‹ Histoire de la RestaurationChapitre 275 sur 325 · WATERLOO : LA BATAILLE EST PERDUE · texte numérisé non relu

WATERLOO : LA BATAILLE EST PERDUE

masse confuse qui se retire en désordre, pressée sur le flanc droit par les Prussiens, de front parles Anglais. Nous reculons ainsi de la Haie-Sainte jusqu’à la Belle-Alliance, en éprouvant des pertes cruelles. La garde seule soutient la retraite en formant ses bataillons en carrés et en faisant face à la fois à l’armée prussienne arrivant de Smohain, et à l’armée anglaise arrivant de Mont-Saint-Jean. C’est dans un de ces carrés que se réfugie l’Empereur. La nuit, dont les ombres descendent, augmente le désordre, la voix des chefs n’est plus entendue. Avec l’espoir de vaincre, disparaît cette surexcitation morale qui soutenait nos troupes épuisées; le second corps se disloque comme le premier. A chaque instant, le bruit du canon de Bulow qui achève la destruction du sixième corps, et, maître de Planchenois, se rapproche de le ligne de retraite de l’armée française, retentit de plus en plus *. Tous s’empressent, craignant de ne pas arriver à temps. Napoléon perd ses positions du matin. Le deuxième bataillon du troisième régiment de la garde, après avoir soutenu avec une constance héroïque la mitraille de l’artillerie et plusieurs charges d’une nombreuse cavalerie qui l’assaille sur tous ses eûtes, meurt tout entier au champ d’honneur dans la place où l’Empereur l’a laissé, en avant de la Belle- Alliance , pour protéger la retraite de l’armée. Le mot prêté à Cambronne, leur chef: « La garde meurt, mais ne se rend pas, » n’a point été dit; mais l’action est supérieure aux paroles; ces héroïques soldats, entourés de monceaux de cadavres tombés sous leurs balles et leurs baïonnettes, sont tous morts pour ne pas se rendre. Blücher et Wellington se rencontrant à la Belle-Alliance se jettent l’un dans les bras de l’autre en se félicitant mutuellement de leur victoire. Elle est complète. A huit heures Napoléon avait perdu

I. " I-a prise de Planchenois, défendu par la garde, changea la retraite en déroule. • {Rapport de BlUcher.)

LES CENT-JOURS

la bataille; à huit heures et demie, sa retraite se changeait en déroute; à oeuf heures et demie, elle devient un désastre.

C’est en vain que l’Empereur, parvenu jusqu’aux hauteurs de Rossomme qu'il occupait le matin, essaye d’arrêter les masses ennemies avec les deux bataillons qu’il y a laissés. 11 faut céder, la résistance n’est plus possible, et Napoléon a donné une foi? encore le signal de battre en retraite à ce bataillon qui contient dans ses rangs un grand nombre de généraux blessés ou démontés, entre autres le maréchal Ney, qui, cent fois dans cette sanglante journée, s’est offert à la mort qui n’a pas voulu de lui. Une batterie de la garde fait encore une décharge pour arrêter la cavalerie ennemie; un des boulets fracasse la jambe de lord Uxbridge, commandant en chef de la cavalerie anglaise. C'est le dernier boulet que l’artillerie française tirera de la journée. Toute résistance a cessé. La poursuite commeuce, elle durera toute la nuit. L’armée anglaise, harassée par dix heures de combat, s’arrête pour prendre du repos. .Mais Blücher est là avec 05,000 Prussiens. 11 a promis au duc de Wellington de poursuivre les Français avec sa cavalerie et son artillerie légère toute la nuit *.

Cette poursuite, organisée et dirigée en personne parle général Gneisnau, chef d’état-major général de Blücher, fut terrible, implacable, acharnée. « 11 était neuf heures du soir, dit Blücher dans son rapport, tous les ofliciers supérieure furent réunis et eurent ordre d'envoyer à la poursuite de l’ennemi jusqu’au dernier cavalier. Le clair de lune favorisait beaucoup la poursuite qui n’était qu’une véritable chasse. L’armée française était entièrement désorganisée. La chaussée présentait le

1 . «Je continuai la poursuite longtemps après la tombée «le la nuit, et je ne la lit cesser qu'à cause de la fatigue «les troupes qui étaient engagées depuis «leux heure», et parce <|ue je me trouvais sur la même route que le maréchal ItlUehcr, qui m'assura que son intention était «le poursuivre l'ennemi toute la nuit. A lor«l üalhuret, Wulerloo, 1 9 juin. » (The Dispaichct, etc.)

WATERLOO : DEBOTTE ET POCRSU1TE.

spectacle d’un immense naufrage; elle était couverte d’une quantité prodigieuse de canons , de caissons , de bagages , de débris de toute espèce. Ceux qui, ne s’attendant pas à être poursuivis si vivement, voulaient se reposer, furent poussés successivement de plus de neuf bivouacs. Ceux qui voulaient se maintenir dans les villages ou dans les maisous étaient taillés en pièces. » La garde surtout n’obtint aucun quartier. Le cri poussé à Ligny avait été entendu , et l’ennemi vainqueur y répondait par de cruelles représailles. Les bataillons de la garde qui étaient demeurés organisés protégèrent pendant quelque temps la retraite sur les deux flancs, et empêchèrent la cavalerie prussienne d’arriver jusqu’à la chaussée de Charleroi, qu’ils suivaient parallèlement à distance, et où cheminaient l’artillerie, les caissons, les chariots et les blessés. On arriva ainsi jusqu’au délilé de Genappe, où l’Empereur avait d’abord espéré rallier les débris de son armée. 11 fallut y renoncer. A Genappe, l’armée rencontrait la Dyle que l’artillerie, les chariots, les blessés devaient traverser sur un seul pont. A l’entrée de ce pont, il se lit un encombrement immense. La marche de cette longue colonne se trouvant arrêtée en tête, et les Prussiens continuant à la presser en queue, le désordre, déjà grand depuis le Caillou, augmenta, et une panique soudaine gagna les artilleurs qui coupèrent les traits de leurs chevaux et renversèrent leurs pièces sur la route. Là furent abandonnés et perdus presque toute l’artillerie et une grande partie des chariots de l’armée ; les équipages mêmes de l’Empereur restèrent aux mains de l’ennemi. Des charrettes pleines de blessés versèrent dans les fossés, et les cris déchirants de ces malheureux qu’on ne pouvait secourir déchiraient le cœur de ceux qui les entendaient. Il devenait évident que le ralliement, désormais impossible sur la Dyle, ne pourrait être essayé que sur la Sambre. Le désordre était au comble. Le ralentissement de la retraite avait permis à la cavalerie

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prussienne de serrer de plus près notre armée. Les cris de : « Pas de quartier! pas de quartier! » qui retentissaient sans cesse, augmentaient les angoisses des blessés, et l’on vit plusieurs d’entre eux se brûler la cervelle pour ne pas tomber vivants dans les mains de l’ennemi La garde impériale était cependant parvenue à rallier quelques-uns de ses débris en avant de Genappe ; elle lit là nne halte à onze heures du soir, mais elle ne put demeurer longtemps dans cette position. Les Prussiens commencèrent à diriger contre elle une vive fusillade appuyée par l’artillerie légère. O11 ne pouvait songer à traverser la ville encombrée par le pôle-mèle effroyable des fuyards. Ces restes de la garde, seule troupe encore organisée dans toute cette armée, tournèrent la ville par la gauche un peu avant minuit. Mais à partir de Genappe , tout ordre régulier fut rompu. On marchait par groupes de quelques centaines d’hommes en cherchant à suivre les chemins et les sentiers parallèles à la chaussée de Charleroi. On s’égarait souvent. 11 régnait sur cette chaussée une confusion inextricable augmentée à chaque instant par les formidables hourras de la cavalerie prussienne qui multipliait ses charges. Les soldats français, pour leur échapper, s’éloignèrent de la chaussée et cherchèrent à s’étendre à droite et à gauche. Mais les Prussiens étaient partout. Blücher avait fait monter les hommes les plus alertes de son infanterie légère en croupe de ses cavaliers ; à l’entrée des villages ou des défilés, les fantassins mettaient pied à terre, et les cavaliers prenant le galop allaient se placer à l’autre extrémité pour y sabrer nos soldats au moment où les premières décharges de l’infanterie précipitaient leur fuite. Cette ruse multiplia les pertes de l’armée française. Plus d’une fois aussi,

I . » L'n colonel, pour ne point tomber dan* leurs mains, se brûla la cervelle; vingt autres officiers imitèrent cct exemple. » ( Les Ccni-Jours, par Fleury de Chaboulon, tome 11, page 181.)

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