WATERLOO : JUGEMENT GÉNÉRAL SUR LA BATAILLE
afin d'y porter lui-même la sinistre nouvelle de la bataille de Waterloo. Personne, à cette date du 20 juin, ne savait si Grouchy avait échappé aux Prussiens et aux Anglais, tous en doutaient, et il fallut plusieurs jours pour rallier sous Laon une force de 20,000 hommes qui n’avait ni la cohésion ni la solidité nécessaire pour arrêter deux grandes années victorieuses qui marchaient vers la capitale.
Telle fut la bataille de Waterloo, un de ces cinq ou six noms . sinistres qui, profondément gravés dans la mémoire des peuples, surnagent sur ce fleuve du temps qui emporte tout homme et toute chose, et, dominant toute une histoire, font verser des flots de larmes après avoir fait couler des flots de sang. Si l’on veut chercher les causes de. la perte de celte bataille, elles sont nombreuses et de natures diverses. 11 y en a de principales et d’accessoires : pour trouver les unes, il faut porter ses regards dans les sphères mondes les plus hautes; les autres relèvent de l’art militaire ; toutes ensemble ont concouru à ce terrible événement.
L’origine de tout, c’est la gageure que, par son retour de l’ile d’Elbe, l’empereur Napoléon avait acceptée contre la force des choses, qui est une des lois de Dieu. Il avait engagé la France, épuisée et affamée de paix, dans une lutte inégale contre l’Europe entière, décidée à conquérir à tout prix son repos par la chute de celui qui l’avait si longtemps troublé.
Il était impossible que, dans ce duel, Napoléon ne finît point par être vaincu. Le décret providentiel qui le frappait était prononcé ; deux choses seulement restaient douteuses : le jour où cet arrêt serait exécuté et le nom du champ de bataille où il viendrait s’écrire. Ce jour fut le 18 juin 1815; ce champ de bataille s’appela Waterloo.
L’Empereur, ses généraux, ses soldats eux-mêmes ont l’intelligence, le sentiment ou l’instinct du coup qui les menace. La fatalité providentielle de la situation pèse sur eux. L’Em-
Hist. de la Rottaur. II. 37