‹ Histoire de la RestaurationChapitre 239 sur 325 · I. Iti’lalinn aulrii-hifimc. (Jour mil militaire · texte numérisé non relu

I. Iti’lalinn aulrii-hifimc. (Jour mil militaire

LES CENT— JOURS

Français se maintenaient, malgré tous les efforts des Prussiens, dans les positions qu’ils avaient conquises au milieu de Ligny, mais ils n’étaient pas encore complètement maîtres de ce village. Les Prussiens le leur disputaient encore, il fallait un effort surhumain pour les en chasser.

L’Empereur, qui s’était placé avec son état-major sur la gauche du moulin de Fleurus, à cent cinquante pas à peu près de la division des chasseurs de la garde, suivait les progrès de la bataille, étonné de ne voir paraître ni Ney ni Drouet d’F.rlon. Il les attendait l’un ou l'autre sur la droite de l’ennemi pour exécuter une formidable attaque au centre, de manière à envelopper les Prussiens et à ne leur laisser de retraite ouverte que par leur gauche sur Namur. Les officiers d’ordonnance de Vandamme, deGérardetdeGrouchy, se succédant de moment en moment, apportaient des nouvelles et reportaient les ordres. De temps à autre, quelques militaires arrivaient de Saint-Amand et de Ligny pour présenter des trophées à l’Empereur, tantôt un drapeau, tantôt une pièce de canon enlevée à l’ennemi. L’Empereur les accueillait avec ces mots qu’il savait dire aux soldats et qui, allant droit à leur cœur, faisaient des heureux, puis des victimes, car pour les mériter on bravait mille morts. Avec cette familiarité militaire qui électrisait ses troupes, il échangeait de temps à autre quelques paroles avec les vieux soldats de la garde qui, devisant autour de lui sur les accidents de la bataille, attendaient impatiemment l’ordre de marcher en avant. Vers quatre heures, la division de la jeune garde avait défilé devant l’Empereur pour aller soutenir le troisième corps, décimé par un combat acharné. Les 3', 5e et 4' régiments de chasseurs de la vieille garde, qui devaient servir de réserve à la jeune garde, avaient en même temps quitté leur position. A la même heure, les 3e et 4' régiments de grenadiers s’étaient rais en marche pour aller s’établir en réserve derrière le quatrième corps, affaibli par ses pertes et par l’éloignement d’un

LIGNY : MANŒUVRE DECISIVE I)K NAl'OI.KOtV 503

bataillon du 50* de ligne, qu’on avaitété obligé de détacher vers l’extrême droite pour occuper une petite colline boisée entre Tongrenelle et Tongrine, au delà du ruisseau de Ligny, et aider la cavalerie du maréchal Grouchy à arrêter les Prussiens, qui faisaient des efforts pour déborder la droite de l’armée française. Il y avaiteu sur ce point aussi de vifs engagements, et les charges brillantes de cavalerie commandées par le général Excelmans et le général Pajol avaient arrêté le mouvement offensif de l’infanterie prussienne. A cinq heures, le colonel Gourgaud, détaché par l’Empereur poursuivre les progrès du combat à Ligny, vint l’avertir que toutes les réserves du quatrième corps étaient engagées, sans que la possession complète de ce village nous fût acquise. L’Empereur, jugeant qu’il y avait péril en la demeure, conjecturant , au bruit de la canonnade qui venait des Quatre-Bras , que Ney était trop fortement engagé pour arriver, et voyant qu’on ne pouvait pas attendre plus longtemps sans compromettre le sort de la journée, prescrivit immédiatement au 1" et au 2* régiment de grenadiers de la garde, et au 1er régiment de chasseurs avec les sapeurs et les marins de la garde, de se diriger vers Ligny sur deux colonnes, marchant parallèlement à peu près à deux cents mètres de distance. A leur droite, l’artillerie de réserve de la garde, au nombre de soixante pièces rangées sur huit de front, formaient une troisième colonne. Derrière l’infanterie s’avançaient deux colonnes de cavalerie; à droite, les sept cents grenadiers à cheval, dragons de la garde et gendarmes d’élite; à gauche, les quinze cents cuirassiers du général Delort. Cette formidable machine de- guerre était destinée à exécuter la manœuvre décisive de la journée. Il fallait achever d’emporter Ligny, déboucher de ce village, de Saint-Amand et de la Haie sur les positions prussiennes, remonter la pente et arriver jusqu’aux hauteurs par un vigoureux élan, pour en débusquer l’ennemi.

LES CENT— JOURS

Arrivées à la portée du canon, les têtes de colonne s’arrêtèrent sur Tordre de l’Empereur, qui marchait avec cette troupe <1 elite, qu il allait jeter dans le plateau pour faire pencher la balance. On se perdait en conjectures dans les rangs sur le motif de ce temps d’arrêt tout à fait inattendu. L’Empereur venait de recevoir le message envoyé vers cinq heures par le general Vandamme, qui lui donnait avis de l’apparition, sur son extrême gauche, d’un nombreux corps de troupes qu’on supposait être un corps ennemi. Napoléon, avant de donner le signal du mouvement décisif au centre, voulut savoir quel était ce corps qui menaçait, disait-on, le Üanc gauche de son armée, et il envoya le colonel Gourgaudle reconnaître. Cet officier ne revint qu’au bout d’une heure avertir l’Empereur que le corps qui avait un moment apparu sur notre gauche setait bientôt éloigné. Ce retard inexpliqué et en apparence inexplicable fit croire à Iilücher que l’Empereur renonçait à son mouvement vers Ligny, et le général prussien, concevant l’espoir de couper la retraite à ces colonnes qu’il vovait arrêtées, essaya une dernière attaque contre Saint-Arnaud, et conduisit

lui-même la charge d’une nombreuse cavalerie. Cette charge échoua.

Il était sept heures et demie du soir, l’Empereur venait enfin de recevoir la nouvelle que le corps dont l’approche avait effrayé le général Vandamme s’était éloigné. Le jour allait bientôt baisser; la chaleur avait été accablante, et les forces des hommes et des chevaux commençaient à s’épuiser; il n’y avait pas un moment à perdre si l’on voulait décider le sort de la bataille avant la tombée de la nuit. La formidable réserve qu’il allait engager contre les Prussiens se remit en mouvement. Le soleil couchant s’inclinait, prêt à disparaître derrière les giands arbres de la forêt de Peruin, qui apparaissait sur la gauche de notre armée. Les tambours ne battaient pas, la musique restait silencieuse, et les colonnes d'attaque mar-

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