I. Mémoires de L i Valette, tome II, page 187 et
LES CENT-JOURS
pour entrer dans la vérité. Ceux qui saluaient ainsi César allaient mourir pour lui.
Le défilé des députations des différents départements commença. Elles se succédaient devant l’estrade pour recevoir les drapeaux qui leur étaient destinés. Napoléon redevenu luimême et semblable au génie de la guerre, leur jetait des paroles ardentes à mesure qu’elles passaient . Il disait aux départements des Vosges : « Vous êtes mes anciens compagnons. » A ceux du Rhin : « Vous avez été les premiers et les plus courageux et les plus malheureux dans nos désastres ; » aux départements du Rhône : « J’ai été élevé au milieu de vous; » à d’autres : « Vos phalanges étaient à Rivoli, à Arcole, à Marengo, à Austerlitz '. » Quand la garde impériale passa :
« Soldats de la vieille garde, s’écria-t-il, vous jurez de vous surpasser vous-mêmes dans la campagne qui va s’ouvrir! vous jurez de périr tous plutôt que de souffrir que l’étranger vienne dicter des lois à la patrie! » Ils le jurèrent, et ce serment-là du moins fut tenu.
Ce fut le seul épisode de cette journée qui présentât un caractère de vérité et de grandeur. Tout fut faux et par conséquent froid dans le reste. Ces vaines pompes de l’Empire que Napoléon étalait à côté des servitudes révolutionnaires qu’il était obligé de subir, ces protestations d’un amour peu sincère pour la liberté politique et la Constitution que la nécessité plaçait dans sa bouche grimaçante, et ces serments de fidélité non moins hypocrites par lesquels les constitutionnels et les révolutionnaires répondaient à ses propres serments, il y avait dans toute cette scène quelque chose de contradictoire et de contraint qui choquait les esprits et glaçait les cœurs. Il le sentit lui-même : l’effet qu’il avait voulu produire était manqué. Les électeurs se plaignaient d’avoir été appelés à Paris pour en-