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Mémoires du duc de Roviyo , tome VII, page

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abus dont vos succès les avaient délivrés. N’est-il pas vrai, paysans? »

Plusieurs des paysans qui, accourus de tous côtés, étaient les spectateurs de cette scène, répondirent : « Oui, Sire, on voulait nous attacher à la terre; vous venez comme l’ange du Seigneur pour nous sauver. »

Cet appel aux paysans et leur réponse sont un trait de lumière jeté sur l’époque. Telles étaient les préventions, les haines, les appréhensions injustes que l’esprit de parti avait accréditées à l’aide de cette liberté de la presse que les Bourbons avaient apportée à la France. Napoléon invoquait ces craintes imaginaires et ces accusations iniques pour trouver un point d’appui dans la population dauphinoise, qui avait marché au premier rang dans les voies de la Révolution. Tout devenait pour lui une arme, et au retour de l’île d’Elbe il rallumait la passion révolutionnaire qu’il avait cherché à éteindre pendant toute la durée de l’Empire.

Après cette allocution , il donna à sa petite armée le signal de se remettre en marche vers Grenoble. Le dénoùment de son entreprise n’étidt plus douteux pour lui ; il avait fait l’épreuve de l’effet que produisait sa présence sur ses anciens soldats; dès qu’ils le revoyaient, ils étaient à lui. Les trois compagnies de chasseurs de la garde formaient la tête do la colonne; mais le bataillon du or de ligne et la compagnie du 3e régiment du génie qui venaient de faire défection demandèrent à marcher à l’avant-garde, et Napoléon acquiesça à leur vœu.

La ville de Grenoble était dans cet état de trouble et d’effervescence qui précède les catastrophes. Le général Marchand , prenait toutes les dispositions militaires qui pouvaient être prises, et cherchait à agir sur le moral de ses troupes, ébranlé par le voisinage de Napoléon. 11 leur adressait des ordres du jour, et les haranguait en personne pour les affermir dans leur

LABÉDOYÈHE PASSE A NAPOLÉON.

devoir: « Soldats, leur disait-il, Bonaparte a débarqué sur nos côtes, il n'est plus qu’à quelques lieues de Grenoble et s’avance dans l’intérieur de la France. Souvenons-nous qu’il nous a dégagés de nos serments et que nous en avons prête d’autres au Roi. Vous serez fidèles à l’honneur et à votre devoir, et cet orage sera bientôt dissipé. Si, au contraire, vous vous laissiez aller à des conseils perfides , tous les malheurs viendraient fondre sur nous; la France serait encore envahie par les armées étrangères; vos parents pillés, vos villages ravagés'. »

Ces paroles sévères comme la vérité, ces tristes prévisions ne faisaient qu’irriter les soldats, enivrés par la nouvelle de l’arrivée de Napoléon. Si la tendance des esprits avait été différente, les éléments de résistance n’auraient pas manqué h Grenoble. Outre la garnison ordinaire composée de deux régiments, moins le bataillon qui avait fait défection à Laffrey, le mouvement de concentration de troupes récemment exécuté sur les nouvelles du congrès devienne, et en vertu de la convention signée entre le cabinet de Paris et celui' de Vienne pour l’éviction de Murat, avait réuni à Grenoble le 7e et le 1 Ie de ligne venus de Chambéry, le 4* d’artillerie venu de Valence et le 4* de hussards de la Vienne. C’était un corps de six mille hommes, placé en ce moment sous le commandement du général Marchand. Celui-ci, en apprenant l’événement qui venait de se passer au défilé de Laffrey, donna l’ordre aux troupes envoyées au secours du bataillon du commandant Delessart de rétrograder sur Grenoble. Le colonel Labédoyère , qui commandait le 7" de ligne par une faveur particulière du Roi, qui l’avait préféré à plusieurs concurrents dont les titres reposaient sur des services plus anciens, désobéit ouvertement à cet ordre. Il fit reprendre à son régiment ses aigles qu’il avait

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