‹ Histoire de la RestaurationChapitre 233 sur 325 · BATAILLE DE LIGNY · texte numérisé non relu

BATAILLE DE LIGNY

la victoire de Ligny complète et désastreuse pour les Prussiens si, négligeant les ordres du maréchal pour suivre ceux qu’on lui apportait de la part de l’Empereur, il marchait sur Ligny sans arrière-pensée de retour sur les Quatre-Bras. Le général Drouet d’Erlon n’adopta ni l’un ni l’autre de ces deux partis. Irne première fois, il laissa son corps abandonner la route des Quatre-Bras pour Fleuras, alin d’obéir à l’appel qu’on lui adressait de la part de l'Empereur, puis il abandonna la route de Fleuras au moment où , arrivé sur les derrières de l’armée prussienne, il pouvait frapper sur ce point un coup décisif, et se dirigea de nouveau vers les Quatre-Bras sur un appel pressant du maréchal Ney. La journée se passa ainsi pour ce corps en allées et venues, de sorte que ces 20,000 hommes complètement inutilisés ne brûlèrent pas uné amorce, et, partout appelés , ne parurent nulle part 1 .

Le moment est venu de raconter celte bataille de Ligny, dont la bruyante canonnade arrivait aux oreilles des soldats du maréchal Ney, pendant qu’ils combattaient aux Quatre- Bras. C’était beaucoup de donner deux batailles dans une journée, et l’on perdait ainsi une partie de l’avantage qu’oti aurait eu si un corps débâché avait, sans engager une lutte à fond, maintenu une des deux armées en respect, pendant que l’Empereur aurait attaqué l’autre J. On s’exposait, en effet, à

1 . (.a dernière explication qu'on a donnée de ces marches et conlre-rnarches est assex platisilde. (’.e serait l’aide de camp envoyé par l’Empereur pour (>orler à Ney la dépêche dans laquelle il lui prescrivait d’attaquer les fofcea qui se trouvaient devant lui, cl de rahallrc sur Napoléon, qui en lut portant sa dépêche aurait prescrit à la colonne de Drouet d’Erlon de marcher sur Sainl-Ainand. I. 'Empereur, quand il aurait su que cette colonne était en vue de la gauche des Prussien*, n'aurait pas maintenu cet ordre, parce que les dépêches de Ney démontraient le besoin qu’il avait de celle troupe, Ccd expliquerait le retour de (Jrouet d’Erlon sur Frasnc , car certainement il n'aurait pas désobéi à un ordru formel et direct de l’Empereur. Mais c’élait une chose nouvelle et qui caractérise l'état des esprils pendant les Cent -Jours, qu'un aide de camp se permit (l’iuterprélcr ainsi les ordres de l'Empereur.

2. Celte remarque est du maréchal Ney; elle est consignée dans une lellre

combattre uu ennemi partout supérieur en nombre, et c’est ce qui arriva sur les deux points de la lutte à la fin de la journée. Mais les calculs de l’Empereur se trouvaient déconcertés par la rapidité de Blücher. 11 avait eu d’abord l’espoir que l’armée prussienne ne serait ralliée que le 17 juin, l’armée anglaise le 18. 11 comptait ainsi pouvoir rejeter, le 16 juin, par une marche rapide, la première au delà de Nannir, le seconde au delà de Bruxelles, de sorte que s'avançant avec sa garde par la chaussée de Namur, tandis que le maréchal Ney marcherait sans trouver d’obstacle par celle de Charleroi, ils arriveraient tous deux avant la nuit dans la capitale de la Belgique, qu’il aurait ainsi conquise en une marche. Les premiers ordres donnés dans la matinée du 16 juin au maréchal (îrouchy comme au maréchal Ney portent la trace de cette illusion '. Mais lorsque , un peu avant midi , l’Empereur étant arrivé en

adressée au due d’Olrante, à la date du 30 juin, cl publiée par 1s Juuriuil Je Hiris.

I. • Monsieur lu maréchal, écrit le major général au prunier, l'Empereur ordonne que vous vous nielliez en marche avec les premier, deuxième et quatrième corps de cavalerie, et que vous les dirigiez vers Sombrer, où vous prendrez position. Je donne pareil ordre au général Vandaimnc pour le

troisième rorps d 'infanterie , et au général Gérard pour le quatrième

Je préviens ces deux généraux qu'ils sont sous vus ordres. Je préviens aussi le général Gérard pour qu'il marche bien réuni , à portée du troisième corps , et soit à portée de concourir à l'attaque de Sombrer, si l'ennemi fail résistance.

« J'ai l’Iiouneur de vous prévenir que M. le prince de la MosKovva reçoit l'ordre de se porter avec le premier cl le deuxième corps à I intersection des chemins dits des Qualre-Üra», sur la route de liroxelles, et qu'il délaeliera un fort corps à Marhois pour se lier avec vous sur Sombref, et seconder au besoin vos opérations... »

Kn même temps partait l'ordre pour le maréchal Ney , ordre devancé par la lettre de l'Empereur, qui lui en expliquait, comme on l'a vu plus liant, la portée. Dans cet ordre, non -seulement ii était prescrit au maréchal Ney de s'établir aux Qualrc-Bras, « mais de pousser des reconnaissances aussi loin que possible sur la roule de Bruxelles et sur celle de Nivelles, d'où l'ennemi s'est probablement retiré. S M. désire que, s'il n'y a pas d'inconvénients, vous établissiez une division avec de la cavalerie à Gciiape. » Genapc est à une lieue en avant des Quatre liras, dans la direction de Bruxelles,

LIG\ Y . TOPOGRAPHIE Dl CHAMP DE BATAILLE.

avant de Fleuras eut examiné du haut du moulin qui domine la vaste plaine déjà illustrée par trois grandes luttes militaires les positions ennemies, il vit la route de Bruxelles barrée par les masses prussiennes, qui occupaient en force les hauteuis entre Sombref et Bry, et tenaient les villages de Ligny et de Saint-Arnaud comme des postes avancés ; au lieu d'un simple mouvement en avant, il fallait une bataille pour lui ouvrir le chemin de Bruxelles. Il résolut de la livrer. Cette détermination fut prise assez tard dans la journée du lü juin, car l’armée, partie le matinde Charleroi, Châtelet, Gillyet Fleuras, n’occupait complètement ses positions de combat qu’à une heure et demie de l’après-midi ’, et c’est à deux heures seulement que l’Empereur écrivit au maréchal Ney pour l’avertir de l’attaque qu’il allait tenter.

Il convient de donner ici, pour l’intelligence du récit qui va suivre, un aperçu topographique du champ de bataille. La chaussée de Nivelles à Namur, courant de l’ouest à l’est avec une légère inclinaison vers le sud dans un espace d’un peu moins de deux lieues à partir du moulin de Marbois, vient s’embrancher à la route de Charleroi à Namur, à un kilomètre à peu près de Sombref. La route de Namur à Charleroi, qui forme à cet endroit un angle un peu aigu, descend de l’est à l’ouest en inclinant fortement vers le sud, et, après un parcours de près de sept kilomètres, aboutit à Fleuras en formant avec la route de Nivelles à Namur un vaste triangle couché dont le sommet est à Namur. Des hauteurs de Sombref, le terrain descend par une route assez rapide au village de Ligny, près de Snint-Amand, situé dans un bas-fond hérissé d’obstacles na-

I . » l.'Knipercur en arrivant sur le plateau Je Pleura* ne croyait pas ii la présence Je l'ennemi. Vamlaninie lui annonça vainement la présence Je# Prussien# , et envoya plusieurs oflleiers pour l'en assurer, mais il ne voulut pas y croire. • jïiu f Ai»tor/i/«e i/rr U'i CcM-Jnuri , par le général Lninanpie. Paris . I H3u.)

turels. Lignv est traversé dans toute sa longueur par le ruisseau de ce nom, qui, prenant sa source près de la chaussée de Narnur à Nivelles, au-dessous et à l’est de Marbois, coule d’abord du nord-est au sud-est, mais prend bientôt une direction presque perpendiculaire à la chaussée de Namur à Nivelles vers le nord-est, à partir du point où il se rencontre, avec un petit ruisseau qui vient de Wongenies. Le village de Saint- Amand s’élève près de ce confluent ; il est bâti sur la rive droite du Ligny. Ce cours d’eau, continuant à courir au nord-est, arrive à Ligny, situé à uu peu plus de mille mètres environ en aval de Saint-Amand, et le partage en deux parties. Chacune de ces parties est coupée par une grande rue dont les issues latérales débouchent sur des chemins creux et marécageux. Ces issues, étroites du côté des Prussiens, allaient en s’élargissant du côté par lequel devait venir l’attaque française, et présentaient à peu près la forme d’un entonnoir. Le village de Saint-Amand qui, on vient de le voir, est situé à deux kilomètres de Fleurus , se décompose en trois villages : le principal situé sur la droite du ruisseau de Ligny vers Fleurus ; le second, Saint-Amand-la-IIaie , ou , pour parler plus brièvement, le hameau de La Haie, situé au point où les Prussiens avaient établi leur extrême droite, entre le principal village et Waguelie , et le hameau de Saint-Amand dans la position intermédiaire. Des jardins, des vergers, des bouquets de bois entouraient à celte époque les maisons et les trois villages, cachés dans une ‘ceinture boisée, et l’on n’apercevait du côté de Fleurus que le clocher et quelques maisons bâties dans la direction de Ligny. Sur la rive droite du ruisseau de Ligny, le cimetière de ce village, entouré d’un mur peu élevé; à l’entrée du village, un vieux château en ruines. Le Ligny, qui, au sortir du village, contourne en inclinant vers le sud les monts de Tongrinne , et va se jeter, en changeant encore de direction, dans l’Orneau, affluent delà Sambre, est encaissé

LJGJiY : POSITIONS DES DEUX AKilÉES. 495

profondément. Quoique ses eaux n’aient guère plus de trente centimètres de hauteur, ses rives, taillées à pic, ont de un à deux mètres d’élévation, et son lit de deux à trois mètres de largeur, de sorte que sur plusieurs points on ne peut le passer qu'à l’aide de ponts. Tous ces points sur lesquels allait s’engager l’action sont séparés par de courtes distances. Fleurus, point de départ de l’avant-garde de l’armée française, est à cinq kilomètres sud-ouest de Sombref, à quatre kilomètres de Liguy et à cinq de Brv, à un peu plus de deux kilomètres est seulement de Saint-Arnaud. De Fleurus jusqu’aux positions occupées par les Prussiens, s’étend une plaine sans accident et sans abri. A Saint- Amand commence un terrain accidenté, entrecoupé de haies vives et de ravins, après lequel le sol s’élève en amphithéâtre jusqu’aux hauteurs de Sombref. Ces hauteurs, cette pente, ce terrain de chicane étaient occupés parles Prussiens; c’était de là qu'il fallait les déloger. Blücher avait en ligne 87,000 hommes, dont 8,500 cavaliers, et disposait de 224 bouches à feu. Napoléon avait 78,000 hommes, dont 13,000 cavaliers; il disposait de 242 bouches à feu. Les Prussiens avaient l’avantage de voir, des hauteurs qu’ils occupaient , tous les mouvements de notre armée, et de pouvoir diriger un feu plongeant sur nos masses; nous avious l’avantage de les découvrir de la tète aux pieds pour la direction de notre feu.

La garde, qui arriva la dernière sur le champ de bataille, puisqu’elle était partie de Charleroi et de Gilly, éloignés de six à huit kilomètres du lieu de l’action, prenuit vers deux heures de l’après-midi sa position eu seconde ligne dans l’ordre suivant : sur le flanc droit de Fleurus, en avant du moulin, les quatre régiments des chasseurs à pied, avec leur batterie; à la gauche de cette division, au delà de la chaussée qui mène de Fleurus à Sombref, les deux brigades de la jeune garde, placées également en seconde ligne avec leurs batteries derrière le troisième

LES OEVr-JOl'RS.

Page 1