LES PAIRS SIIVENT LES REPRESENTANTS
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représentants est acquise à la France. Désavouer ce message sur quelques points, le rectifier même, ce serait scinder notre système législatif au moment où il a le plus de besoin d’être un contre les tentatives de la violence et de la force. La Chambre des pairs ne doit refuser ni sa part de péril, ni sa part de sauvegarde. Que la France trouve parmi nous aussi ses représentants , et pour cela, montrons à tout risque notre ferme intention de lui conserver le bienfait du gouvernement représentatif. »
Le risque n’était pas grand. Au fond, l’impuissance de la Chambre des pairs se mettait à la suite de la puissance relative de la Chambre des représentants, appuyée sur la nécessité publique de la paix, et soulevée par le souffle de l’esprit révolutionnaire qui avait animé les dernières élections. La Chambre des pairs termina sa séance en nommant, sur la provocation de Lucien lui-même, les cinq membres qui devaient faire partie de la commission nommée par l’autre Chambre; elle choisit les lieutenants généraux Andréossy, Drouot et Dejean, et deux anciens membres de la Convention, Boissy d’Anglas et Thibaudeau.
Après cette double épreuve tentée sur les deux Chambres, Lucien revint à l’Élysée et déclara sans détour à l’Empereur qu’il n’avait plus le choix qu’entre deux extrémités : un coup d’État et une abdication. Les ministres les plus dévoués à Napoléon, le duc de Yicence et le duc de Bassano, éloignaient la pensée d’un coup d’État qui jetait dans les aventures; ils pressaient l’Empereur d’abdiquer dans l’intérêt de son fils. Carnot seul, esprit moins flexible, mais forte et ardente nature, plus dévoué à la cause de la Révolution qu’a celle de la liberté, comprenait par instinct que si la main de Napoléon disparaissait des affaires, rien n’empêcherait le char de rouler sur la pente qui l’entraînait vers la monarchie légitime, et il opinait pour le coup d’État, parce qu’à ses yeux l’Empire était encore une
LES CENT-JOURS
forme de la Révolution. Entre ces deux partis extrêmes, Napoléon ne choisissait pas. 11 était retombé dans cette torpeur de volonté d’où il était un moment sorti le matin ; renonçant à faire sa destinée, il l’attendait.
A onze heures du soir, le 21 juin, la commission des dix membres se réunit à l’Elysée avec les ministres à portefeuille et les ministres d’Etat, sous la présidence de l’archichancelier; Lucien assistait à cette conférence qui comptait vingt et un membres présents. La nuit du 21 au 22 juin fut agitée. On comprenait des deux côtés que l’on marchait vers la crise finale, et l’on prenait ses précautions. La garde nationale campait autour de la Chambre, et le bureau avait choisi une commission d’inspecteurs de la salle chargés de donner des ordres aux défenseurs de l’Assemblée. Le fantôme du 18 brumaire se levait devant les esprits, mais ce n’était qu’un fantôme; les mômes hommes n’étaient plus dans la môme situation. Les premières heures du grand conseil qui se tenait à l’Élysée furent employées à voter les mesures nécessaires aux linances, au recrutement, aux moyens de résistance contre l’ennemi. Puis on décida, à une majorité de seize voix contre cinq, qu’une commission nommée par les deux Chambres négocierait directement avec les coalisés, à la seule condition que ceux-ci s’engageraient à respecter l’indépendance nationale et le droit qu’a tout peuple de se donner la constitution qu’il préfère. C’était la déchéance morale de l’Empereur. La Fayette demanda quelque chose de plus. 11 rappela les discours prononcés à la Chambre des représentants, surtout celui de M. Jay qui s’était déclaré sans détour pour l’abdication. Un des membres lit alors observer que si les amis de Napoléon avaient cru son abdication nécessaire au salut de la France, ils auraient été les premiers à la provoquer. — « C’est parler en vrai Français, reprit M. de La Fayette, j’adopte cette idée et je la convertis en motion. 4e demande que nous allions chez