NAPOLÉON A PARIS
en lui annonçant la mort de son frère : « Je ne puis vous exprimer avec quels regrets et quelle douleur je regarde autour de moi, et je contemple les pertes que j’ai faites. La gloire si chèrement achetée qui suit de telles actions u’est pas une consolation pour moi. » Le même jour encore il écrit au duc de Beaufort, en lui annonçant que son frère Fitzroy a perdu le bras droit : « En vérité, les pertes que j’ai éprouvées m'ont abattu et comme brisé, et je n’ai pas le courage de me réjouir des avantages que nous avons obtenus. » Ce u’est que le 23 juin, qu’écrivant du Cuteau au comte d’Uxbridge, ce vaillant général de sa cavalerie qui a perdu une jambe à la bataille de Waterloo, il commence à prendre le dessus, et à signaler le résultat de sa victoire : « L’armée de Bonaparte est détruite, dit-il; sans doute il peut joindre à ce qui lui reste le cinquième corps, qui est sous le commandement de Rapp à Strasbourg; le troisième, qui était à Wavres durant la bataille, et probablement quelques troupes de la Vendée ; mais je demeure convaincu qu’il ne peut plus désormais nous faire tète. Je puis me tromper, mais je crois que nous venons de donner à Napoléon le coup mortel. »
NAPOLÉON a PARIS.— LES CHAMBRES.— P Ü UC. II K K r LA eavf.ttl. — ABDICATION l)F. L’KM PERF. I R. — NOM INATION DM NB COMMIS- SION UE 00 1 V E B N L M F. NT. — NAPOLÉON P A II T POIR LA MAL- MAISON. — DÉPART POliR R OC H K FORT. — LE BELLÉROPIION. — DEPART POL'R SAINTE- HÉLÈNE.
Le duc de Wellington ne se trompait pas. Napoléon, après la bataille de Waterloo, avait hâte d’arriver à Paris. Quoique Blilcher et les Prussiens suivissent de près les débris de son armée, il comprenait que là était le plus grave de ses périls.
LES CENT-JOURS
Les grandes catastrophes, comme les tempêtes, sont annoncées par un souffle précurseur qui passe sur les esprits comme sur les cœurs. Dans l’après-midi du 20 juin, le bruit d’un désastre s’était répandu dans la capitale. Vers six heures, l’aide de camp du prince d’Eckmhul, envoyé par lui à la découverte, et qui avait assisté à la fin de la bataille, arriva à franc étrier, et lui annonça qu’il avait quitté Waterloo à huit heures le 1 8 juin, et que la bataille était perdue : « Je vous ferais fusiller pour m’apporter une pareille nouvelle si je ne vous connaissais pas, s’écria avec brusquerie le maréchal. — Plût à Dieu que vous me fissiez fusiller si cela changeait l’événement, » répliqua tristement le brave colonel Michel.
La crise politique avait été suspendue à Paris depuis le 12 juin, jour du départ de l’Empereur pour l’armée ; les yeux, les cœurs, les intelligences, tout était aux frontières ; on vivait dans l’attente de l’événement de guerre qui devait tout décider. La Chambre des représentants, partagée entre sa haine contre les Bourbons et la crainte de l'Empereur, inquiète, défiante, ombrageuse, formaliste, querellait le ministère sur quelques mesures arbitraires de Napoléon, et pour avoir commencé la guerre sans un vote parlementaire, surveillait de l’œil l’horizon, et remplissait ce loisir de quelques jours en travaillant à la Constitution, prévoyant un conflit si l’Empereur revenait vainqueur, peu disposée à l’épargner s’il revenait vaincu. Fouché, vigilant comme l’araignée au milieu de ses trames , attendait que la fortune lui amenât sa proie. Il avait la main sur la Chambre , le regard sur les champs de bataille où la destinée de Napoléon allait être fixée par cette terrible loi de la force si souvent invoquée par l’Empereur contre ses ennemis, et des intelligences partout . Les bonapartistes les plus dévoués ne comptaient que sur le génie de Napoléon , aidé par la victoire , pour résoudre un problème sans cela insoluble par Napoléon lui-même. Les indifférents