‹ Histoire de la RestaurationChapitre 227 sur 325 · QUATRE-BRAS : SITUATION DIKHCII.E DE NEY · texte numérisé non relu

QUATRE-BRAS : SITUATION DIKHCII.E DE NEY

par le gros de ses troupes, et toute son attitude, pendant cette matinée, indique qu'il se considérait là comme chargé de tenir en respect l’armée anglaise, jusqu’à ce que l'Empereur eût pris un parti et se fût décidé à marcher contre cette armée ou à combattre l’armée prussienne , plutôt que comme appelé à s’emparer de la position qu’il avait devant lui. Il est impossible de croire que l’Empereur, au moment où il l’avait quitté, à deux heures du matin, lui eût donné, comme on l’a dit, l’ordre de s’emparer de la position des Quatre-Bras à la pointe du jour. Le maréchal aurait au moins tenté d’exécuter un ordre formel, et tout se passa jusqu’à deux heures après midi, au contraire, en reconnaissances de cavalerie et en démonstrations, sans qu’aucune attaque fût poussée à fond.

Quand deux batailles sont livrées à très-peu de distance l’une de l’autre, un inconvénient presque inévitable résulte de cette proximité : c’est qu’il y a des corps de troupes intermédiaires qui, pouvant être appelés par l'uhe et l’autre de ces armées, suivant leurs besoins et les incertitudes de la lutte, ne connaissent pas d’une manière positive leur devoir, et sont exposés à se porter par un zèle mal entendu sur le point où ils ne devraient pas être, ou à manquer aux deux armées à la fois, par trop d’hésitation. L’armée prussienne et l’armée anglaise, complètement distinctes et formées de troupes de nationalités différentes, et commandées par des généraux indépendants l’un de l’autre et égaux en dignité, le prince Blücher et le duc de Wellington, n’étaient point exposées à ce danger. L’armée française ne pouvait guère y échappef. Elle n’avait qu’un chef, l’Empereur, elle ne formait au fond qu’une armée, dont un corps était détaché vers les Quatre-Bras, sous les ordres d’un lieutenant, le maréchal Ney. Ce lieutenant, nouvellement rentré en grâce avec son ancien souverain qu’il avait cruellement offensé naguère, et agissant presque à portée de son regard , devait naturellement se conduire avec une grande défiance de

i.ES CENT-JOURS.

lui-même, éviter d'engager trop avant ses troupes, dans la crainte que l'Empereur n’eût besoin de les appeler à lui, et, à force de circonspection, manquer d’initiative, jusqu'au moment où, précipité enfin dans la lutte par des ordres précis et positifs, l’exaltation du combat ferait disparaître ses perplexités morales et ses incertitudes militaires, et l’homme de guerre prévalant enfin en lui, il oublierait tout pour écouter l'inspiration du champ de bataille. Ces doutes et ces perplexités devaient se retrouver dans les généraux qui servaient sous ses ordres et dont plusieurs se trouvaient dans une situation à peu près analogue à la sienne. Chacun craignait la responsabilité des événements et évitait l’initiative, qu’on se rejetait d’échelon en échelon jusqu’à ce qu’elle remontât à l’Empereur.

Après le maréchal Ney, celui des chefs militaires qui se trouvait dans la position la plus difficile était le comte Drouet d’Erlon, commandant premier corps. Placé à Marchiennesau-Pont, ou il avait passé la nuit du 15 au 16 juin, il dépendait hiérarchiquement du maréchal Ney, mais par sa position il se trouvait plus à proximité de l’armée de l’Empereur qui allait opérer à Ligny contre les Prussiens, dont l’armée était massée à Sombref. Il était à craindre que, dans sa marche pour rejoindre le maréchal, Drouet d’Erlon reçût à la fois des ordres des deux quartiers généraux, et que, suspendu entre ces deux appels, il ne consumât en hésitations un temps précieux. Dans une situation si critique, où tout le monde comprend qu'il ne s’agit pas simplement d’une bataille, mais de la destinée d’un empire, chacun a une tendance naturelle à se réduire à l’obéissance passive, à diminuer sa part d’initiative pour diminuer sa part de responsabilité. On a appelé cela les fatalités de la campagne de 1815, ce sont du moins des fatalités logiques, déterminées par des causes morales qu’il n’est pas difficile d’apercevoir.

11 y avait donc cet avantage en faveur des coalisés, tout sur-

Page 1