‹ Histoire de la RestaurationChapitre 257 sur 325 · I.ES CENT-JOUHS · texte numérisé non relu

I.ES CENT-JOUHS

mètres seulement du bois d’Hougoumont, et formait une espèce de fer à cheval très-allongé autour de cette forteresse anglaise. La division Foy, venant la première, appuyait sa gauche sur la chaussée de Nivelles; elle avait à sa droite la division Jérôme Bonaparte, qui formait le centre. La division Bachelu formant la droite du deuxième corps d’armée appuyait sa droite à la chaussée de Charleroi , à la hauteur de la Belle- Alliance et en face de la Haie-Sainte , éloignée de sept cents mètres environ. Derrière cette infanterie rangée sur deux lignes et à cent mètres en arrière, huit régiments de cavalerie s’étendaient sur deux lignes avec leurs batteries à droite et à gauche. Eu réserve, derrière ces régiments, qui formaient le troisième corps de cavalerie , les dragons et les grenadiers de la garde, également avec leur batterie. L’artillerie de chaque division d’infanterie était sur son front, à une distance d’environ cent mètres.

Le premier corps d’armée (Drouet d’Erlou) occupa avec ses quatre divisions d’infanterie la ligne qui s’étendait à droite de la chaussée de Charleroi , sur un espace d’à peu près dixsept cents mètres en face du centre gauche et de la gauche des Anglais, et en particulier du point central et culminant de leur position, c’est-à-dire de Mont-Saint-Jean. D’abord venait Indivision Alix, qui appuyait sa gauche à la chaussée de Charleroi, à la hauteur de la Belle-Alliance; à sa droite la division Donzelot; à la droite de celle-ci la division Marconnet; enfin à l’extrême droite du premier corps d’armée la division Durutte qui, par une légère inclinaison sur sa droite, faisait face à la ferme de la Papelote. Les trois régiments de cavalerie du général Jacquinot, bordant l’aile droite de l’armée française comme la division Pire bordait son aile gauche, faisaient face au village de Smohain.

Il était évident, par l’ordre même de bataille, quel’Empereur voulait frapper les grands coups sur le centre de l’armée en-

WATERLOO : ORDRE n’ATTAQl E DICTÉ PAR .NAPOLÉON. 533

nemie. Le sixième corps tout entier (général Lobau) était massé en colonnes, en seconde ligne, à gauche de la chaussée de Charleroi , en face de la Haie-Sainte et plus loin de Mont- Saint-Jean ; à droite de la môme chaussée , deux divisions de cavalerie, celle du général Subervic et celle du général Domont. Derrière cette puissante réserve et en troisième ligne venait s’échelonner l’infanterie de la garde impériale tout entière, disposée par colonnes des deux côtés de la chaussée de Charleroi. Sur la droite de la cavalerie des généraux Subervic et Domont, et à trois cents mètres à peu près en arrière des divisions Donzelot et Marconnet appartenant au premier corps d’armée , le quatrième corps de cavalerie composé de huit régiments, ayant en arrière, à la même distance, deux régiments de cavalerie de la garde. En avant' du front du premier corps, de formidables batteries composées de quatre-vingts pièces de canon dont les boulets devaient ouvrir la route à l’infanterie.

A onze heures et quelques miûutes, les commandants des divers corps d’armée reçurent l’ordre d’attaque suivant, portant la date du 18 juin à onze heures du matin :

« Une fois que toute l’armée sera rangée en bataille, à peu près à une heure après-midi, au moment où l’Empereur en donnera l’ordre au maréchal Ney, l’attaque commencera par s’emparer du village de Mont-Saint-Jean, où est l’intersection des routes. A cet effet, les batteries de douze du deuxième et du sixième corps se réuniront à celles du premier corps. Ces vingtquatre bouches à feu tireront sur les troupes de Mont-Saint- Jean, et le comte d’Erlon commencera l’attaque en portant en avant sa division de gauche, la soutenant selon les circonstances par les divisions du premier corps. Le deuxième corps s’avancera à mesure pour garder la hauteur du comte d’Erlon. Les compagnies de sapeurs du premier corps seront prêtes pour se barricader sur-le-champ à Mont-Saint-Jean. »

C’était donc, comme à Ligny, une attaque sur le centre que

l'Empereur allait tenter en faisant concourir son aile gaucho à cette attaque principale, qui aurait coupé l’armée anglolmlge eu deux, en isolant de son centre et de sa droite l’aile gauche de celte armée. Mais il fallait pour cela surmonter les obstacles les plus grands : s’emparer de la Haie-Sainte, emporter le manoir d’Hougoumont, ces deux ouvrages avancés, pour que le deuxième corps restât à la hauteur du premier dans la marche offensive sur le Mont-Saint-Jean. On aurait ensuite à attaquer les ligues ennemies en surmontant les obstacle- naturels derrière lesquels elles étaient établies. En un mot, l’Empereur attaquait sur le point ou le succès devait être le plus difficile à obtenir. Il ne connaissait le champ de bataille où il allait opérer que par une vue d’ensemble nécessairement incomplète, car elle ne pouvait lui révéler les détails qui, à cette distance, s’effacent sous le regard. Les habitants du pays, qui l’auraient éclairé à cet égard par quelques détails topographiques, ne furent pas interrogés. 11 entrevoyait l’obstacle sans en connaître la force '.

Deux heures avant que la lutte commençât, l’Empereur faisait écrire au maréchal Grouchy : « L’Empereur a reçu votre dernier rapport de Gembloux. Vous ne parlez que de deux colonnes prussiennes qui ont passé à Sauvinières et à Sart-lez- Walhain. Cependant des rapports disent qu’une troisième colonne, qui était assez forte, a passé à (ïery et à (tontines, se dirigeant sur Wavres. L’Empereur me charge de vous prévenir qu’eu ce moment Sa Majesté va faire attaquer l’armée anglaise qui a pris position à Waterloo, près de la forêt de Soignes. Ainsi

(. ('* «ont les expressions de l'Empereur lui-même dans les dictées de Suinte Hélène: • I, 'attaque du Mont-Saint-Jean, ai difficile en raison de l’escarpeuieul du plateau, obstacle que l'Empereur entrevoyait , sans en bien connaître la force, dcvail en ouïr se trouver protégée par le feu de quaire- vingts bouches à feu, au nombre desquelles étaient trente pièces de doute, formant l'artillerie de réserve des I rr, 2e et C" corps. •

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