QUATRE-BRAS : PREMIERS ENGAGEMENTS
arrivée en ligne, le maréchal envoya, à défaut d’aides de camp et d’officiers d’ordonnance, qu’il n’avait pas eu le temps de choisir en raison de la manière imprévue dont il avait reçu le commandement de l’aile gauche de l’armée, des officiers de la garde pour hâter la marche du corps du général d’Erlon; puis il donna presque aussitôt après l’ordre d’attaquer l’ennemi. Le premier coup de canon fut tiré vers deux heures. Les tirailleurs euuemis occupaient le bois de Villers-Peruin et flanquaient son extrême gauche; deux pièces et un obusier étaient en batterie sur la chaussée de Charleroi en face de Frasne, une pièce et un obusier un peu plus sur la droite en avant de la chaussée de Nivelles aux Quatre-Bras, deux pièces sur le front de l’aile droite qui s’étendait vers Nivelles ; trois autres étaient en batterie sur la chaussée de Namur ; enfin quatre canons et deux obusiers avaient été placés en réserve en seconde ligne de l’autre côté des Quatre-Bras, pour protéger la retraite si on était obligé d’abandonner la position. Le duc de Wellington , qui avait eu le temps de se rendre à Sombref , distant d’à peu près douze kilomètres des Quatre-Bras, et de revenir à son poste, commanda l’armée en personne à partir de trois heures et demie; des officiers envoyés dans toutes les directions d’abord par le prince d’Orange , ensuite par le généralissime anglais , pressaient la marche des troupes. Les Anglo-Hollandais manquaient complètement de cavalerie, mais la position était forte, leurs chefs savaient que des renforts arrivaient de tous côtés, et le duc d’Orange d’abord, Wellington ensuite résolurent de lutter jusqu’à la dernière extrémité *.
Le combat commença par des engagements de tirailleurs et
1. • J’avais trèa-peu de monde avec moi el point de cavalerie. » Ce sont leu parole» textuelle» du duc de Wellington dans une lettre datée du 18 juin, à trois heure» du matin, avant la bataille de Waterloo. {Correspondanç€4 oj the dukt oj Wellington, vol. XII. I
LES CENT-JOI RS
par une vive canonnade, et les tirailleurs du général Perponcher ayant été repoussés par les nôtres, les divisions Bachelu et Foy se formèrent en colonne, la première sur la droite de la chaussée de Charleroi à Bruxelles, la seconde sur la chaussée, et marchèrent à l’attaque des fermes de Gémioncourt et Pierrepont, dont elles s’emparèrent après un engagement très-vif. Dans ce moment, le général de Valmy arrivait en ligne avec une seule brigade de ses cuirassiers; on se souvient que l’Empereur avait prescrit de placer celte cavalerie au point d’intersection de la chaussée romaine et de la chaussée de Namur, pour qu’elle restât à sa disposition , et ce fut probablement ce qui empêcha ce corps tout entier de se mettre en ligne aux Quatre- Bras A l’instant où nos troupes s’emparaient des deux fermes, la brigade de cavalerie des Pays-Bas, commandée par le général Merlen, entrait en ligne, et bientôt après la division écossaise de sir Thomas Picton ; il était à peu près trois heures et demie I. 2. Elle fut très-peu de temps après suivie du corps de 'troupes du duc de Brunswick et bientôt du contingent de Nassau. La proportion des forces tendait ainsi à changer, et l’avantage du nombre passait peu à peu à Wellington, qui venait d’arriver du quartier général de Blücher et qui avait pris le commandement. Comme nos troupes opéraient sur un sol coupé de ravins, en face d’un ennemi qui lui disputait le terrain pied à pied , le général Picton eut le temps d’exécuter l’ordre du duc de Wellington, et d’établir ses trois brigades
I . On est (l'aiilant plus fondé à le croire que c’est sur un ordre du maréchal Soult que le comte de Valmy arrivait, comme l'étaldlt la lettre suivante, datée de Charleroi le IG juin : « Monsieur le maréchal, un ofllcier de lanciers vient de dire à l’Empereur que l'ennemi présentait des masses du côté des Quatre-Bras. Réunissez les corps des comtes Reille et d’Erlon et celui du duc de Valmy, qui se met à i instant en roule pour vous rejoindre ; avec ces forces vous devez battre et détruire toutes les forces qui peuvent se présenter. •
î. C’est l’heure donnée par le duc de Wellington dans sa relation du combat des Quatre-Bras, adressée à lord Bathursl.
QUATBE-BBA8 : FAUX MOUVEMENTS Dl COBI*S DK d’EHLON. 4SI
d’infanterie sur deux lignes entre les Quatre-Bras et Pirauraont. Cinq régiments anglais composaient la première ligne; deux régiments anglais et les quatre bataillons de la brigade hanovrienne du général Beck la seconde, adossée au fossé de la chaussée de Namur, à deux cents mètres environ de la première ligne. La cavalerie du général van Merlen s’établit des deux côtés de la chaussée de Charleroi : trois escadrons à droite, trois escadrons à gauche de la ferme de Gémioncourt. Il fallait donc toute une nouvelle attaque contre cet obstacle imprévu qui se plaçait entre nous et les Quatre-Bras.
Dans ce moment, le maréchal Ney recevait une dépêche du maréchal Soult, ainsi datée : « En avant de Kleurus, le 16 juin à deux heures (après-midi). Monsieur le maréchal, l’Empereur me charge de vous prévenir que l’ennemi a réuni un corps de troupes entre Sombref et Bry, et qu’à deux heures et demie M. le maréchal Grouchy, avec les troisième et quatrième corps, l’attaquera. L intention de S. M. est que vous attaquiez aussi ce qui est devant vous, et qu’après l’avoir vigoureusement poussé, vous rabattiez sur nous pour concourir à envelopper ce corps dont je viens de parler.
« Si ce corps était enfoncé auparavant, alors S. M. ferait manœuvrer dans votre direction, pour hâter également vos opérations. Instruisez de suite l’Empereur de vos dispositions et de ce qui se passe sur votre front. »
Pour cette fois, les instructions sont précises, et le rôle du maréchal Ney est tout tracé.
Il était trois heures et demie de l’après-midi, et le maréchal Ney s’attendait, de moment en moment, à voir déboucher les têtes de colonne du général d’Erlon, qui, parti de Marchicnnesau-I’ont à onze heures du matin, devait être bien près de P' rasne, car elles n’avaient à faire que trois lieues pour y arriver. Tout à coup le général Labédoyère, porteur d'un ordre de l’Empereur écrit au crayon, vint l’avertir qu’en raison de cet
Httt. dr la Rcttaur. If. 31
LES CE.Yr-JOLRS.
ordre, il avait détourné la marche du premier corps vers Ligny ; bientôt après, le général Delcambre, chef d'état-major du général d’Erlou, continua ce premier avis Le maréchal Ney, qui voyait augmenter de quart d’heure en quart d’heure les forces de l’ennemi, laissa paraître un très-vif mécontentement, et prescriv it au général Delcambre de retourner en toute hAte vers le général d’Erlon, et de lui ordonner, de sapait, de marcher, nonobstant tous les ordres contraires, vers lesQuatre- 11 ras. 11 prévoyait que l’arrivée de ce corps de vingt mille hommes aurait un résultat décisif à la lin de la journée.
Aussitôt après le départ du général Delcambre, le maréchal donna le signal de l’attaque. La division Bachelu se mit en mouvement, d’abord protégée parle feu de notre artillerie ; mais, au moment où elle gravit la pente du plateau , cette protection lui manqua. La nature du terrraiu , profondément raviné et coupé de haies vives, ayant mis du désordre dans ses rangs , la première ligue de la division écossaise du général Pictou, couchée dans les blés, se releva, et, l’assaillant d’un feu roulant de mousqueterie, l’obligea à se replier, et la suivit en la chargeant à la baïonnette au delà des deux ravins. Une charge vigoureuse de la cavalerie du général Piré, ordonnée par le maréchal Ney, arrêta le mouvement offensif de la première ligue do la division Piéton, et la contraignit à rétro-
I. Voie! Ii‘ récit du général d'Erlon : « Ver» onze heure» ou midi, M. le maréchal Mer m'envoya l’ordre de faire prendre le» arme» à mon eorp» d'armée et de le diriger aur Frasuc ri le» quatre- liras, où je recevrai» de» ordres ultérieur». Mun corps d'armée se mil donc en mouvement immédiatement, et après avoir donné l'ordre au général qui commandait la lèlc de colonne de faire diligence, je pri* l'avance pour apprendre re qui se passait au» quatre- lira», où le générai lîeillu me paraissait engagé, .Vu delà de Frasnr , je m'arrêtai avec de» généraux de la garde, et je fus joint par le général l.aliédovère qui me prévint t|u'il avait déjà donné l'ordre pour ce mouvement, eu faisant changer de direction à ma entonne, cl m'indiqua où je pouvais le rejoindre. Je pris aussitôt cette roule... I.e général l.ahédovrre avait-il la mission de faire changer de direction à ma colonne avant que d'avoir vu M. le maréchal? Je ne le pense pas. » (Üocumrnts inédits. )
OUATRE-MUS : PREMIERES ATTAQUES DE nf.v.
grader à son tour. Cette cavalerie arriva jusqu’à la seconde ligne, mais, accueillie par un feu meurtrier, elle fut obligée de regagner sa position après avoir fait éprouver à l’ennemi et avoir éprouvé elle-même une perte sensible.
Dans ce moment, la division du prince Jérôme entrait enfin en ligne. Le maréchal Ney en prit le commandement pour tenter, du côté gauche de la chaussée de Charleroi à Bruxelles, un mouvement analogue à celui qui venait d’échouer à la droite de la même chaussée. La division Foy, qui s’était maintenue en possession de la ferme de Gémioncourt , favorisait cette attaque. La première brigade de la division du prince Jérôme obligea, après un combat acharné, la brigade du prince Weimar, formant l’extrême droite de l’armée ennemie, de se replier jusque vers la chaussée de Nivelles. Maltresse des deux tiers du bois de Bossu, elle s’apprêtait à prendre les (Juatre-Bras à revers, tandis que la seconde brigade de lu même division et la division Foy attaqueraient de front le plateau. Maître encore de la partie supérieure du bois, le duc de Wellington fit placer eu colonnes deux bataillons et deux compagnies de Brunswickois sur les deux côtés de la chaussée, en avant de la bergerie qui est sur le plateau. La cavalerie du duc de Brunswick prit position entre la chaussée de Nivelles et le bois de Bossu , avec quatre pièces d’artillerie anglaise ; les six autres bataillons brunswickois et les trois bataillons du contingent de Nassau prirent position entre la forêt de Peruin et la chaussée de Namur, derrière la division Picton. Deux batteries brunswickoises, arrivant en ce moment en toute hôte, enlevèrent à notre artillerie la supériorité qu’elle avait eue au commencement de la journée.
11 était six heures du soir. Depuis deux heures de l’aprèsmidi le combat était sérieusement engagé. Le maréchal Ney attendait avec une impatience toujours croissante l’arrivée de la division Drouet d’Erlon pour frapper les coups décisifs. Il
LES CE.XT-J01HS.
envoyait à ce lieutenant général message sur message pour presser sa marche. Il attendait, il espérait en vain. De quart d’heure en quart d’heure de nouvelles troupes arrivaient au duc de Wellington, qui avait en ce moment vingt-deux mille hommes et quarante-trois pièces de canon en ligne ; la division Drouet d’Erlon n’arrivait pas. La supériorité numérique était tout à fait passée du côté des Anglais, à six heures du soir. Le maréchal Nev n’avait à leur opposer que dix-sept mille hommes et trente-huit pièces de canon. Voyant que les retards profitaient à son adversaire et ne lui apportaient à lui-même aucune force nouvelle, le maréchal donna à sou centre le signal de marcher en avant, en suivant la chaussée de Charleroi à Bruxelles, et bientôt il fut engagé contre la brigade Bylandt, qui défendait la lisière du bois de Bossu parallèle à la chaussée.
C’était un moment solennel et décisif. On entendait dans la direction île Ligny redoubler avec une nouvelle intensité le roulement de la canonnade, qui annonçait une grande bataille, lise lit un mouvement en avant sur toute la ligne française. Les troupes, électrisées par ce bruit qui semblait rapprocher leurs efforts et leurs périls de ceux de leurs compagnons d’armes, se précipitent avec ardeur à l’attaque de la position ennemie. Le maréchal Ney, debout, l’épée à la main, au milieu du feu de la mitraille et de la mousqueterie, commande et conduil ce mouvement offensif. L’inspiration du champ de bataille lui est venue et a fait taire dans cette âme guerrière tout autre sentiment. Ses troupes, dans leur élan, refoulent au centre les bataillons bruuswickois, parviennent par un nouvel effort sur le plateau , s’élancent sur la bergerie et s’en emparent. Elles ne sont plus qu’à cent mètres des Quatre-Bras, quand le valeureux duc de Brunswick s’avance à la tête de ses lanciers pour les charger. Elles reforment leurs bataillons pour recevoir cette charge. Malgré la vigueur avec laquelle elle est conduite, elle échoue, et le duc de Brunsxv ick, déjà illustré avant quarante ans
«.iUATIIE-BHVS : OltDRES l)F. I.’eMPERKI'H A NEY.
par de brillants faits d’armes, tombe frappé à mort parles balles de l’infanterie française et meurt au champ d'honneur. La cavalerie de Ney se précipite à son tour sur la cavalerie ennemie, qui se retire en désordre. Mais, dans celte ardente poursuite, elle vient à passer devant le quatre-vingt douzième d’infanterie anglaise en bataille sur la chaussée, tout près des Ouatre-Brns; la décharge terrible de ce régiment, secondée parcelle de sa compagnie de ilanqueurs en position de l’autre côté de la chaussée , coupe en deux la colonne de cavalerie française , fusillée presque à bout portant et prise entre deux feux. L’un des deux tronçons se jette sur l’état-major du duc de Wellington, un moment enveloppé dans le tourbillon de cette charge impétueuse ; l’autre se replie sur l’infauterie. 11 dexient évident pour tous que celte cavalerie ainsi décimée ne pourra enfopcer les deux lignes d’infanterie qu’elle a devant elle. Le mouvement offensif n’a qu’à demi réussi ; on a presque touché aux Quatre- Bras, mais on n’y est point arrivé.
11 était six heures et demie. En ce moment , le colonel Forbin- Janson se présente devant Ney avec une lettre écrite par le maréchal Soult sous la dictée de l’Empereur, et datée de trois heures un quart. Elle est ainsi conçue :
« Monsieur le maréchal, je vous ai écrit à une heure que l'Empereur ferait attaquer l’ennemi à deux heures et demie, dans la position qu’il a prise entre Saint-Àmand et Bit. En ce moment, l’engagement est très-prononcé. Sa Majesté me charge de vous dire que vous devez manœuvrer sur-le-champ de manière à envelopper la droite de l’ennemi et tomber à bras raccourcis sur ses derrières. Cette armée est perdue si vous agissez vigoureusement : le sort de la France est entre vos mains; ainsi n’hésitez pas un seul instant pour faire le mouvement que l’Empereur vous ordonne, et dirigez-vous sur les hauteurs de Bry et de Saint-Amand pour concourir à une victoire peut-être décisive. L’ennemi est pris en flagrant
LES CENT— JOl'RS.
délit au moment où il cherche à se réunir aux Anglais. » Le maréchal Ney, qui venait de tenter un grand effort sans atteindre son but, tombe, à la lecture de cette lettre, dans une anxiété et dans un trouble voisin du désespoir. Il va droit au comte de Valmy, la lettre de Soult à la main , et désespérant d’enlever la position avec son infanterie, qui a déjà plusieurs fois échoué : « Mon cher général, s’écrie-t-il, il s'agit du salut de la France; il faut un effort extraordinaire :*prenez votre cavalerie; jetez-vous sur l’infanterie anglaise, et passez-lui sur le \entre. » Le comte de Yalray, qui n’avait avec lui qu’une brigade de ses cuirassiers, mesure d’un regard inquiet la disproportion de ses forces avec l’obstacle qu’il s’agit de surmonter. Malgré son audace, il ne peut s’empêcher de faire remarquer au maréchal que, privé de deux de ses brigades laissées à Liberchies, il n’a pas les moyens nécessaires pour tenter une pareille entreprise. Le maréchal, surexcité par l’injonction si puissante de l’Empereur, persiste. « N’importe! s’écrie-t-il, chargez avec ce que vous avez. Écrasez l’armée anglaise! Passez-lui sur le ventre! Le salut de la France est entre vos mains. Partez, général, ouvrez-nous 1111e brèche, nous vous Suivrons ! »
Valmy ne balance plus. Il court à ses cuirassiers, et se faisant faire passage parla cavalerie de la garde, qui barrait la chaussée à droite et à gauche, il donne le signal, et entraîne avec lui cette brigade de 700 hommes dans une charge furieuse'. Le 09" d’infanterie britannique, qui se trouve sur son chemin, fait sur cette cavalerie une décharge à trente pas; elle n’en continue pas moins sa course frénétique, le brise comme une avalanche, le foule aux pieds de ses chevaux, lui tue en un moment trois cents hommes et son colonel, lui enlève son drapeau et renverse tout ee qu’elle rencontre. Quelques eavaliers même arrivent jusqu’à la ferme des Quatre-Bras et y trouvent la mort. Il y a pendant un moment une large trouée ou-
yUATitK-iims : chahc.k m me de \almy.
iS7
verte dans l’armée anglaise. Mais le maréchal Ney hésite à jeter dans cette brèche la cavalerie de la garde, dont Napoléon lui avait accordé la présence, sans lui en laisser la libre disposition, tant il connaît la jalouse sollicitude avec laquelle l’Empereur ménage cette troupe d’élite! Le succès des cuirassiers do Yalmy, surpris plutôt qu’obtenu, n’a duré qu’un moment; cette vaillante troupe, brisée par l’impétuosité de son propre effort, se trouve dispersée au milieu de l’armée anglaise, dont l'infanterie revenue de sa stupeur la fusille de toute part. Elle s’effraye de son isolement, et. comme il arrive souvent à la guerre, une panique succédant à un acte de témérité, elle regagne à toute bride ses premières positions, 'en repassant par la brèche qu’elle a ouverte. Yalmy dont la voix est méconnue , qui a eu son cheval tué sous lui, revient tête nue et sans armes, suspendu par les poignets au mors des chevaux de deux de ses cuirassiers, au moment où la cavalerie du général Pire s’ébranle pour profiter de son succès. Le trouble» des cuirassiers est si grand, que les lanciers de la garde doivent croiser devant eux leurs lances pour les obliger à se rallier. Cependant, à la faveur de la stupeur qne-cette charge impétueuse a jetée dans l’armée anglaise, l’infanterie de Ney a gagné du terrain. A droite, la division Bachelu est arrivée jusqu’à la chaussée de Nanuir, et semble au moment de déborder le flanc gauche de l’ennemi. Au centre, nos troupes pressent vivement les Anglais, qui ne résistent qu’avec peine. Sur la gauche, la division Jérôme Bonaparte continue ses progrès dans le bois de Bossu; elle pousse de proche en proche le général Perponcher, qui, presque armé h la lisière du bois, lutte en reculant.
L’avantage de la journée va rester à Ney. Il est sept heures et demie du soir. Dans ce moment, la division des gardes anglaises, comptant plus de 4,000 hommes, arrive en ligne, en traînant avec elle seize bouches à feu. Sans lui laisser le temps de respirer, le duc de Wellington la lance dans le hois de
iSS
LES CE. NT— JOli ItS.
lio^su contre la division Jérôme Bonaparte, et l'ait appuyer ce mouvement offensif par trois bataillons de l’armée des Pays- Bas. Après une lutte acharnée et meurtrière, la division française est obligée d’abandonner le bois de Bossu. Les gardes anglaises, poursuivant leurs succès, débouchent du côté de la ferme de Pierre-Pont et attaquent le flanc gauche de Ney. Pendant cette lutte, un nouveau renfort arrive au duc de Wellington, c’est la division du général Alton, comptant plus de 5,500 hommes et traînant seize bouches à feu. Le maréchal Ney lutte encore, malgré la supériorité numérique de l’armée anglaise qui devient écrasante , mais il reconnaît bientôt qu'avec ses trois divisions, décimées par un combat de cinq heures, il ne peut prévaloir contre une arméequi, dans cet instant, a des forces doubles des siennes, et vers laquelle arrivent de moment en moment des troupes fraîches. 11 rallie donc ses Iroupes, et, se retirant en bon ordre, il effectue sa retraite sur ses positions du matin. 11 avait perdu 4,000 hommes dans cette lutte acharnée ; la perte des Anglais avait été d'un tiers plus considérable. A neuf heures et demie du soir, au moment où le prince de la Moskowa établissait ses bivouacs, le comte d’Erlon parut, annonçant l’approche de son corps d’armée. Il était trop tard.
Tel fut le combat des Quatre-Bras , commencé à une heure trop avancée sans nul doute, dans l’après-midi du 16 juin, comme on l’a dit, mais sans qu’on puisse attribuer d’une manière certaine ce retard à la situation morale de l’esprit du maréchal Ney ; la nature des instructions verbales qu’il reçut au quartier général, de la bouche de l'Empereur, dans la nuit du 15 au 16 juin, a pu, en effet, commander cette lenteur. Cette seconde hypothèse est même la plus vraisemblable, car dans la nuit du 15 au 16 juin, l’Empereur n’availpas de parti arrêté puni' le lendemain , et la disposition des troupes du maréchal éloigne l’idée d’une attaque matinale. 11 est juste
ytATRE-BRAS : APPRÉCIATION I»K I.A CONDUITE DE NEV. ÜSU
d’ajouter que le maréchal n’eut jusqu’à une heure après-midi qu’une seule division d’infanterie sous la main; que la division du général Foy lui étant arrivée vers une heure, il entama l’action, et que la division Jérôme Bonaparte étant entrée en ligne à trois heures, il poussa vivement l’ennemi. La division Girard, ' séparée du corps d’armée du général Reille, lui manqua, non par la faute du maréchal, mais en vertu d'un ordre de l’Empereur, qui l’avait détachée en face de la Haye-Saint-Ainand. Le corps d’armée du général Drouet d’Erlon, sur lequel il comptait et qui pouvait déterminer le succès en sa faveur, n’arriva point malgré ses ordres itératifs, d’abord par suite de la lenteur de sa marche, ensuite en raison d’un ordre parti du quartier général de l’Empereur, soit qu'il eût été réellement donné par lui, soit que l’aide de camp de l’Empereur qui le portait eût interprété dans ce sens les instructions données au maréchal Ney. Toujours est-il que l’officier envoyé par l’Empereur détourna la marche du corps de Drouet d’Erlon des hauteurs de Dry et de Saint- Amand. Sur trois brigades de cuirassiers commandées par le comte de Valmy, une seule fut présente sur le champ de bataille, mais il est vraisemblable que ce fut en vertu des instructions de l’Empereur, qui voulait avoir un corps de cavalerie disponible au point d’intersection de la chaussée de Bruxelles et de la voie romaine. L'ordre qui mit cette troupe en mouvement vers les Quatre-Bras partait, en effet, du quartier général de l’Empereur; on est donc fondé à croire que s’il laissa deux brigades en arrière à Liberchies, ce fut en vertu du môme ordre, et non pour assurer la retraite du maréchal Ney On doit en conclure que le maréchal n’eut pas la libre et complète disposition de ses forces, et qu’il n’eut pas ces forces entièrement réunies sous sa main avant trois heures; qu'enlin un corps d’armée tout entier lui fit défaut par suite d’un ordre donné au nom de l’Empereur.