‹ Histoire de la RestaurationChapitre 205 sur 325 · CHAMP DE MAI. — DISCOURS DK L’EMPEREUR · texte numérisé non relu

CHAMP DE MAI. — DISCOURS DK L’EMPEREUR

dans l’espoir de voir se réaliser la promesse de conserver à la France son intégrité naturelle, ses honneurs et ses droits. L'indignation de voir ces droits sacrés, acquis par vingt années de victoires, méconnus et perdus a jamais, le cri de l'honneur français Détri, les vœux de la nation, m’ont ramené sur ce trône qui m'est cher, parce qu'il est le palladium de l'indépendance, de l'honneur et des droits du peuple.

« En traversant , au milieu de l’allégresse publique, les diverses provinces de l'Empire pour arriver dans ma capitale, j'ai dû compter sur une longue paix; les nations sont liées par les traités de leurs gouvernements, quels qu'ils soient. Ma pensée se portail alors tout entière sur les moyens de fonder notre liberté par une constitution conforme à la volonté et à l’intérêt du peuple. — J’ai convoqué le Champ de Mai.

« Je n'ai point tardé à apprendre que les princes qui ont méconnu tous les principes, froissé l'opinion et les plus chers intérêts de tant de peuples, veulent nous faire la guerre. Ils méditent d’accroître le royaume des Pays-Bas, de lui donner pour barrière toutes nos places du Nord , et de concilier les différends qui les divisent en se partageant la Lorraine et l’Alsace.

« 11 a fallu se préparer à la guerre. Lorsque nous aurons repoussé ces injustes agressions , une loi solennelle, faite dans les formes voulues |«r l'Acte constitutionnel, réunira les différentes dispositions de nos constitutions aujourd'hui éparses.

« Français! vous allez retourner dans vos départements. Dites aux citoyens que les circonstances sont grandes ; qu’avec de l’union, de l’énergie, de la persévérance, nous sortirons victorieux de cette lutte d’un grand peuple contre scs oppresseurs. Diles-lcur que les rois que j’ai élevés sur le trône, ou qui me doivent la conservation de leur couronne; qui tous, au temps de ma prospérité, ont brigué mon alliance et la protection du peuple français, dirigent aujourd'hui leurs coups contre ma personne. Si je ne voyais que c'est à la patrie qu'ils en veulent je mettrais à leur merci cette existence contre laquelle ils se montrent si acharnés. Mais dites aussi aux citoyens que, tant que les Français me conserveront les sentiments d'amour dont ils me donnent tant de preuves, cette rage de nos ennemis sera impuissante. Français! ma volonté est celle du peuple, mes droits sont les siens; mon honneur, ma gloire, mon bonheur, ne peuvent être que l'honneur, la gloire et le bonheur de la France. »

Les dernières paroles de ce discours, où l’Empereur conservait ce rôle de convention qu’il s’était donné depuis son retour, excitèrent des acclamations parmi le petit nombre de personnes à portée de les entendre; la chaîne électrique qui s’établit

LUS CENT-JOLHS.

dans les multitudes transmettant cette impression de proche en proche, des acclamations s’élevèrent dans les rangs plus éloignés. Mais la plupart se demandaient, en applaudissant, ce qu’avait dit l’Empereur, et chacun interprétait selon ses vœux ou ses opinions ce bruit vague et lointain qui arrivait à peine à ses oreilles. Parmi les électeurs, il y en eut qui remarquèrent que Napoléon gardait son chapeau sur la tête en parlant à l’assemblée, et lorsqu’après son discours il jura sur les Évangiles, qui lui furent présentés par l’archevêque de Bourges agenouillé devant lui, d’observer et de faire respecter la Constitution, ces formes hautaines, souvenirs du premier Empire, choquèrent les esprits comme un anachronisme. « On ne vit dans l’Empereur qu’un despote, a dit un des serviteurs les plus dévoués de Napoléon, présent à cette scène ; la représeutation du Champ de Mai eut peu de succès, parce qu’elle fut mal annoncée. Le temps manquait à l’Empereur; l’imagination du peuple n’était pas préparée ; l’influence des patriotes n’eut pas le temps de s’exercer, ou plutôt on ne savait où les trouver; ceux qui avaient commencé la Révolution étaient morts ou vieillis et retirés des affaires ; ceux de 93 étaient en mépris; les bonapartistes étaient peu estimés : toujours ils avaient reçu et souvent ils avaient abusé ; il n’y avait vraiment là de respectable que les militaires, mais tous étaient mécontents et humiliés. Des gens d’ailleurs pleins de mérite et d’expérience répétaient : Nous tic voulons plus de sénatus-consulle, plus de Corps législatif muet, plus d’ arbitraire , plus de maître enfin, il nous faut un modérateur et rien de plus. La magistrature était ennemie; tous ces juges s’accommodaient mieux de Louis XYII1 que de l’Empereur; sous un prince faible, ils avaient une véritable autorité, mais sous l’Empereur il fallait obéir. Tous les chefs et les employés de l’administration publique étaient dans une fausse position ; ils voyaient bien que nous recommencions une nouvelle révolution, où tout allait

Page 1