‹ Histoire de la RestaurationChapitre 284 sur 325 · SITUATION CRITIQUE OR L’EMPEREUR · texte numérisé non relu

SITUATION CRITIQUE OR L’EMPEREUR

pour se trouver autorisé de son côté à se porter aux dernières extrémités envers l’Empereur. La séance pouvait désormais s’ouvrir: Fouché était tranquille, il était assuré que les paroles nécessaires seraient dites, dites par une bouche qui ne laisserait pas soupçonner d’où partait le coup qui frappait l’Empereur.

Pour comprendre ce qui va suivre , il faut remonter trois mois plus haut par le souvenir. Quand Bonaparte arriva de l’ile d’Elbe, il y avait une partie révolutionnaire nouée pour renverser la Restauration au profit des idées et des hommes de la Révolution. Le retour inopiné de l’Empereur avait dérangé cette partie, que conduisait Fouché. La Chambre, par les soins du ministre de la police et par l’absence d’un grand nombre d’électeurs, était surtout sortie de la nuance d’opinion favorable à cette combinaison. Maintenant que l’Empereur était vaincu et que son rôle paraissait fini par sa défaite, elle retournait, par une pente naturelle, à la pensée dont le retour de l’ile d’Elbe avait empêché l’accomplissement, et comme les hommes à théories sont toujours remplis d’illusions, il lui semblait naturel que les puissances coalisées s’accommodassent de la substitution du pouvoir de la Chambre des Cent-Jours à celui de l’Empereur. De la sorte , Napoléon ne serait venu de l’île d’Elbe que pour renverser la Restauration au profit de MM. de La Fayette, Flaugergues, Dumolard, Garat, dont l’Europe aurait accepté la toute-puissance. Fouché était trop clairvoyant pour partager cette illusion ; mais la Chambre lui était un instrument commode pour renverser l’Empereur; il s’en servait donc, sauf à choisir plus tard, parmi les combinaisons possibles, la plus favorable à ses intérêts.

Telle était la situation qui attendait Napoléon à Paris. Il était arrivé en effet à l’Élysée dans la nuit du 20 au 21 juin, trois mois, jour pour jour, écoulés depuis celui où, revenu de l’ile d’Elbe , il rentrait aux T uileries aux acclamations de ses soldats. Le duc de Vicence, ce fidèle ami de toutes ses fortunes,

LES CENT-JOUHS.

reçut au sortir de sa voiture le vaincu de Waterloo, accablé du poids de son adversité, et ce fut en s'appuyant sur son bras que l’Empereur gravit péniblement les degrés du palais. Des cris entrecoupés s’échappaient de sa poitrine haletante : « L’armée a fait des prodiges; une panique l’a saisie; tout a été perdu. Ncy s’est conduit comme un insensé, il m a fait massacrer toute ma cavalerie. Il me faut deux heures de repos pour être capable de songer à mes affaires. J’étouffe ! Un bain ! qu’on m’apporte un bain ‘ ! »

Quand l’Empereur fut plus en état de parler et d’entendre, Caulaincourt ne lui cacha point combien il regrettait sa venue. Pourquoi s’être séparé de son armée où était sa force, et venir à Paris où il allait rencontrer une opinion agitée, incertaine, inquiète, une Chambre déjà hostile avant Waterloo et encouragée dans son hostilité par le malheur même qui venait de frapper l’Empereur? Pourquoi ne pas être resté avec son armée? c’était là qu’était sa force, sa sûreté. L’Empereur répondait douloureusement qu’il n’avait plus d’armée, et qu’il ne lui restait que des fuyards. Avec cette force inépuisable d’espérance que Dieu donne aux hommes destinés à agir, parce que l'espérance est nécessaire à l’action , il répétait que les périls publics ramèneraient la Chambre à sa causé. 11 irait lui-même lui annoncer son désastre; la majorité était bonne, sa présence contiendrait les opposants, La Fayette, Flatigergues, Lanjuinais, et rallierait la majorité aux mesures nécessaires pour défendre le territoire menacé. Caulaincourt ne dissimula pas à son maître malheureux sa triste, mais invincible incrédulité. Joseph etLucien, accourus à l’Élysée, confirmèrent ces appréhensions en y mêlant l’expression de leurs craintes. Ni l’un ni l’autre ne furent d’avis de risquer de prime abord une séance impériale en présence des dispositions malveil-

I . Fleury de C.liaboulon, Le» Cent-Jour s, tome II, |iage 20.r>.

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