ÉTAT .MORAL DE L’ARMÉE FRANÇAISE
confiance, ce qui ajoutait une chance défavorable de plus aux mauvaises chances de sa fortune.
La situation d’esprit de la plupart des chefs militaires agissant sous ses ordres n’était pas meilleure Il était impossible que ceux d’entre eux qui, malgré leur serment de fidélité à Louis XVIII, avaient pris une part active à la révolution militaire des Cent-Jours, ne songeassent pas avec inquiétude au lendemain d’une défaite. Quelle serait leur situation devant une nouvelle Restauration ? Quel compte n’auraient-ils pas à rendre de leur conduite ? Ils prévoyaient qu’un revers de l’armée française conduirait les armées européennes à Paris et les amènerait eux-mèmcs à la barre d’un conseil de guerre. Jusque dans les bivouacs c’était le sujet de la conversation des généraux 2. La plupart d’entre eux, hommes d’honneur entraînés plutôt que convaincus par l’Empereur à son retour de l’île d’Elbe, éprouvaient un trouble moral auquel ils n’étaient pas habitués. Ils étaient mécontents des autres et d’eux-mémes. Avant d’étre en présence des juges, ils étaient devant leur conscience, ce juge intime que nous portons en nous. Ney, Labédoyère et tant d’autres, éprouvaient une agitation fébrile qu’ils ne pouvaient cacher. Sans peur, comme toujours, ils n’étaient pas sans inquiétude et sans anxiété, parce qu’ils n’étaient plus sans reproche. Ils se précipitaient dans cette guerre, tête baissée et avec cette impétuosité aveugle et désespérée
1 . Napoléon en fait lui-même la remarque dans scs dictées de Sainte-Hélène : « Le caractère de plusieurs généraux avait été détrempé par le» événement» de 1S1 4, dit-il, il» avaient perdu quelque chose de relie audace, de cette résolution et de cette confiance qui avaient tant contribué aux succès de» campagnes passées. • ( Mémorial de Sainte-llêline.)
2. • Quatre ou cinq généraux (du corps du maréchal Ney) réuni» dans unebarraque, dit un témoin auriculaire, faisaient de la politique et d J la récrimination, devisaient sur les éventualité» de la campagne, et sir condamnaient à qui mieui mieux ù la pendaison en cas de non succès. » ; Derniers Joun de le ijrande armée, par le capitaine H. de Mauduit, volume U. page 1 30.)