‹ Histoire de la RestaurationChapitre 24 sur 325 · NAPOLÉON A LAFFREY. — LE COMMANDANT DELESSART · texte numérisé non relu

NAPOLÉON A LAFFREY. — LE COMMANDANT DELESSART

Sire. — Et lieutenant? — Vous, Sire. — Et capitaine? — Vous, Sire. — Et chef de bataillon? — Vous, Sire. — Je devais donc m’attendre à de la reconnaissance ; cependant je ne vous en demande pas. Donnez vos épaulettes au premier capitaine du bataillon, et retirez-vous »

Napoléon ne disait pas que la marque de reconnaissance qu’il demandait à cet homme d’honneur c’était de forfaire à son devoir et à son serment. Le chef de bataillon se retira le front triste, mais calme. Il avait obéi à une voix qui parlait plus haut que celle de Napoléon dans tout le prestige de sa grandeur et de sa gloire, celle de la conscience à l’empire de laquelle il n’appartient à personne, quelque grand et quelque glorieux qu’il soit, de nous soustraire, car c’est de la voix de la conscience, et non de celle du peuple, qu’il est vrai de dire qu’elle est la voix de Dieu.

Les troupes envoyées par Napoléon avaient arraché la cocarde blanche et arboré la cocarde tricolore qu’elles avaient dans leur sac. L’Empereur, avant de continuer sa marche vers Grenoble, fit ranger ses troupes en bataille et leur adressa ce discours, tout empreint des passions qu’il lui était utile d’accréditer pour renverser le trône des Bourbons :

« Soldats ! je viens avec une poignée de braves , parce que je compte sur le peuple et sur vous.

« Le trône des Bourbons est illégitime, puisqu’il n’a pas été élevé par la nation ; il est contraire à la volonté nationale , puisqu’il est contraire aux intérêts de notre pays, et qu’il n’existe qu’au profit de quelques familles. Demandez à vos pères; interrogez tous ces habitants qui arrivent ici des environs; vous apprendrez, de leur propre bouche, la véritable situation des choses. Ils sont menacés du retour des . dîmes, des privilèges, des droits féodaux, et de tous les

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