WATERLOO : L'ABSENCE DE GROUCHY EXPLIQUÉE
elle devint si forte que la terre en tremblait : « C’est une grande bataille ! » s’écria le maréchal Grouchy devenu pensif. Le général Gérard insista pour qu’on marchât au bruit du canon ; c’était aussi l’avis du général Valazé et de la plupart des officiers. Le maréchal opposa le mauvais état des chemins qui ne permettrait pas à l’artillerie de suivre, et les ordres de l’Empereur qui prescrivaient de ne pas perdre de vue le maréchal Blüchcr. En vain le général Gérard demanda à marcher seul avec le quatrième corps du côté de la forêt de Soignes, en promettant d’arriver avec ses pièces et leurs coffrets. Le maréchal Grouchy avait pris son parti; comme le général Drouet d’Erlon la veille, il se retranchait dans l’exécution littérale des ordres écrits, sans rien donner à l’inspiration du moment et à l’inlluence des circonstances nouvelles. Encore à Sart-lez-Walhain à une heure de l’après-midi, et à. trois lieues de distance du défilé de Saint-Lambert, il ne pouvait le faire occuper, comme on l’a dit, par sept mille hommes, avant que les Prussiens, qui avaient commencé leur mouvement dès la pointe du jour, et qui, partis de Wavres, n’en étaient qu’à une lieue, y fussent engagés. Il est, en outre, contre toute vraisemblance logique, que l’Empereur lui eût donné à ce sujet un ordre verbal que le maréchid a toujours nié ; l’Empereur pouvait d’autant moins le lui avoir donné, qu’au moment où il quitta le maréchal, il ignorait dans quelle direction marchait Blücher, et si lui-mêtne il livrerait le lendemain bataille à Waterloo. Ce qu’il y a devrai,
avant une heure, puiequo le maréchal Ney ne commença pas avant cet instant rte la journée la grande attaque contre le Muni -Saint-Jean, et qu’on élatl éloigné de plus du cinq lieues du château d’Hougoumont qui fut attaqué vers midi. Il était donc impossible que le maréchal Grouchy, qui avait quatre lieues à faire, la Dyle et le l.usnc à passer, cl des chemins défoncés par les pluies cl presque impraticables à suivre , pflt arrivrr avant les Prussiens , c'est-à-dire en deux heures et demie de temps, sur la droite de Napoléon , tandis que les Prussiens mirenl siv heures à faire deux lieues. 11 ne faut pas que les historiens se laissent aller au désir de regagner les batailles perdues jusqu'à perdre la clairvoyance historique et le sentiment de l’équité envers tous.
LES CENT-JOURS
c’est que Grouchy aurait pu de Sart-lez-Walhain marcher au bruit du canon, et arriver dans une heure avancée de la soirée , sur la droite de l’armée française, en laissant les 95,000 Prussiens se diriger dans le même sens Du moment qu’il ne le faisait pas et qu’il marchait sur Wavres, sa coopération devait nécessairement manquer à l'Empereur. 11 ne reçut, en effet, qu’à quatre heures de l’après-midi, devant Wavres, la première dépêche de l’Empereur, datée de dix heures du matin, qui lui prescrivait de diriger ses mouvements sur cette ville; et ses troupes dans cet instant étaient lorternent engagées contre le corps d’armée de Thielmann et avaient de la peine à enlever le moulin de Bierge, position avancée où les Prussiens étaient fortement retranchés. Eût-il réussi en ce moment à dégager ses troupes, et se fût-il résolu à marcher au bruit du canon, il aurait du prendre le chemin presque impraticable suivi par les Prussiens, qui avaient mis six heures à traverser seulement le défilé de Saint-Lambert pour arriver sur notre droite. 11 était bien tard à une heure, il était trop tard à quatre heures, à plus forte raison était-il trop tard à sept , quand le maréchal Grouchy reçut l’ordre de l’Empereur, daté d’une heure après midi, qui lui prescrivait de manœuvrer sur la droite de l’armée française. Dans cette campagne, les ordres n’arrivaient pas ou arrivaient toujours trop tard ; mais c’est un tort dont on ne saurait faire peser la responsabilité sur le maréchal Grouchy. C’est ainsi que les Prussiens de Bulow
1 . Grouchy calculait que la bataille étant à l’entrée de la forêt de Soigne* sur Mout-Sainl-Jean , de ce point à Ml-Saint-Viuccnl, où èc trouvait Vandaiuuie, il y avait cinq lieues et demie en ligne droite , et six lieues et demie par les chemins de ira verse qui y conduisent. A Sart-lez-Walhain on en était à sept lieues cl demie. Le pays intermédiaire était monlueux, difficile, rempli de défilés, les routes défoucécs par la pluie : il faudrait passer sur deux ponts étroits la Dyle qui n'élail pas guéable. D’après son calcul, Vandamme, qui devait arriver le premier, n’arriverait guère avant dix heures du soir, Gérard plus tard, parce qu'il était plus éloigné.