CONSEIL TENU A L’ÉLYSÉE
lantes de la Chambre. Mieux valait essayer des ouvertures par l’intermédiaire des ministres, et sonder ainsi le terrain où l’on devait marcher.
Ce n’étaient là que les premiers épanchements de l’amitié ou de la famille. Lorsque l’Kmpereur, après avoir cherché un peu de calme et de force dans le bain qu’il réclamait en arrivant, voulut ouvrir une délibération sérieuse , il trouva son conseil assemblé. Mt\is déjà la fatale nouvelle de la bataille de Waterloo circulait dans Paris. Les aides de camp et les officiers d’ordonnance de l'Empereur, qui avaient encore sous les yeux le spectacle de la déroute et de la destruction de l’armée ', avaient laissé parler leur affliction, leur découragement et leur déses- . poir; la baignoire même de Napoléon avait été assiégée par des confidents curieux et indiscrets, qui étaient venus surprendre ses soupirs et sonder la profondeur de sa plaie pour la révéler à ses ennemis. La Chambre, comme ces héritiers des empereurs romains à qui allaient les flatteurs et les affranchis, était tenue au courant, minute par minute, de tout ce qui se passait dans la chambre où l’agonie impériale avait commencé. La Fayette était instruit de ce que disait, de ce que voulait faire et même de ce queue voulait pas faire l’Empereur, et l’Empereur ne savait rien de ce que préparait La Fayette. Enfin la délibération du conseil commença. L’Empereur l’ouvrit en faisant lire devant le ministère réuni le bulletin de la bataille de Waterloo, qu’on appelait à cette époque la bataille de Mont-Saint-Jean. 11 ajouta que ce désastre, si grave qu’il fût, pouvait être réparé par un grand et noble mouvemenl imprimé à la nation et à l’armée : « Si la nation se lève , l’ennemi sera écrasé. Si, au lieu de levées eu masse et de mesure> extraordinaires, on dispute, tout est perdu. L’ennemi est en France, j’ai besoin pour sauver la patrie d’un grand pouvoir,
I. Le» Ceul-Joun, [>ar Flcurj (le r.liaboulon , Inme II, gage Î07.
LES CENT-JOURS
d’une dictature temporaire. Dans l'intérêt de la patrie, je pourrais la saisir ; mais il serait utile et plus national qu’elle me fût donnée par les Chambrer »
Les ministres ne répondirent que par un triste et morne silence. Sur l’interpellation personnelle et directe de l’Empereur, il fallut le rompre. Carnot seul opina dans le sens de cette dictature, qui, appuyée sur les Chambres, appellerait aux armes, au nom de la patrie déclarée en danger, toutes les gardes nationales de France, défendrait à outrance les abords de Paris, et se retirerait, s’il le fallait, vers la Loire. L’imagination échauffée de l’ancien membre du comité de salut public, se trouvant reportée par les extrémités de 1813 aux extrémités de 1793 et 1794, dont sa jeunesse avait été témoin, revoyait par la pensée les quatorze armées de la République lancées contre l’Europe ; il oubliait qu’il, est aussi difficile de rallumer dans le coeur d’un peuple un enthousiasme éteint (jue de faire refluer dans ses veines son sang épuisé. Caulaineourt, plus au courant de la situation réelle de l’Europe et de celle de la France, laissa percer sa conviction profonde de la chute inévitable de l’Empire. Il insista seulement sur la nécessité de conserver de bons rapports avec la Chambre, si l’on voulait tenter une résistance nationale.
Ce fut aussi le thème de Fouché. Il assura « qu’en montrant aux Chambres confiance et bonne foi, on parviendrait à leur faire sentir la nécessité de se réunir à l’Empereur pour sauver ensemble par des mesures énergiques l’honneur et l’indépendance de la nation. « Ce langage faisait partie de la tactique du duc d’Otrante. 11 conseillait à l’Empereur la modération envers la Chambre, et il allait conseiller à la Chambre la hardiesse contre l’Empereur. En retenant celui-ci, en poussant celle-là, ' il devait arriver à son but.
Sauf le ministre Decrès, qui déclara qu’on ne pouvait compter sur la Chambre, tout le conseil se rallia à l’avis de Fouché.
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