ENTENTE DE FOLCHÉ ET DE LA FAYETTE. Ü
n’étaient ni sans émotion, ni même sans inquiétude, Car il y a des liens qui, dans les grands changements , rattachent les intérêts privés aux intérêts publics. A la première rumeur du désastre éprouvé par nos armes, la vie politique reprit son mouvement à Paris. Au milieu de la stupeur publique, les haines, les intérêts, les vanités, les ambitions, les peurs, furent en émoi. Était-il vrai que Napoléon fût arrivé dans la nuit du 20 au 21 juin, porteur de la sinistre nouvelle de sa dernière et irrémédiable défaite? Le désastre était-il aussi complet que commençait à le raconter la renommée?
Un homme qui avait joué en 1789 un rôle plus grand que son génie et que les événements avaient depuis longtemps relégué loin de la scène des affaires , le général La Fayette, caractère intègre, cœur honnête, mais entraîné souvent dans des situations équivoques et fausses par sa vanité, qui lui faisait confondre dans un même culte son influence personnelle et certaines théories abstraites de 1789 dont il faisait un dogme, fut un des premiers à s’inquiéter de ces bruits. 11 se rendit chez Fouché pour obtenir des renseignements. Jamais deux hommes plus divers et plus antipathiques l’un à l’autre par leurs qualités comme parleurs défauts ne se trouvèrent en présence. Fouché avait presque toutes les qualités d’esprit qui manquaient à La Fayette, le sens politique, le coup d’œil, la connaissance des hommes, la pratique des affaires, le discernement des choses possibles et de celles qui ne l’étaient pas ; La Fayette avait la plupart des qualités de cœur qui manquaient à Fouché, la persistance politique, la bienveillance, l’humanité, la loyauté personnelle, la noblesse des sentiments, le dévouement à ses principes. Cependantcesdeux hommes si divers se rencontraient cette fois dans la même pensée, parce que tous deux, par des motifs différents, étaient également résolus à renverser Napoléon. Le premier le sacrifiait à ses calculs, à son ambition, à ses intérêts empressés de se mettre d’accord avec la force des
choses, peut-être aussi à de vieilles rancunes, car l'ancien ministre de l’Empereur n’avait pas oublié ses mépris ; le second, à ses théories, à l’espérance illusoire de favoriser l'avénement de ses idées favorites, de donner le pouvoir à la Chambre dont il faisait partie, et de jouer dans cette Chambre le principal rôle. Aucun des deux n’était insensible à la satisfaction de vanité que l’un et l’autre trouvaient à faire sortir de la scène du inonde le grand acteur qui l’avait remplie pendant quinze ans.
La Fayette apprit de Fouché ce qu’il voulait savoir, et il est vraisemblable que ces confidences calculées allèrent un peu au delà du péril réel que courait la Chambre. Les circonstances amenaient au duc d’Otrante, qui n’avait jamais laissé échapper ni un homme ni une occasion, l’instrument dont il avait besoin; instrument d’autant plus précieux qu’il croyait agir par une inspiration spontanée, et qu’il couvrait les manœuvres de Fouché en le servant. M. de La Fayette apprit donc que Napoléon était arrivé, à une heure avancée de la nuit, à l’Élysée : « U y avait rassemblé son conseil; il paraissait déterminé à dissoudre la Chambre, à usurper la dictature et à tout entraîner dans sa ruine. » Le général La Fayette assure que ces reuseignelnents lui furent confirmés par Régnault de Saint-Jean-d’Angely, un des ministres, qui venait de l’Élysée; et il ajoute qu’il résolut de défendre la représentation du pays, en lui ménageant la seule chance qui restât d’arrêter la inarche des coalisés et de négocier avec eux, si des succès le permettaient ou si leurs déclarations avaient été sincères '. Ces termes modérés laissent assez clairement paraître la résolution bien arrêtée d’arracher ou d’obtenir l’abdication de Napoléon.
Le général La Fayette crut facilement que la Chambre était menacée, parce qu’il avait besoin de croire que l’Empereur était disposé à se porter aux dernières extrémités envers elle,