‹ Histoire de la RestaurationChapitre 276 sur 325 · WATERLOO : DÉROUTE ET POURSUITE · texte numérisé non relu

WATERLOO : DÉROUTE ET POURSUITE

on entendit dans cette nuit fatale un tambour qui battait aux champs , et nos soldats croyant se rallier à un corps français venaient tomber dans le piège qui leur était tendu, car c’était un tambour prussien qui, monté sur un des chevaux des équipages de l’Empereur, accompagnait cette cavalerie, et battait aux champs, pour attirer nos fantassins sous ses coups.

On ne put pas plus s’arrêter aux Quatre-Bras qu’à Genappe. L’Empereur avait fait cependant ordonner à la division Girard, demeurée à Fleurus après la bataille de Ligny, d’occuper cette position afin d’arrêter la fuite de l’armée. Mais tout manque à ceux à qui la victoire manque, et l'ordre de l’Empereur ne fut point reçu ou ne fut pas exécuté. Il comprit dès lors que le ralliement de l’armée ne pouvait s’effectuer que plus loin, et des Quatre-Bras, où il arriva presque seul à minuit, il envoya son frère Jérôme Bonaparte à Marchiennes-au- Pont pour rallier àMaubeugeetàAvesnesles débris qui avaient fui dans cette direction, tandis que lui-même se rendrait à Charleroi pour opérer le ralliement de l’armée sur ce point; en même temps, plusieurs exprès partirent afin d’avertir le maréchal Grouchy de la perte de la bataille et de lui prescrire d’opérer sa retraite sur Namur. Quand une heure après la garde arriva au champ de bataille des Quatre-Bras, il se passa dans ce lieu une scène d’une horreur inexprimable. Ces soldats, accablés de fatigue et consumés par la soif, se précipitèrent vers l’un des petits cours d’eau qui sillonnent la campagne, et s’étendirent sur le bord pour boire à même le ruisseau. La pluie de la veille l’avait grossi, et ses eaux torrentueuses roulaient des débris qui vinrent heurter la tête de nos soldats. La lune sortant eu ce moment des nuages, ils reconnurent que c’étaient des cadavres, et, relevant vivement la tête, ils s’éloignèrent de ces lieux funèbres avec une insurmontable dégoût mêlé d’une pitié profonde. Les tristes restes des victimes du combat des Quatre-Bras apparaissaient aux derniers demeu-

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