WATERLOO : JUGEAIENT GÉNÉRAI. SI R LA BATAILLE
balance le poids qui l’entraîna, évidemment ce fut Blücher. Hans sa dépêche du 19 juin à lord Bathurst, le duc de Wellington, qui écrivait au sortir de la bataille, le reconnaît luimême dans une phrase contrainte où l’on entrevoit, à côté du sentiment de justice de l’homme de guerre, la souffrance morale que cet aveu fait éprouver à l’orgueil britannique : « Je ne rendrais pas justice, dit-il , à mes propres sentiments, ni au maréchal Blücher et à l’armée prussienne, si je n’attribuais pas l’issue favorable de cette laborieuse ( arduous ) journée à l’assistance cordiale et opportune que j’ai reçue d’eux. La manœuvre du général Bulow sur le flanc droit de l’ennemi a été des plus décisives , et quand je ne me serais pas moi-même trouvé en situation de faire l’attaque qui a produit le résultat final, elle aurait contraint l’ennemi de se retirer après l’échec de sa tentative, et l’aurait empêché d'en prendre avantage, si malheureusement elle avait réussi. »
De l’aveu du duc de Wellington lui-même, ce fut donc l’arrivée des Prussiens qui détermina le dénoâment de la journée, car l’attaque finale dont parle le général anglais n’aurait pas été possible si nous n’avions pas été assaillis dans ce moment par 65,000 Prussiens sur notre liane droit et notre ligne d'opération. Mais si Wellington, par sa prodigieuse ténacité et par la fermeté à toute épreuve de ses troupes, qui égalèrent le courage de nos soldats sans le surpasser, n’avait pas fait durer la bataille jusqu’au soir, Blücher ne l’aurait pas gagnée. Pour dire •vrai, ils la gagnèrent tous deux. Les deux noms de Blücher et de Wellington sont inséparables dans la bataille de Waterloo et de la bataille de Waterloo. Ce que le premier commença, le second l’acheva.
La victoire fut décisive, mais elle leur coûta cher. Les troupes françaises illustrèrent leur malheur par leur courage. C’est une merveille qu’après une si grande bataille le duc de Wellington n’ait eu à envoyer à son gouvernement que trois
LES CENT-JOURS
aigles Les vaincus emportaient plus de drapeaux que les vainqueurs, car l’Empereur avait reçu six drapeaux ennemis flans le combat. Des deux côtés on avait fait les pertes les plus cruelles. Nous laissions près de trente mille hommes blessés ou morts sur le champ de bataille, et la garde entrait dans ce chiffre pour onze mille hommes: c’était plusdela moitié de son effectif; aussi faut-il dire qu’elle avait soutenu tout le poids de la retraite, et que les Prussiens ne lui avaient fait presque aucun quartier. Les pertes des coalisés furent presque aussi considérables. D’après les états envoyés parle duc de Wellington à lord Bathurst, l’armée anglaise proprement dite, qui ne comptait que 43,133 combattants à Waterloo, eut 2,432 tués, 9,328 blessés et 1,873 hommes absents; c’étaient 13,833 hommes, près du tiers de l’armée, qui manquaient à l’appel. L’armée anglo-hollandaise s’élevant, en tenant compte de ses deux éléments, à 70,000 hommes, on peut évaluer à 22,000 les hommes mis hors de combat, et les Prussiens, quoique arrivés à la tin de la journée, perdirent au delà de 3,000 des leurs. L’épuisement de l’année anglaise était tel, qu'elle futobligéede s’arrêter sur le champ de bataille et de laisser les Prussiens continuer seuls la poursuite.
11 y a un recueil fie documents où la grandeur de ces perte? paraît encore mieux que dans les chiffres des morts et des blessés, c’est la correspondance du duc de Wellington après la bataille. Ses premières lettres respirent plutôt l’abattement d’un vaincu que l’enivrement d’un vainqueur. Il écrit dans son rapport à lord Bathurst, daté de Waterloo, le 19 juin: « Votre* seigneurie comprendra qu’une bataille si acharnée n’a pu être livrée ni de tels succès obtenus sans être achetés par de grandes pertes, et j’ai le regret d’ajouter que les nôtres ont été immenses. » Le même jour, il écrit au comte d'Aberdeen,
1. ■ J’envoie avec ces dépêche* trois aigles • [The Disputches of tht dukr of Weiliuijton.)