I. Hémoirn de Lu f aye/te, tome V, page
LES CENT-JOl RS.
dis possible, parce que l'anarchie ramène toujours au gouvernement absolu.
» Une coalition formidable de rois en veut à notre indépendance. Ses armées arrivent sur nos frontières. La frégate la Melpomène a été attaquée et prise dans la Méditerranée, après un combat sanglant contre un vaisseau anglais de soixante-quatorze. Le sang a coulé pendant la paix.
« Nos ennemis comptent sur nos divisions intestines. Des rassemblements ont lieu; on communique avec Gain! comme en 17!)2 avec Cohlentz. Des mesures législatives sont indispensables; c’est à votre patriotisme, à vos lumières, à votre attachement à ma personne que je me confie sans réserve.
« La liberté de la presse est inhérente à la Constitution actuelle; on n’v peut rien changer sans altérer tout notre système politique; mais il faut des lois répressives, surtout dans l’état actuel de lu nation. Je recommande à vos méditations cet objet important.
« Les ministres vous feront connaître la situation de nos affaires. Les finances seraient dans un état satisfaisant sans le surcroît de dépenses que les circonstances actuelles ont exigées. Cependant on pourrait faire face à tout si les recettes comprises dans le budget étaient toutes réalisables dans l’année, et c’est sur les moyens d'arriver à ce résultat que mon ministre des finances fixera votre attention.
« Il est possible que le premier devoir du prince m'appelle bientôt a la tète des enfants de la nation pour combattre pour la patrie. L’armée et moi nous ferons notre devoir. Vous, pairs et représentants, donnez à 1a nation l'exemple de la confiance, de l'énergie et du patriotisme , et, comme le Sénat du grand peuple de l’antiquité, soyez décidés à mourir plutôt que de survivre au déshonneur et à la dégradation de lu France. La cause sainte de la patrie triomphera ! »
Tandis que l’Empereur parlait, la plupart des représentants qui l’écoutaient surveillaient avec une maligne joie, les récits contemporains en font foi, les efforts qu'il faisait pour assouplir sa parole, sa voix, sa physionomie, son geste au rôle d’uu monarque constitutionnel, si nouveau pour lui. Il semblait qu’il fût venu devant les représentants de 1815 faire amende honorable de la scène de l’Orangerie de Saint-Cloud, et il y avait là des hommes de la première révolution qui jouissaient délicieusement de son humiliation présente qui consolait leurs humiliations passées. Quelques-uns d’entre eux se mesurèrent