I.K8 CKNT-JOI HS
le premier enivrement de joie que cause une victoire disputée, ne songe pas à ses pertes. Sur tout le front de nos régiments, les musiques font retentir de joyeuses fanfares, et l’on entend partout cet hymne militaire des jours de triomphe : La victoire est à nous ! La victoire est à nous, en effet, la bataille de Lignv est gagnée, mais le sort de la guerre est loin d’être décidé.
Dans cette bataille, on a vu paraître les mêmes symptômes qu’aux Quatre-Bras. Le courage a été le même dans les deux armées opposées, courage mêlé d’acharnement et de fureur impitoyable : le mot de sans quartier , proféré par un colonel de la garde, a été entendu et ne sera plus oublié. Ce courage se complique de notre côté d’une inquiétude et d'une déliance qui produisent de temps à autre des paniques inconnues dans les précédentes campagnes. On appréhende de tout côté des ennemis, et quand les colonnes du général Drouet d’Erlon se montrent dans la direction de Dry, on croit facilement à la présence des Anglais. Là aussi, des symptômes d’hésitation apparaissent chez plusieurs généraux. Vandamme n’a plus sa hardiesse et son impétuosité accoutumées. On a vu scs incertitudes à l’approche de la colonne de Drouet d’Erlon, qu’il prend pour une colonne anglaise, et, plus tard, celles de Drouet d’Erlon lui-même. 11 faut ajouter ici un détail qui n’a pu trouver place dans le récit : le général Durutte, que le commandant du premier corps, en s’éloignant pour se rendre au dernier ordre du maréchal Ney, laisse avec une division sur les derrières des Prussiens entre Bry et Villers-Peruin, avec mission d’observer la plaine et d’empêcher que l’ennemi ne coupe les communications entre Napoléon et son aile gauche, ne montre ni présence d’esprit ni initiative, quoiqu’il soit réputé justement un des plus intrépides ofliciers de l’année. Il ne songe qu’à sauvegarder sa responsabilité, quand le cri des simples soldats, s’élevant autour de lui, lui signale l’aile droite des Prussiens