I.ES CENT-JOURS
pereur n’a ni sa présence d'esprit, ni sa promptitude d’initiative, ni son activité ordinaires ; les soucis de la politique le suivent dans le camp. 11 voudrait être à la fois à Paris et à la frontière ; il craint au moins autant les constitutionnels de la Chambre des représentants que les ennemis. Ce puissant esprit se trouble, et l’armée ne reconnaît plus son empereur. La plupart des généraux sont sous l’influence du même malaise moral. Le passé les poursuit, le présent les inquiète, l’avenir les menace, et il y a dans leur courage quelque chose de sombre et de désespéré. Dans le feu de la bataille, le maréchal Ney cric au comte Drouet d’Erlou : « C’est ici qu’il faut mourir; si nous ne mourons pas ici, nous sommes destinés à être pendus 1 ! »
(tuant aux soldats, après avoir as s Lté à tant de changements de scène politiques depuis ces derniers mois, ils se délient de leurs chefs et croient voir partout la trahison. En outre, cette armée, qui a fait et défait les gouvernements, a plus de fougue que de discipline ; elle n’attend point les ordres, elle les prévient ; elle ne se laisse pas conduire, elle veut se conduire ellemême. C’est le même courage, mais ce courage n’est plus réglé. Il y a jusque dans cette valeur quelque chose de furieux et de. désordonné. Un cri peu conforme aux habitudes de la générosité française a retenti dans nos rangs, dès la bataille de Ligny : « Point de quartier! » On veut tuer ou mourir.
Il était impossible que des esprits placés sous ces influences morales, troublés par ces passions, ces préoccupations et ces inquiétudes, ne commissent pas des fautes militaires. Il y en eut beaucoup de commises à Waterloo, tout le monde en lit, l’Empereur le premier.
I, l/e capitaine de Muuduil, dans Les Dernier* Jour» de lu tjrunde urua'e , ullirmc que ces parûtes du maréchal Ne} lui ont été répétées par le coude Drouet d’Erlon lui-méme, 1 /admiration de M. de Mauduil pour Napoléon et ses vive* sympathie.* pour le maréchal Ney donnent un grand poids à Son assertion.
WATERLOO : JUGEMENT GÉNÉRAL Sl'R LA BATAILLE.
Il on est une qu’on peut signaler sans être homme de guerre, parce qu’elle relève du simple bon sens. Il y avait un délai fatal hors duquel l’Empereur ne pouvait pas vaincre à Waterloo; ce délai cessait dèsl'instant où Blùcher, franchissant la distance qui séparait Wavres de Mont-Saint-Jean, entrerait en ligne : il fallait donc commencer la bataille de bonne heure et la finir vite. Au lieu de cela, l’Empereur la commença tard ; il n’emplova pas dans la première attaque tous ses moyens pour emporter le succès, et il attendit, pour frapper le grand coup, l’arrivée des Prussiens, qui rendait la victoire impossible.
Ce fut la principale faute. 11 y en eut une seconde : l’Empereur connaissait mal le champ de bataille, il en est convenu lui-même, en disant qu’il soupçonnait l’obstacle de la position de Mont-Saint-Jean sans en apprécier toute la force. Cette connaissance superficielle du champ de bataille lui fit diriger l’attaque sur le centre , où elle avait moins de chances de réussir que partout ailleurs. Enfin il négligea, grave omission dans un pareil moment et avec une armée où le sentiment de la discipline et de l’obéissance était affaibli, de remplacer le maréchal Mortier dans le commandement de la garde. Cette négligence favorisa la charge inopportune des réserves de cavalerie, une des causes de la perte de la bataille. La fausse nouvelle de l’arrivée de Grouchy contribua à la déroute, par l’irritation que la découverte de la vérité jeta dans l’armée.
Ney, Drouet d’Erlon, Reille, qui commandaient en chef sous l’Empereur, firent leur devoir en braves soldats, mais, comme généraux, ils restèrent au-dessous de leur renommée militaire. L’attaque du château d’IIougoumont fut confuse, indécise, mal conduite : on fit trop pour une diversion, trop peu pour une attaque sérieuse. La première attaque sur la llaie- Sainte et sur le centre de l’ennemi échoua en partie, par suite du mauvais ordre de bataille qu’on fit prendre aux troupes, en partie par le manque de réserves, l’Empereur ayant envoyé
LES CENT-JOURS
le sixième corps au-devant des Prussiens. Les troupes se battirent admirablement toute la journée, mais avec une fougue qui augmenta leurs pertes, un esprit d'indépendance et un mépris du commandement qui enlevèrent à l’Empereur les éléments du succès en les engageant avant l'heure.
Reste le maréchal Grouchy. On l’a rendu responsable de tout. 11 x a toujours, le lendemain d’un désastre, un homme de malheur en qui ou le personnifie. L’Empereur avait le droit de compter, répète-t-on, que Grouchy retiendrait Blücher à Wavres, et qu’il viendrait lui-même jeter le poids de son corps d’armée dans la balance à Waterloo.
L’Empereur n’avait pas le droit de compter sur cela, et il est remarquable que dans les premières paroles officielles ou secrètes qu’il fit entendre en arrivant à Paris après la bataille de Waterloo, il ne prononça pas le nom de Grouchy. Quand un corps de trente-trois mille hommes suit une armée de quatrevingt-dix mille, et qu’il y a une bataille à quelques lieues de là, qu’y a-t-il de plus vraisemblable? C’est évidemment que l’armée la plus nombreuse arrêtera la plus faible avec uu détachement, et portera le surplus de ses forces sur le terrain du combat. Ce fut précisément ce qui arriva. Ce qu’on peut reprocher à Grouchy, ce n’est donc pas de ne pas avoir retenu Itlücher; évidemment il ne le pouvait pas, parce qu’il était des deux tiers plus faible que lui ; ce fut de ne pas avoir marché lui-même, coûte que coûte, au bruit du canon. Ce fut son tort. Contribua-t-il par là à la perte de la bataille ? C’est encore une question. Même en supposant qu'il partit de Sart-lez- Walhain à une heure, avec la distance, les difficultés naturelles du terrain à parcourir et l’état des chemins, il était douteux qu’il arrivât avant neuf heures et demie ou dix heures sur notre liane droit ou sur le liane gauche de l’ennemi? Est-ce Wellington, est-ce Blüclier qui gagna la bataille? Si l’on entend demander par là quel fut celui qui jeta dans le plateau de la