‹ Histoire de la RestaurationChapitre 230 sur 325 · QUATRE-BRAS : CAUSES DES HÉSITATIONS DE NEY · texte numérisé non relu

QUATRE-BRAS : CAUSES DES HÉSITATIONS DE NEY

premier ordre vos huit divisions puisseut marcher rapidement et sans obstacle sur Bruxelles. »

Cette lettre de Napoléon achève d’éclairer la situation du maréchal N’ey. Ses mouvements étaient complètement subordonnés à ceux de l’Empereur. 11 devait être prêt à marcher sur Bruxelles, mais dans le cas seulement où l’Empereur, après avoir attaqué heureusement les Prussiens à Fleurus, prendrait le parti de marcher sur la capitale de la Belgique, et Napoléon ne prévoyait pas, dans sa lettre, pouvoir prendre ce parti avant trois heures après midi, ou plus tard dans la soirée. Le maréchal pourra disposer ses troupes de manière à avoir la première division à deux lieues en avant des quatre chemins, mais avec cette restriction qui transforme l’ordre en avis, « s’il n’y a pas d’inconvénient ; » il aura six divisions d’infanterie autour des quatre chemins et une division à Marbois, afin que l’Empereur puisse l’attirer à lui s’il en avait besoin ; or, Marbois est un point occupé par l’ennemi sur la ligne de communication des Prussiens et des Anglais. Le corps de cavalerie du comte de Valmy doit être aussi à la disposition de l’Empereur, son poste est indiqué par l’Empereur lui-même au point d'intersection de la chaussée romaine et de la route de Bruxelles à Charleroi , c’est-à-dire à un kilomètre et demi en arrière de Frasne, et à deux kilomètres et demi en arrière du point où l’on doit attaquer l’ennemi. Enfin le maréchal est averti que l’Empereur affaiblira son aile gauche ou son aile droite suivant la circonstance. Ainsi Ney, qui n’a point la libre disposition de tous les corps de son armée , n’est pas même sûr qu’une partie des troupes avec lesquelles il opère ne lui sera pas retirée pendant la journée. Cette lettre n’est qu’une hypothèse. Napoléon ne sait encore rien de positif sur la position des Prussiens. Il ignore s’il rencontrera des obstacles sur sa marche, et si Ney en rencontre lui-même. Ses instructions ne sont donc encore qu’hypothétiques.

LES CENT-JOl'HS.

Il faut couvenir que de pareilles instructions, arrivant à midi , devaient concourir, avec les causes morales déjà indiquées, à porter le maréchal Ney vers un rôle d’expectative prudente, d’atermoiement, de surveillance circonspecte vis-à-vis de l’armée anglaise , plutôt qu’au rôle d’audacieuse initiative, de brusque et impétueuse attaque qu’après coup on eût désiré lui voir prendre 11 était un instrument à la portée du regard et de la main de Napoléon , il attendait le signal de sa voix et l’impulsion de sa main pour agir. Jusqu'à midi il n’avait reçu que des instructions conditionnelles sur les positions qu’il pouvait prendre, s’il n’y avait pas d’inconvénient; il n’avait pus reçu l’ordre d’attaquer à fond l’ennemi. Le maréchal Ney, qui n’avait encore à cette heure de la journée qu’une division d’infanterie .et une division de cavalerie légère, crut devoir atteudre l’arrivée d’une partie au moins du corps du général Reille pour tenter de s’emparer des positions qu’il fallait conquérir à lu pointe de la baïonnette, avant de les occuper. Vers une heure et demie, la division du général Foy étant

I . Nous Million» parler ici du récit de la Campuyuc de I $ I à écrit à Sainte- Hélène, sou» le* jeux de l’Empereur, par ic général Gourgaud , et de» dictée* consignée* dan* le Uimoriul .

On lit ce qui suit dans le Mémorial ; « Ney reçut l’ordre de ne porter le IU avec 43,000 homme* qui composaient la gauche qu’il commandait en avant de* Qualre-Bras, d’y prendre posiliou à la pointe du jour, et même de s’y retrancher. Il hésita, perdit huit heure*. Le prince d’Orange avec 9,000 homme* seulement conserva jusqu'à trois heure* après midi celte importante position, lorsqu'un iiu le maréchal reçut à midi l'ordru daté de Fleurus , et qu'il vit que l' Empereur al luit eu venir aux mains avec les Prussien*, il se porta vers les Quatre- Bras, mais seulement avec la moitié de son monde, et laissa l'autre pour appuyer su retraite à deux lieues en arrière. Il l'oublia jusqu'à six heures du soir, oit jl en sonlit le besoin pour sa propre défense. •

Cette courte citation sullira pour expliquer pourquoi nous avons préféré le» documents olUciels de la bataille, aux explication* tardive* et intéressées qui ont élu données depuis. Evidemment il n’y a ni exactitude, ni vérité, ni justice dan» ce jugement porté sur la conduite du maréchal Ney, et il suffit de contrôler le» assertions rétroactives de l'Empereur, en les rapprochant de ses propres instructions, pour - en convaincre.

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