JUIN : MOUVEMENT EN AVANT DE L'ARMEE FRANÇAISE
ses divisions, restée la veille à quatre lieues de Philippeville; il n’a commencé son mouvement qu’à cinq heures du matin ; les difficultés du terrain ne lui ont pas permis d’arriver avant trois heures de l’après-midi à Châtelet, village situé sur les bords de la Sambre, à une lieue et demie de Charleroi, où Vandamme n’est entré que vers la même heure. Entre deux et trois heures, les trois colonnes formant l’armée sont ainsi placées : celle de gauche, partie en avant, partie en arrière de Marchiennes; celle du centre partie en avant, partie en arrière de Charleroi; celle de droite à Châtelet en arrière. C’était à peu près trois heures de retard sur le plan de Napoléon, qui voulait, disait-il dans son ordre du jour, avoir passé la Sambre avant midi.
Zieten, dont on devait surprendre les divisions isolées les unes des autres, se trouvait ainsi averti. Pirchll, son lieutenant, qui occupait Thuin, Marchiennes, Charleroi, Châtelet, repliait ses troupes en ordre sur Fleurus; deux autres divisions conduites par Jagow et Tfeukel gravitaient vers le même centre. En même temps la division de Steinmetz qui, placée vers Binch, avait eu connaissance du mouvement des Français, sans être attaquée, effectuait un mouvement analogue. 11 est cinq heures de l’aprèsmidi quand le général Reille, qui a reçu l’ordre « de pousser jusqu'à Gosselies et d’y attaquer un corps ennemi qui paraissait s’y arrêter (c’était celui de Steinmetz), » étant parvenu à réunir son infanterie, attaque les Prussiens, qui n’attendent pas le choc et se retirent vers Fleurus. Le centre, où se trouve Napoléon en personne , est encore arrêté à cinq heures de l'aprèsmidi devant Gilly, où Zieten a fait prendre position à la division Pirch II sur le coteau boisé qui s’élève derrière le ruisseau. A cette heure l’attaque commence, et les Prussiens se mettent aussitôt en retraite , en répétant la manœuvre qu’ils reproduisent partout dans cette journée: leur seul but, en effet, •'tait de ralentir notre marche sans attendre le choc de nos masses. Napoléon, irrité de les voir échapper à ses coups, fait
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précipiter le mouvement sur toute la ligne, et lance à la charge ses quatre escadrons de service , sous les ordres du général Letort, un de ses aides de camp, excellent officier de cavalerie, qui fut mortellement blessé dans cette rencontre. Deux bataillons prussiens souffrirent beaucoup dans cette attaque, mais le reste continua lentement sa retraite sur Fieu rus, sans cesser de combattre, et Vandamine et Grouchy arrêtèrent vers huit heures leur mouvement et établirent leurs bivouacs une demilieue avant d’arriver à ce village, qui resta occupé pendant la nuit par deux bataillons de Zieten, dont tout le corps prenait position un peu en arrière. Napoléon, quittant ce eorpsd’armée sans l’avoir poussé jusqu’à Fleurus , retourna à Charleroi où , à huit heures du soir, il établit son quartier général.
Il importe de dire quelle était, à la fin de la journée, la situation des autres corps, un peu avant cinq heures de l’aprèsmidi, au moment où Grouchy venait demander à Napoléon de l’infanterie pour attaquer Gillv.
Le maréchal Ney, averti trop tard par l’Empereur pour assister aux premiers coups de fusil de la campagne, 1’avait atteint à l’embranchement de la route de Bruxelles à Fleurus, et ce n’est que là, au milieu d’uue action commencée, qu’il fut investi de son commandement. « Bonjour, Ney, lui dit l’Empereur, je suis heureux de vous voir. Vous allez prendre le commandement des premier et deuxième corps d’infanterie. Le général Reille marche avec trois divisions sur Gosselies. Le général d’Erlon doit coucher ce soir à Marchiennes-au-Pont. Vous aurez avec vous la division de cavalerie légère du général Pire. Je vous donne aussi les deux régiments de chasseurs et de lanciers de ma garde, mais vous ne vous en servirez pas. Demain vous serez rejoint par les réserves de grosse cavalerie de Kellermann. Allez, et poussez l’ennemi '. »
i . Kécit du colon t> 1 tfoymfc, aide d»* pnmj» du maréchal.
POSITIONS DE l'.VRMÉF. EHANCAISK LE 15 JL|\ Al SOIR. 4(51
Le maréchal, heureux de cet accueil , continua sa route, et une heure après , mis au courant de l’état des choses par le général Reille, il prescrivit à la cavalerie de Pire de s’avancer sur le chemin de Bruxelles, et le lit soutenir parla division Bachelu, en marchant lui-même avec les chasseurs et les lanciers de la garde sur les pas de celle-ci. Il lit prendre position, aux bois de Gosselies et de Lombuc, aux divisions Foy et Guilleminot, et ordonna à la division Girard de suivre les Prussiens eu retraite sur Flcurus. A un peu moins de sept heures, il était encore à quelque distances de Frasne, situé à dix kilomètres de Gosselies et à quatre kilomètres des Quatre-Bras, quand une vive canonnade se lit entendre dans la direction de Frasne. C’était le général Pire, qui avait rencontré dans ce village un bataillon et une batterie de la brigade du prince de Saxe- Weimar appartenant à la division Perponcher de l’armée anglo-hollandaise, dont elle formait l’extrême gauche. Cette brigade , forte de quatre mille hommes , était cantonnée de Genappe à Frasne; elle avait été concentrée par son chef dans la forte position des Quatre-Bras, dès que la canonnade, en retentissant sur la Sainbre, l’avait averti que les Français prenaient l'offensive. Le général Piré avait tenté plusieurs attaques contre l’avant-garde qui occupait Frasne, mais ces tentatives échouèrent. Vers sept heures et demie le maréchal Nej arriva, et, ordonnant à l’avant-garde du général Bachelu de précipiter sa marche, il examina la position de l’ennemi. File était forte; une assez vive canonnade retentissait à sa droite et en arrière, dans la direction de Flcurus. Le maréchal ne pouvait pas espérer attaquer les Quatre-Bras avant la nuit close, car il lui fallait quelques heures pour attirer à lui les divisions Foy et Guilleminot, arrêtées à Gosselies, séparées des Quatre- Bras par une distance de quatorze kilomètres. Les troupes marchaient depuis deux heures du matin, c’est-à-dire qu’elles avaient fuit une marche de vingt heures; il ignorait les forces
qu’il avait devant lui ; au dire des prisonniers qu’il avait faits, les Anglais occupaient les Quatre-Bras avec une force de dix bataillons et de l’artillerie, et leur armée était en marche pour se concentrer sur ce point important. Il ne crut pas devoir s’engager dans un terrain boisé et couvert, pour essayer, contre un ennemi dont il ignorait la force, une attaque, le soir même , avec des troupes harassées. Il prit position devant Frasne avec les divisions Bachelu, Pire et Lefèvre-Desnouettes, les lanciers et les chasseurs de la garde, tenus en réserve en arrière. Le général Reille, avec deux divisions d’infanterie et leur artillerie , s’était établi à (iosselies pour y passer la nuit. Le corps du comte Drouet d’Erlon devait, d’après les ordres de l’Empereur, coucher à Marchiennes-au-Pont , à gauche de Charleroi, sur la Sambre. Le quatrième corps, parti plus tard que les autres parce qu’il avait dû attendre une de ses divisions, laissée la veille à plus de trois üeues en arrière de Philippeville, avait eu à traverser en outre un terrain coupé et difficile : il dut s’arrêter à Châtelet, à la droite et à la hauteur à peu près de Charleroi.
Ainsi, dans cette première journée, le passage de la Sambre s’était effectué heureusement. Les Anglais et les Prussiens avaient été surpris; ils avaient eu entre quinze cents et deux mille hommes mis hors de combat ou faits prisonniers ', et n’avaient pu se réunir à Charleroi. L’exécution du plan de l’Empereur avait été cependant insuffisante et incomplète. Les Anglais gardaient comme point de ralliement les Quatre- Bras, les Prussiens Fleurus et Sombref, deux points dout l’occupation par l’armée française eût rendu leur jonction impossible, parce qu’ils commandent la chaussée de Namur à Nivelles et de Charleroi à Bruxelles. Les deux armées coalisées étaient
I. Les écrivains prussiens disent doute cents, Napoléon deux mille. l)e notre côté, on perdit à peu près cinq cents hommes.
RÉSULTAT 1)K LA JOURNÉE Dl 15 JUIN. 163
à une faible distance l'une de l’autre et pouvaient se rapprocher. La confusion, le défaut d’exécution et la lenteur dans l’expédition des ordres ; le commandement du deuxième et du troisième corps, tardivement donné au maréchal N’ey au milieu d’une action commencée, et le retard de Vandamme devant Charleroi, au début du mouvement, par suite de la négligence de l’état-major, qui ne lui avait pas envoyé l’ordre de marche par duplicata; son arrivée tardive devant Fleurus, en raison de la fatigue de ses troupes, dont il avait été obligé de précipiter la marche précisément parce que, averti tardivement, il les avait mises trop tard en mouvement ; la marche pénible et difficile du corps de Gérard, dont on avait négligé de faire concentrer les divisions, et qui ne put atteindre Châtelet qu’à une heure tardive de la soirée : telles furent les causes principales qui empêchèrent le succès complet de Napoléon. 11 était condamné dès lors à acheter par des combats sanglants et dangereux les avantages qu’il aurait pu obtenir par une marche plus rapide. « Cette perte de sept heures était bien fâcheuse au commencement d’une campagne, » dira tristement Napoléon plus tard , dans le Mémorial de Sainte-Bélcne.
C’est au quartier général de l’Empereur, à Cliarleroi, qu’il faut se placer d’abord, pendant la nuit du 15 au 16 juin 1815, pour juger la situation de l’armée française et pressentir les événements du lendemain. Napoléon était rentré à Charleroi à huit heures 1 avec le premier régiment de grenadiers et le premier régiment de chasseurs de la garde impériale, qui bivouaquèrent autour de son quartier. Vers minuit, le maréchal Ney, qui avait quitté Frasne à dix heures, arriva pour conférer avec lui. 11 resta jusqu’à deux heures du matin avec Napoléon, et repartit seulement le 16 juin, un peu avaut la pointe du jour, pour Frasne, où il arriva vers quatre heures
i . Dullelin du 1 0 juin.