du pouvoir, il nous est impossible de ne pas faire retentir la voix de la France, dont nous sommes les organes immédiats, de nepas dire eu présence de l’Europe au chef auguste de la nation ce qu’elle attend de lui, ce qu’il doit attendre d’elle. Que veut la ligue des rois alliés? Comment avons-nous motivé leur agression ? Nous ne voulons pas du chef qu’ils veulent nous imposer. et nous voulons de celui dont ils ne veulent pas — On nous menace d'une invasion. Ne craint-on pas de nous rappeler des temps et un état de choses naguère si différents et qui pourraient encore se reproduire? Serait-ce la première fois que nous aurions vaincu l’Europe armée contre nous ? » L’orateur de la députation prenait acte ensuite de la promesse vague faite par l’Empereur de soumettre les Constitutions de l’Empire à la révision des Chambres, et lui donnait le caractère d’un engagement formel. Il termina par cette phrase, d’une adulation vulgaire, substituée par Cambacérès et Chaptal à une autre phrase, où la louange déguisait à peine une récrimination et une leçon : « Un trône relevé par les étrangers s’est écroulé devant vous, parce que vous nous rapportez de la retraite, qui n’est féconde en grandes pensées que pour les grands hommes.
LES CF.NT-JOIRS
tous les errements de notre véritable gloire, toutes les espérances de notre véritable prospérité 1 . »
L’archichancelier proclama alors le résultat des votes, et le.' hérauts d’armes annoncèrent que le peuple français acceptai! l’acte additionnel. On apporta une table devant le trône, l’archichancelier, car aucun détail de l'étiquette impériale ne devait être omis, prit une plume, la mit dans les mains de Joseph Bonaparte, qui la présenta avec les marques d’un profond respect à Napoléon; celui-ci apposa sa signature sur l’Acte additionnel. Aussitôt les tambours battirent un ban, et l’Empereur se leva pour parler. L’attente était générale. A l’exception des personnes initiées au secret de ce qui allait se passer, tous attendaient l’annonce d’un grave événement : les plus simples, la nouvelle de l’arrivée de Marie-Louise et du roi de Rome ; les hommes les plus ardents de la Révolution, l'abdication de l'Empereur et l’établissement d’une magistrature républicaine à la nomination du peuple ; les amis de la paix, une abdication de l’Empereur en faveur du roi de Rome, qui préviendrait la guerre; les plus fanatiques partisans de Napoléon, une prise de possession de la dictature qui permettrait de la faire, après avoir déclaré la patrie en danger. Tous furent trompés. Au lieu d’un acte que semblait commander la situation, il n’y eut que des paroles habilement choisies, prononcées avec un accent ému, mais qui manquèrent leur effet à Paris et en France, parce qu’on attendait autre chose :
« Empereur, consul, soldat, je tiens tout du peuple. Dans lu prospérité, dans l’adversité, sur le champ de bataille, au conseil, sur le trône, dans l’exil, la France a été l’objet unique et constant de mes pensées et de mes actions. Gomme ce roi d’Athéncs , je me suis sacrifié pour mon peuple
1. La commission avait rédigé ainsi la phrase : a Nous nous sommes ralliés à vous. Sire, parce que nous avons espéré que vous nous rapporteries de la retraite toute la fécondité des repenlirs d'un grand homme. »