‹ Histoire de la RestaurationChapitre 250 sur 325 · I.F.S CK.vr-Jltl HS · texte numérisé non relu

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reposer. Dès le 17 juin au soir, leurs pièces étaient en batterie, ce qui était encore un avantage à cause de la pluie, qui, ne cessant de tomber dans la nuit du 17 au 18 juin, devait rendre presque impraticables les mouvements de notre artillerie, arrivée plus tard en ligne. Enfin les Anglais prirent de la nourriture. La lutte des éléments, qui se prolongea pendant toute cette nuit, semblait préluder à cette autre lutte qui devait ensanglanter la journée du lendemain.

Dans les deux camps, les pensées étaient graves, mais cependant le moral de ces vaillants soldats n’était pas affaibli. La grandeur des circonstances les élevait au-dessus d’euxmémes. Ils pressentaient que la journée du lendemain serait décisive ; c’était la fin de ce long duel qui depuis tant d’années mettait les armées européennes aux prises avec l’année française. Point de retraite possible, ni pour l’une ni pour l’autre armée : il fallait vaincre ou mourir. La certitude de combattre, l’espoir de vaincre leur tenaient lieu de toutes choses ; la passion de la gloire mélée à une passion moins noble, celle de la haine, les endurcissait contre leurs privations et contre leurs souffrances. Ils appelaient le jour qui devait livrer leurs ennemis à leurs coups. Animés par le sentiment de la gravité des circonstances et soutenus par l’orgueil de leur rôle, une voix secrète leur disait qu’ils portaient à la pointe de leurs baïonnettes les destinées du monde. Telles furent les vigiles de la bataille de Waterloo.

Pendant que le duc de Wellington écrivait ses dernières instructions et exprimait, dans une de ses lettres, sa confiance dans l’issue de la journée du lendemain, Napoléon dictait de son côté ses ordres pour la bataille, dans le cas où son adversaire n’aurait pas profité de la nuit pour effectuer sa retraite, sujet de ses appréhensions. Parmi ces ordres, il y en avait un adressé à toute la garde impériale pour lui prescrire de préparer la grande tenue, afin de faire son entrée à Bruxelles,

.NUIT Dl 17 Ai; 18 JlIN ; VIGILES DE WATERLOO. 321 où l’Empereur comptait coucher la nuit suivante Après avoir achevé ces dictées, Napoléon sortit de son quartier général, suivi de Bertrand, et parcourut à pied la ligne desgrand'gardes. « La forêt de Soignes 5 apparaissait comme un incendie; l’horizon entre cette forêt, Braine-l’Alleud , les fermes da la Belle-Alliance et de la Ilaie-Sainte, était resplendissant du feu des bivouacs; le plus grand silence régnait. L’armée anglo-hollandaise était ensevelie dans un profond sommeil, suite des fatigues qu’elle avait éprouvées les jours précédents. Arrivé près du bois du château d’IIougoumont, Napoléon entendit le bruit d’une colonne en marche ; il était deux heures et demie. Or, à cette heure, l'arrière-garde devait commencer à quitter ses positions si l’ennemi était en retraite. Mais cette illusion fut courte, le bruit cessa. La pluie tombait par torrents. Des officiers envoyés en reconnaissance, et des affidés, de retour à trois heures et demie, confirmèrent que les Anglo- Hollandais ne faisaient aucun mouvement. A quatre heures, des coureurs lui amenèrent un paysan qui avait servi de guide à une brigade de cavalerie anglaise allant prendre position sur l’extrême gauche de Wellington, au village d’Ohain. Deux déserteurs belges, qui venaient de quitter leur régiment, lui rapportèrent que leur armée se préparait à la bataille , et qu’aucun mouvement rétrograde n’avait eu lieu. Les troupes françaises étaient hivouaquées au milieu de la boue; les officiers tenaient pour impossible de livrer la bataille dans ce jour : l’artillerie et la cavalerie ne pouvaient manœuvrer dans les terres, tant elles étaient détrempées ; ils estimaient qu’il faudrait douze heures de beau temps pour les étancher. Le jour commençait à poindre. L’Empereur rentra à sou quartier général, plein de satisfaction de la grande faute que faisait le général ennemi et fort

1 , Derniers Jours de lu grande armée.

?. Récil tlt* Napoléon. (Dictées tlo Sainlo-Hélènc.)

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