I.1UN Y : CABACTÈBE DE LA BATAILLE, Ü
qu’il peut prendre entre deux feux en débouchant contre le village de NVagnelé, qui se lie à celui de Saint-Amand. Des incidents fâcheux viennent encore ajouter dans cette division à la perturbation morale des esprits. Le colonel Gordon, chef d’état-rnajor du général Durutte, et son premier aide de camp, le chef de bataillon Gaugler, passent à l’ennemi pendant la bataille de Ligny. Les soupçons des soldats contre leurs chefs, déjà éveillés, se trouvent au plus haut point surexcités par ces exemples inouïs dans les fastes de l’armée française, et qui ne s’expliquent que par ces révolutions rapides qui* en dix mois, ont changé deux fois sa cocarde et son drapeau. On s’entre-regarde avec des yeux de défiance. L’idée redoutable de trahison est entrée dans les esprits. « Tout mouvement que le soldat ne comprend pas l’inquiète; il se croit trahi. Au moment où les premiers coups de canon se tiraient à Saint-Amand, un vieux caporal s’approcha de l’Empereur et lui dit : Sire, méfiezvous du maréchal Soult , et soyez certain qu’il vous trahit. — Sois tranquille , lui répond le prince, j’en réponds comme de moi. Au milieu de la bataille, un officier fit au maréchal Soult le rapport que le général Vandamme était passé à l’ennemi, que ses soldats demandaient à grands cris qu’on en instruisit l’Empereur. A la lin de la bataille, un dragon accourt, le sabre tout dégouttant de sang , en criant : Sire, venez vite à la division , le yénéral cf Bénin harangue les dragons pour les faire passer à t ennemi! — L’as-tu entendu ? — Non, Sire, mais un officier qui Ca vu vous cherche et m’a chargé de vous le dire. Fendant ce temps-là, le brave général d’Hénin recevait un boulet de canon qui lui emportait une cuisse après avoir repoussé une charge ennemie '. »
Ces faits rapportés par l’Empereur lui-méme témoignent du trouble moral des esprits. Une sombre défiance tourmente les