NAPOLEON A MIRE
aussi l’esprit des populations du Dauphiné, plus attachées aux idées d’égalité et de liberté politique qu’aux souvenirs de l’Empire, lui imposaient. Il rajeunit la langue impériale en la faisant rétrograder jusqu’aux temps consulaires j après tant d’années, le mot de citoyens reparut dans sa bouche et ses proclamations
CependantCambronne, le précédant avec l’avant-garde, s’était porté vers la Mure, petite ville située à huit lieues de Grenoble, et où l’on ne peut arriver qu’en traversant une rivière sur le pont du Ponteau. Jusque-là, Napoléon n’avait eu à surmonter . que des difficultés de terrain ; pour la première fois il allait se rencontrer avec ses anciens soldats. Après leur avoir rendu leur serment et les avoir autorisés à se lier par un serment nouveau à un autre gouvernement, il venait, avec l’ascendant personnel qu’il avait conservé sur eux et ce prestige que tant de journées glorieuses avaient écrit sur son front, les inviter à forfaire à leur parole militaire. Tentation redoutable ! Le général de division Marchand, qui commandait à Grenoble, avait sous ses ordres le 5* et le T de ligne, et un régiment d’artillerie. Il envoya un bataillon pour occuper le pont de Ponteau ; ce bataillon du 5e de ligne, commandé parle chef de ‘bataillon Deiessart, était suivi d’une compagnie du génie, sous les ordres du chef de bataillon du génie Tournadre; Deiessart avait les instructions suivantes : il devait partir de Grenoble le 6 mars à deux heures après midi, se rendre à la Mure et protéger les ouvrages que la compagnie de sapeurs était chargée
1. Voici la proclamation adresse aux habitants des Hautes et Itasses-Alpes : • Citoyens, j'ai été vivement touché de tous les sentiments que vous m'avei montrés; vos vœux seront exaucés : la nation triomphera encore. Vous avei raison de me nommer votre père; je ne vis que pour l'honneur et le bonheur de la France. Mou retour dissipe toules vos inquiétudes, il garantit la conservation de toutes les propriétés , l'égalité entre toutes les classes , et les droits dont vous jouissez depuis vingt-cinq an* , droits après lesquels vos pères ont tous soupiré et qui forment aujourd’hui une |wrlie de votre existence. • “
BETOin DE L’iLE d’ELBE.
d’exécuter pour faire sauter le pont de Ponteau , au moment où les troupes impériales se montreraient sur l'autre rive. Le commandant du bataillon devait en outre, à partir du 7 mars, empêcher la circulation du côté de Gap, et ne la permettre que du côté de Grenoble, reconnaître, en remontant la rivière sans la traverser, les gués qui pouvaient s’y trouver et tâcher de les rendre impraticables. Il lui était enjoint de ne rester sur la rive, après avoir fait sauter le pont, que le temps nécessaire pour observer le mouvement des troupes, sans se commettre avec elles, et de se retirer immédiatement sur Grenoble. C’était toujours le même système, motivé par les mêmes appréhensions.
Il y a des circonstances où le sort des empires est attaché à quelques minutes de temps. Le général Marchand avait pris trop tard sa détermination, Cambronne avait déjà passé le pont de Ponteau, et un détachement de soixante chasseurs ei quelques lanciers polonais commandés par le capitaine adjudantmajor Laborde, formant son extrême avant-garde, occupaient la petite ville de la Mure quand parut l’officier chargé de faire les logements du bataillon arrivant de Grenoble. Cet officier se retira et alla avertir son chef qui, arrêtant son bataillon, lit prendre position à une portée de fusil de la ville, en poussant . une forte avant-garde jusqu’aux premières maisons de la Mure, du côté de Grenoble. Le général Cambronne, qui arrivait en ce moment avec le reste de son avant-garde, établit un poste à une portée de pistolet de celui du 5e de ligne, et essaya de parlementer avec l’officier qui le commandait, eu allant en personne l’exhorter à se rallier à l’Kmpereur. Cet officier, ferme dans son devoir, refusa toute communication. Quelques instants après, le général Cambronne, qui s’était mis à table à la mairie avec ses officiers, fut averti par un paysan envoyé pour observer la troupe qui lui était opposée que cette colonne s’ébranlait et semblait se disposer à tourner la Mure pour aller