‹ Histoire de la RestaurationChapitre 217 sur 325 · NÜ · texte numérisé non relu

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qui peut ajouter à la violence du choc dan» l’action, mais qui diminue les qualités supérieures de l'homme do guerre, le sang-froid, l’appréciation calme et saine des obstacles, l’intelligence raisonnée des ordres, l’appropriation des moyens aux difficultés, la prévoyance, la sérénité et la rectitude du jugement.

Ce trouble moral pénétrait de tout côté dans les rangs de cette armée par des motifs différents. On était dans ces temps difficiles où il est d’autant plus malaisé de faire son devoir, qu’il devient plus malaisé de le connaître. Plusieurs officiers appartenant aux opinions royalistes, entre autres un général de division illustré par sa conduite dans la dernière campagne de France, le comte de Bourmont , avaient demandé du service dans l’armée active, mus parla conviction que les puissances étrangères menaçaient cette fois l’indépendance nationale et l’intégrité du territoire, et que le retour des Bourbons devenait impossible, quel (pie fût le dénouaient de la lutte. Plus tard, lu publication de l’Acte additionnel avec l’article 67, qui proscrivait à jamais les Bourbons du territoire français, l’espoir motivé de les voir revenir et la déclaration des puissances qu’elles n’entreprenaient pas une guerre de conquête, les rejetèrent dans de douloureuses perplexités, (jue feraient-ils? Suivraient-ils la voix austère du devoir militaire, qui leur prescrivait d’aller jusqu’au bout dans la route où ils étaient entrés, et de verser jusqu’il la dernière goutte de leur sang pour la défense du territoire et du drapeau qu’ils avaient accepté? Céderaient-ils au contraire à la voix d’un sentiment qui sc confondait dans leur conscience avec celle du devoir politique, en leur disant qu’il ne leur appartenait pas de croiser l’épée pour le triomphe d’une cause qui excluait le retour du Hoi ? Dilemme redoutable, duquel on ne pouvait sortir sans sacrifier un des deux devoirs à l’autre et sans y laisser un lambeau de son cœur. Tant il est nécessaire, dans les crises de ce genre, de prendre dès le début une

ÉTAT MOU Al. UK lé ARMÉE FRANCAISK.

de ces positions claires et bien tranchées qui n’admettent ni le doute ni l’équivoque, et de subordonner toutes les considérations ;'i l’unité de sa vie et à la netteté de sa situation !

Ainsi, dans le camp français, le trouble moral était partout. Le doute, la perplexité, l’inquiétude, la défiance, le soupçon, une espèce d’agitation fébrile tourmentaient les Ames. Le souvenir de la veille et la préoccupation du lendemain distrayaient les esprits de la tâche de la journée, déjà si difficile et si ardue. En outre, plusieurs des chefs militaires qui avaient été au nombre des plus puissants instruments de Napoléon sur le champ de bataille lui manquaient par des motifs différents. Macdonald, fidèle à ses nouveaux comme naguère à ses anciens serments, avait repoussé toutes les offres de commandement. Berthier, le chef d’état-major habituel de l’Empereur, accoutumé à saisir et à faire exécuter ses ordres, était allé se cacher en Allemagne, et devait bientôt mourir d’une manière tragique, en laissant sa mort inexpliquée. De Bellune, qui conduisait les grenadiers de la garde dans les charges décisives, avait suivi Louis XVIII à Gand. Murat, incomparable pour mouvoir les grandes masses de cavalerie, était retenu loin du camp par un ordre exprès de l’Empereur, qui ne lui pardonnait ni ses infidélités de 1814 ni ses malheurs de 181F», dont il appréhendait la contagion avec la superstition craintive de ceux qui commencent à sentir le souffle de l’adversité. Mortier, malade ou prudent, résignait sou commandement la veille de l’entrée en campagne. Ney lui-méme, tardivement appelé, comme si l’Empereur n’avait pu se décider qu’à la dernière extrémité à lui confier un commandement, n’arrivait sur le théâtre des opérations que le 15 juin, et sans connaître les officiers de son corps d’armée 1 .

1. « Nous ('lions occupés à >oir ilétikr les prisonnier* de Gillv, lorsque tout A coup, vers sept heures du soir, nous entendîmes dire à mi-\olx : ■ Voilà

LES CENT-JOURS

Ceux qui croiraient que les causes morales n'exerçent aucune action sur les événements de la guerre, et que tout dépend du hasard, de la supériorité numérique ou de la tactique, verront cette opinion cruellement démentie par la suite de cette campagne. La comparaison de l’état moral des armées étrangères avec celui de notre armée deviendra pour eux une nouvelle source de lumières. Dans le camp ennemi, point d’inquiétudes politiques. Les gouvernements, assurés des sympathies de leurs peuples pour l'œuvre qu’ils poursuivent, n’ont pas à jeter les regards derrière eux; ils ne regardent qu’en avant. Point d’inquiétude militaire pour le lendemain, quel que soit l’événement de la bataille. Les armées qui vont combattre ne sont que des avant-gardes que suivent de nouvellesforces , pour achever une victoire probable, pour réparer un revers possible. Les chefs ne songent qu’à combattre ; leur devoir est simple et clair, et ils ne sont distraits de leur besogne militaire ni par leurs prévisions, ni par leurs souvenirs. Ils ont d'innombrables bataillons en marche, et il est logiquement indiqué qu’ils auront cette persistance et cette audace que donne la certitude de pouvoir beaucoup risquer sans perdre définitivement la partie. Ils éprouvent en outre les uns dans les autres une confiance que rien ne peut ébranler; ils savent que leur cause est la même, qu’une fois déjà elle a triomphé par leur union, et ils ont le ferme espoir qu’elle prévaudra encore une fois par le même moyen. Les deux commandants en chef des armées ennemies, quoique personne dans ce siècle ne s’élève au niveau du génie militaire de Napoléon, ne sont pas de médiocres adversaires. Le

le Rouyeot Voilà lu Rouyeot ! (Cest ainsi i| ue les vieux soldais avaient baptisé le maréchal Ney.) Celait en effet le prince île la MosKovv a arrivant en toute lift te, car l’Empereur, nous en ignorons la cause, ne lui donna que le I l juin , à omc heures du soir, à l’Élysée, l’ordre de rejoindre l’armée. » (Capitaine Mauduit, Derniers Jours de la firniidt nrmée. tonie II, page 19. ;

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