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en effet, suspendue, et pendant cette suspension, tes derniers coups furent portés à la volonté chancelante de l’Empereur. Lucien, qui le matin lui avait conseillé la hardiesse et même la violence, vint lui dire que l’heure de la résistance était passée, et qu’il fallait maintenant se soumettre à sa destinée. Joseph joignit scs instances soumises aux conseils impérieux de Lucien qui déjà prenait la plume pour écrire l’acte d’abdication. Napoléon jeta un regard d’amère ironie sur Fouché, ce vainqueur de la journée, qui attendait sans marque extérieure d’impatience la lin de l’agonie du second Empire : « Ecrivez à ces Messieurs, lui dit-il, de se tenir tranquilles, ils vont être satisfaits. » Fouché, sans avoir l’air de comprendre ni le regard, ni l’accent, écrivit comme par obéissance à Manuel qu’ils avaient partie gagnée, et qu’il n’y avait plus d’Empercur. Pendant qu’il écrivait ce billet, Lucien traçait à la hâte la déclaration suivante, en partie dictée par Napoléon :
OKCLAKATION AU l'KCl'LE FBAXÇAIS-
« Un commençant la guerre pour soutenir l'indépendance nationale, je comptais sur la réunion de tous les efforts, de toutes les volontés, et le concours de toutes les autorités nationales. J'étais fondé à en espérer le succès, cl j'avais bravé toutes les déclarations des puissances contre moi. Iæ? circonstances me paraissent changées; je m’offre eu sacrifice à la haine des ennemis de la France. Puissent-ils être sincères dans leurs déclarations, et n'ch avoir voulu réellement qu'à ma personne. Ma vie politique est terminée, et je proclame mon lils, sous le titre de Napoléon II , empereur des Français. Les ministres actuels formeront provisoirement le conseil de gouvernement. L’intérêt que je porte à mon lils m’engage à inviter les Chambres à organiser sans délai la régence par une loi. Unissez-vous tons pour le salut public et pour rester une nation indépendante. >
Ainsi, le 22 juin 1815, le second Empire finissait comme le premier par une abdication. Seulement, en 18M, la présence de l’étranger à Paris avait été nécessaire, et le Sénat et le Corps
DÉPUTATION DK* BKSHKSBNTJUVTS A l’ÉLÏSÉE. lift
législatif,, mus. par U main, de M. de Talleyrand, parlaient de loin à Napoléon campant à. fontainebleau au milieu d’urie armée dont il disposait encore. Dette fois on était lace à face, l'Empereur àl’Élysée, la Chambre au Palais-Bourbon, Fouché, héritier du rôle du prince de Talleyrand, dans le cabinet de l'Empereur, l’armée française à Laon , l’étranger encore aux frontières. La Chambre avait sufii au renversement de Napoléon; c’était le même dénouaient, mais tout semblait rapetissé, la scène et les acteurs. Par uu singulier retour de fortune , quelques-uns de ceux qui avaient subi le coup d’Etat du 18 brumaire à l’Orangerie de Saint-Cloud luisaient partie de l’assemblée qui rendait à Napoléon le coup qu’une autre assemblée avait reçu seize ans plus tôt du général Bonaparte. Parmi les constitutionnels, plusieurs jouissaient délicieusement de cette revanche , mais nul plus que le général La Fayette , qui avait été l’instrument de la chute de Napoléon, et qui s’en croyait l’auteur.
Aussitôt que l’acte d’abdication fut écrit , on en lit deux copies : l’Empereur les signa. 11 chargea le duc de Gaéteet les comtes Mollienet Carnot de porter la première à la Chambre des pairs, les ducs d’Otrante et de Vicence et le ministre de la marine Décrûs de porter l’autre à la Chambre des représentants.
Cette Chambre accepta solennellement l’acte d’abdication , sans se prononcer sur la clause qui appelait le roi de Borne uu trône. Elle arrêta « qu’une députation formée de son président et de son bureau se rendrait auprès de Napoléou Bonaparte pour lui exprimer la reconnaissance et le respect avec lesquels elle acceptait, le noble sacrilice qu’il u fait à l’indépendance et au bonheur du peuple français. » Démarche entre le respect et la dérision de la part des représentants qui feignaient de recevoir comme volontaire cette abdication forcée, signéè sous la menace d’une déchéance différée, pour tout sursis, d’une heure. La Chambre arrêta cri outre « qu’il serait nommé
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sans délai une commission de cinq membres, dont trois choisis dans la Chambre des représentants et deux dans la Chambre des pairs, pour exercer provisoirement les fonctions du gouvernement, et que les ministres continueraient leurs fonctions sous l’autorité de cette commission. Les membres des deux Chambres appelés à faire partie de cette commission, ne pouvaient , pendant la durée de leurs fonctions, exercer aucune fonction législative. »
Le général La Fayette, qui, comme membre du bureau, faisait partie de la commission chargée d’aller remercier l’Empereur, put se donner le spectacle de cette grande fortune tombée. Tout en parlant de la dignité de paroles, de gestes et de maintien de Napoléon, il ne peut s'empêcher d’insister avec une puérilité sénile sur la majesté de la députation dont il faisait partie. « Ce fut un spectacle imposant, dit-il, que l’arrivée de ces neuf représentants du peuple forts du respect dù à une assemblée nationale et venant annoncer à celui qui, après avoir dominé tous les souverains du continent, commandait encore à l'armée française, à sa garde, à un grand parti dans le- faubourgs, qu’il n’était plus empereur et que la nation reprenait le gouvernement ‘. »
La vanité humaine, même dans les nobles cœurs, est sujette à se faire d’étranges illusions. Sans cela le général La Fayette aurait compris que ces neuf représentants d’une assemblée pleine des demeurants de 93 et qui, élue par quelques milliers d’électeurs triés autrefois par Napoléon, et cette fois inspirés par Fouché, dont l’influence avait dominé dans les collèges électoraux à moitié déserts, ne représentait qu’elle-même, ses petites passions, ses préventions, ses vanités, faisaient une médiocre figure devant cet empereur qui s’était abandonné lui-même après avoir été abandonné de la fortune : sans ar-