‹ Histoire de la RestaurationChapitre 215 sur 325 · ÉTAT MORAL DR L’ ARMEE KRA.NCA1SK · texte numérisé non relu

ÉTAT MORAL DR L’ ARMEE KRA.NCA1SK

menée du drapeau blanc au drapeau tricolore, se trouvait placée dans une situation exceptionnelle et extrême. Elle sentait instinctivement qu’une défaite, si elle en éprouvait une, ne serait pas pour elle une défaite ordinaire ; ce devait être non-seulement la mort physique d’un plus ou moins grand nombre de soldats, mais la mort morale de l’armée.

Ce sentiment, instinctif chez les soldats, devenait raisonné à mesure qu’on s’élevait dans la hiérarchie militaire. Cour partir du degré le plus haut, Napoléon ne pouvait plus avoir cette liberté d’esprit et d’action si nécessaire à la guerre. La politique venait le troubler jusque dans la méditation de ses plans de campagne '. Il tournait malgré lui ses regards en arrière ; les intrigues de Fouché, dont il avait saisi quelques fils sans pouvoir en couper la trame, la malveillance déjà évidente de la Chambre des représentants, sou hostilité prévue en cas de revers, l’Ouest en armes, le Midi agité et menaçant, étaient pour lui une source de préoccupations involontaires. En allant chercher des périls au dehors, il tournait le dos à des périls intérieurs non moins graves. C’était sa dernière armée qu’il conduisait, sa dernière bataille qu’il allait livrer; s’il ne réussissait pas du premier coup, il était perdu, et sa défaite militaire entraînait sa déchéance politique, non-seulement sa déchéance politique, mais sa captivité personnelle, car il ne pouvait plus espérer cet exil libre, indépendant et même souverain qu’on lui avait assuré à Elle d’Elbe après la chute du premier Empire. N’était-il pas regardé par l’Europe comme un ennemi public, et la déclaration du 13 mars ne l’ avait-elle pas mis hors les relations civiles et sociales ?

Quelle que soit la fermeté d’esprit d’un homme, il est im-

I . « Scs l-egards inquiets se reportaient sans cesse vers Paris. Placé, pour ainsi dire, entre deux feux, il semblait moins redouter les ennemis qu'il ava l itérant lui que ceux qu'il laissait derrière lui. » (Htnwirri sur In Crut -Jour* t p,tr Fleury de Chabnulon, tome II, pape I 1 î.)

Hiii. de ia Rettaur. II. ;y

LES CENT-JOURS

possible qu’une situation si désespérée ne réagisse pas sur ses facultés. Quand on perd tout en perdant une bataille, et que les forces qu’on a sous la main sont le dernier enjeu qu’on puisse jeter sur le tapis sanglant de la guerre; quand on laisse derrière soi des périls aussi grands que ceux qui vous attendent aux frontières; quand une ■victoire ne vous sauve pas, qu’une défaite vous ruine saus retour, et qu’il s’agit non us de a perte du champ de bataille ou d’un territoire plus ou moins grand, mais de la perte de la couronne et même de la libellé, on ne fait pas la guerre avec la même audace de caractère et la même sérénité de jugement.

Ajoutez à cela que l’Empereur ne pouvait plus avoir dans ses lieutenants la même confiance, et qu’il avait bien moins qu’autrefois la certitude d’être bien servi. La plupart d’entre eux ne l’avaient-ils pas abandonné sans regret dix mois auparavant pour servir le gouvernement provisoire, puis Louis XV1I1 ? Plusieurs, comme le maréchal Soult, ne l’avaient-ils pas flétri de leurs outrages ? Quelques-uns, comme le maréchal Ney, ne l’avaient-ils pas violemment poussé à l’abdieatiuii de Fontainebleau? 11 11e le leur rappelait pas sans doute, mais il ne pouvait l’avoir oublié ; et, de leur côté, ils s’en souvenaient. Ce souvenir, qui s’élevait entre eux et lui, était la source d’un embarras mutuel et d’un malaise moral bien funestes dans des circonstances où la conliance doit, comme l'Ame de ce grand corps qu’on appelle une armée, répandre dans dans tous les membres la vie et le mouvement qui jaillissent du cerveau et du cœur. Eu outre, les conceptions de Napoléon vaincu et malheureux en 1814 n’avaient plus la même autorité pour ses lieutenants qu'à l’époque où il avait encore son prestige d’invincible et cette infaillibilité présumée que donnent de constants succès. 11 devait donc être nécessairement servi avec moins de dévouement et obéi avec moins d’entrain et de

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