‹ Histoire de la RestaurationChapitre 249 sur 325 · I.ES CE.NT-JOl MS · texte numérisé non relu

I.ES CE.NT-JOl MS

aux (Juatre-Bras à la position qu’elle occupe actuellement sur le front de Waterloo. Les brigades de la quatrième division, maintenant à lîrainc-le-Comte, doivent se retirer à la pointe du jour sur Bail. Le major général Colvillc se guidera, dans sa marche sur Hall, d’après les renseignements qu’il recevra sur les mouvements de l’ennemi, soit que celui-ci avance par la route directe ou par Engliicu. Le prince Frédéric d’Orange occupera avec son corps la position entre Hall et Enghien, et la défendra le plus longtemps possible. L’armée conservera probablement demain sa position en avant de Waterloo. » Ainsi le duc de Wellington était, le 17 juin au soir, résolu à accepter la bataille le lendemain, mais il craignait d’être tourné par sa droite, et il recommandait au général des troupes qui la couvraient de se maintenir le plu? longtemps possible. Le lendemain, 18 juin, dans une lettre particulière datée de Waterloo et écrite à trois heures du matin, il ajoutait: « Le> Prussiens ont été rejoints hier par leur quatrième corps, de plus de 30,000 hommes, et moi j’ai à peu près tout mon monde. Il se peut que l'ennemi nous tourne par Hall, quoique le temps soit terrible, les chemins détestables, et que j’aie le corps du prince Frédéric en position entre Hall et Enghien. J’espère quelque chose de plus ; j’ai toute confiance que tout ira bien, mais il faut tout prévoir. »

La nuit du 17 au 18 juin fut pénible pour les deux armées; plus pénible encore pour l’année française , dont plusieurs corps ne purent atteindre leurs positions que fort avant danla soirée et même dans la nuit. Le ciel était sombre et sans étoiles; la pluie continuait à tomber par torrents, et comme à partir de Genappe , l’infanterie avait quitté la chaussée de Charleroi , ainsi qu’on l’a vu , pour laisser cette voie à l’artillerie, les fantassins marchaient dans une boue liquide, on leurs pieds enfonçaient jusqu’à la cheville; ils traînaient avec peine leurs vêtements alourdis par la pluie et souillés de

NUIT DU 17 AU 18 JUIiN : VIGILES DE WATERLOO. 51 1>

larges flaques de boue. Plusieurs perdirent leurs chaussures dans ce terrain fangeux ; un assez grand nombre eurent leurs cartouches mises hors de service par l’eau qui, ruisselant de tous côtés sur leurs vêtements , pénétrait dans leur giberne. Les ténèbres étaient si profondes qu’on ne voyait pas à un pas devant soi; on s’égarait au milieu des haies vives qu’il fallait franchir; on se heurtait, on culbutait dans les ravins, et des imprécations s’élevaient jusque dans la garde contre les chefs, qu’on accusait de cette confusion qu’ils n’avaient pu prévenir. Le mot de trahison, déjà prononcé la veille, fut plusieurs fois répété , tant cette idée poursuivait les esprits ! Dans cette marche de Genappe à Mont-Saint-Jean, il y eut des compagnies et même des régiments qui s’égarèrent ou se mêlèrent; la confusion devint une cohue, et bon nombre de soldats ne parvinrent à rejoindre leurs corps qu'à la pointe du jour.

La position de ceux qui campèrent dès le soir sur le terrain ne fut guère meilleure. Ils n’avaient aucun abri contre les torrents de pluie qui les inondaient, et les violentes rafales de vent qui leur fouettaient le visage. Après une journée de fatigue, couverts de vêtements traversés par la pluie, ils n’avaient pour se reposer qu’une terre fangeuse. Bien heureux encore ceux qui ne campaient pas dans des champs de blé qui, s’élevant presque à hauteur d’homme, communiquèrent l’humidité dont ils étaient chargés aux soldats qui y passèrent la nuit. Ajoutez à cela que, dans plusieurs corps de l’armée française, il n’y eut pas de distribution de vivres 1 ; les fourgons n’étaient pas arrivés. Ainsi se passa cette longue nuit, tristement. pour les deux armées. Cependant les Anglais, arrivés les premiers dans leurs positions, eurent plus de temps pour se

l . « four 9uri'roil d’inlbrlune, le mauvais élut des chemins relarda l'arrivée des vivres, el la plupart des soldais furent privés de nourriture. » (Les Cent- Jours, par M. Fleury de Qiahonlon, Ionie II, page lOù.)

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