‹ Histoire de la RestaurationChapitre 209 sur 325 · CHAMBRE OES PAIRS. — SA COMPOSITION · texte numérisé non relu

CHAMBRE OES PAIRS. — SA COMPOSITION

La liste des pairs parut le 6 juin. L'Empereur avait essayé de contre-balancer le mauvais vouloir qu'il avait toujours prévu dans la Chambre des représentants, en créant une Chambre des pairs sur le dévouement de laquelle il pùt compter. Il y fit entrer Labédoyère, qu’il venait de nommer général pour prix de sa conduite devant Grenoble ; ses vieux compagnons de l’iled’Elbe, Bertrand, Drouot, Canibronne, et en général tous ceux qui, dans le parti bonapartiste proprement dit, avaient des titres plus , ou moins bien établis à siéger dans une assemblée héréditaire. Mais il avait été obligé d’y introduire les hommes de la Révolution, représentés par Pontécoulant, Carnot, Fouché, Sieyes et Thibeaudeau. Puis, comme le personnel bonapartiste ne suffisait pas, il avait bien fallu prendre un certain nombre d’anciens sénateurs qui, pairs de Louis XVIII, consentaient à redevenir pairs de Bonaparte ; les hautes notabilités militaires et quelques grands propriétaires dont la place était marquée dans une Chambre haute. Les bonapartistes en majorité, les révolutionnaires en minorité, et, comme complément, les notabilités militaires et les grands propriétaires indifférents, telle était la composition de la Chambre des pairs, par contraste avec celle de la Chambre des députés, où les partis se balançaient en proportion inverse. L’Empereur exprimait lui-même la difficulté qu’il avait éprouvée à former cette Chambre des pairs, en disant : « J’ai eu peu de choix entre les anciennes fortunes, toutes ennemies,etles nouvelles, souvent réputées avides et honteuses. » De nobles refus, qui doivent être rappelés comme une consolation pour la conscience publique, au milieu de cette époque de variations et de palinodies, vinrent avertir Napoléon qu’il y avait encore des cœurs assez hauts pour résister aux séductions du succès. Le maréchal Macdonald, le dernier qui lui fût resté fidèle après l’abdication de Fontainebleau, déclina l’offre de la pairie.

Les moments étaient précieux. L'Empereur avait hâte de

UES CENT-JOLHS.

partir pour l'armée. Il comprenait qu'au dedans il ne trouverait ni sympathie, ni concours; sa destinée était à la merci d’une victoire. Il fixa l'ouverture de la session au 7 juin. Cette journée était attendue avec une curiosité impatiente et maligne par le parti révolutionnaire et le parti constitutionnel, qui, après tant d'années, éprouvaient une satisfaction secrète à voir l’ancien dictateur obligé de se réduire devant eux au rôle d’un roi constitutionnel '. La veille, M. Dupin, talent net et vigoureux, caractère faible et sans grandeur, qui, déjà célèbre au barreau, commençait sa carrière parlementaire avec ce souffle d’audace contre les pouvoirs faibles ou malheureux, qui s'allanguit et tombe devant la force ou le bonheur, avait proposé h la Chambre de refuser le serment à l’Empereur, attendu que le décret qui le prescrivait ne pouvait avoir force de loi, puisqu’il n’exprimait que la volonté du chef du pouvoir exécutif. M. Boulay de la Meurthe) combattit vivement cette motion en dénonçant l’existence en France de deux partis, dont l'un était, selon lui, le parti de l’étranger et reconnaissait pour chef les Bourbons, tandis que l’autre était le parti national, et ne stipulait que pour l'honneur et l’indépendance de la France. 11 se rangea naturellement dans le second, eu disant qu’il prêterait le lendemain serintnl d’obéissance aux constitutions de l'Empire et de fidélito^BEmpereur. C’était ranger dans l'autre parti tous

t . On home l'expression de ce senlimcnt dans le passage suivant des Mthi niretilu ijfniral La Fayette : « l-cs premiers symptômes de la nouvelle représentation nationale avaient été indépendants et fiers; mais on savait que, tandis que Napoléon était obligé de céder aux propositions de ses propres amis, de ses ministres, de son conseil, il n'avait pas encore donné un ordre, écrit spontanément un arrêté <jui ne fùl une disposition arbitraire. Cette situation ne pouvait que rendre l’ouverture du * juin extrêmement piquante. • ( Mémoire 3 île Lu Fayette, tome V, page 445.)

Cette épithète si singulière, appliquée à la journée où. pour la dernière fois, Napoléon se présentait devant la Chambre avant de liv rer la bataille de Waterloo, montre que, même rliei les patriotes, la préoccupation exclusive d’un anlagonisme politique peut produire une insensibilité relative quant à la situation générale.

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ceux qui le refuseraient. Cette espèce de dénonciation, sous forme de déclaration, intimida la majorité de la Chambre, qui écarta, à un grand nombre de voix, la motion de M. Dupin. Mais le lendemain, quand ou proposa d’insérer au procès-verbal que la décision avait été prise à l’unanimité, M. le général La Fayette, MM. d’Argenson, Delessert, La Rochefoucauld, Dupin et quelques autres protestèrent, et M. Lanjuinais, opposé lui-même au serment, fit insérer au procès-verbal une déclaration qui spécifiait que « le serment se conciliait de droit avec le devoir de coopérer, selon les formes constitutionnelles, aux changements ou améliorations dont les constitutions de l’Empire étaient susceptibles. » L’Empereur, en apprenant cet incident, s’écria : « Voilà donc La Fayette qui m’a déjà déclaré la guerre 1 . »

Le lendemain, Napoléon se rendait en grande pompe à la Chambre des représentants, précédé de la nouvelle Chambre des pairs et du conseil d’État, que les constitutionnels murmuraient de voir traiter en autorité constituée. Les pairs prirent place à la droite du trône, les représentants à la gauche, et l’Empereur prononça le discours suivant :

« Depuis trois mois les circonstances et la confiance du peuple m'ont revêtu d'un pouvoir illimité. Aujourd'hui s'accomplit le désir le plus pressant de mon cœur; je viens commencer la monarchie constitutionnelle. Les hommes sont trop impuissants pour assurer l’avenir ; les constitutions seules fixent les destinées des nations. La monarchie est nécessaire en France pour garantir la liberté, l'indépendance et les droits du peuple.

« Nos constitutions sont éparses : une de nos plus importantes occupations sera de les réunir dans un seul cadre et de les coordonner dans une seule pensée. Ce travail recommandera l'époque actuelle aux générations futures.

« J'nmhitionne de voir la France jouir de toute la liberté possible; je

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