CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS. — SON ESPRIT
tendre deux discours et un recensement incomplet; l’esprit d’opposition des représentants éclatait dans leur conversation. L’Empereur imagina de donner une grande soirée dans les galeries du Louvre splendidement décorées, pour tâcher de modifier l’impression produite par le Champ de Mai et reconquérir les esprits dissidents. Là, affable, causeur, populaire, tout à tous, comme lorsqu’il voulait séduire, il parla de la révision de l’Acte additionnel par les corps délibérants, comme d’une chose nécessaire et convenue, et fit de nouveaux pas sur ce terrain de la liberté politique où il s’avançait de plus en plus par des concessions de paroles, sans trouver confiance pour ses intentions réelles. L’impression de ses interlocuteurs resta la même. Les électeurs convoqués au Champ de Mai repartirent tristes et alarmés, et allèrent reporter dans leurs départements la nouvelle que le retour de Napoléon rallumait la guerre européenne et qu’elle donnait peu de garanties à la liberté politique.
C’était aussi l’impression de la Chambre des représentants dont la session allait s’ouvrir. Dès son premier acte, elle montra l’opposition dont elle devait être animée. L’Empereur avait espéré d’abord que la Chambre choisirait pour président son frère Lucien, et c’était dans cet espoir qu’il avait suspendu la publication de la liste des pairs, pour se réserver la faculté d’y comprendre Lucien, s’il n’était pas appelé à la présidence. Puis il avait songé à Merlin, de Douai, alors procureur impérial, à la candidature duquel il avait fallu renoncer à cause du souvenir du rôle qu’il avait joué le 18 brumaire. Les ministres ne cachèrent pas les desseins de l’Empereur à la Chambre. Elle n’y répondit pas, et les voix se portèrent de prime abord sur trois noms d’opposition, La Fayette, Lanjuinais et Flaugergues. Lanjuinais, le courageux défenseur des Girondins dans la Convention, l’opposant du Sénat sous l’Empire, tant que l’opposition fut tolérée, et l’un des cinq rédacteurs de l’acte de déchéance de Napoléon en 1814, fut d’un commun accord élu
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LES CENT-JOURS
dans la séance du 4 juin, malgré le bruit accrédité par les ministres que l’Empereur n’accepterait pas cette nomination Dans le premier moment d’emportement, Napoléon se laissa aller à dire, quand on lui communiqua le choix de l’assemblée, qu’il ferait connaître à la Chambre sa réponse par un chambellan. Ces paroles excitèrent une espèce d’émeute dans l’assemblée. 11 fallut qu’il les retirât et qu’il les expliquât en alléguant un malentendu. Les choix des vice-présidents ne furent pas moins signilicatifs. La Chambre nomma La Fayette, Flaugergues et le général Grenier.
Ces nominations achevaient de caractériser la situation. Carnot et Fouché dans le ministère, Lanjuiuais et La Fayette à la tête de la Chambre, c’était, on peut le dire, la mise en surveillance politique de Napoléon, ici votée par la Chambre, là acceptée par lui-même. Il fallut qu’il déguisât son profond dépit. Il reçut Lanjuiuais, qu’il avait d’abord parlé d’exclure. 11 l’embrassa, et lui demanda seulement s’il était bonapartiste ou bourboniste ; ce à quoi celui-ci répondit qu’il était jjatriotiste. C’était dire eu face à l’Empereur qu’on aspirait dans la Chambre à défendre la patrie sans maintenir les Bonapartes et sans recevoir les Bourbons. A chaque instant il survenait quelque nouveau motif de mésintelligence, comme il arrive entre gens qui s’inspirent des défiances mutuelles. La liste de la nomination des pairs n’avait point encore paru dans le Moniteur, on a vu le motif de ce retard. La Chambre des représentants manifesta le désir de la connaître. L’Empereur fit répondre qu’elle ne serait arrêtée qu’après l’ouverture de la session. Ce fut encore l’occasion d’une explosion de mécontentement, et M. Dupin l’aîné proposa d’ajourner, jusqu’à ce que la liste demandée eût été communiquée, la constitution définitive de l’assemblée.