‹ Histoire de la RestaurationChapitre 297 sur 325 · I.ES CENT-JOt'KS · texte numérisé non relu

I.ES CENT-JOt'KS

que par la forme pl»^ ou moins respectueuse des instances substituée à la forme impérieuse des injonctions. La seconde, c’est qu’au fond les serviteurs les plus intimes de l'Empereur étaient fatigués de cette domination absolue qui, occupant la scène tout entière, ne laissait place il aucune initiative individuelle. L’Empire sans l'Empereur était, dès 1814, Tutopie politique de la plus grande partie des chefs du parti bonapartiste. Cette disposition n’était pas changée eu 181?*, puisqu’on avait songé, avant l'arrivée de Napoléon, à tenter dans ce sens un coup contre la Restauration. 'L’abdication une fois signée, les partisans de cette combinaison allaient la défendre à outrance; car cette fois, ce n’était plus pour leur maître, c’était pour eux-mêmes qu’ils combattaient.

Les impérialistes ne virent pas qu’en fait ils avaient perdu la partie, le 22 juin, en consentant, sur la proposition de M. Dupin, à la nomination d’une commission provisoire du gouvernement tirée des Chambres, et en renonçant à faire nommer un conseil de régence. Les représentants désignèrent d’abord Carnot, qui eut 324 voix par l’union des bonapartistes reconnaissants du concours persévérant prêté par lui à l’Empereur, avec les révolutionnaires naturellement ralliés à l’ancien membre du comité de salut public, et avec les constitutionnels pleins de confiance dans sa probité politique. Fouché, auquel manquèrent probablement quelques voix intelligentes du parti constitutionnel et du parti bonapartiste, eut 293 suffrages. Il était en rapport avec tous les partis, et donnait à tous des espérances, parlant aux partisans du roi de Rome de sa correspondance avec M. de Metternich, aux orléanistes de sa correspondance avec le duc d’Orléans, et se prévalant, auprès de ses anciens collègues de la Convention, d’une communauté d’origine, souvenir du passé, gage de l’avenir. D’ailleurs, l’Empereur une fois descendu de la scène, le duc d’Otrante devenait le pei-sonnage le plus considérable de lasitua-

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tiou. LeB circonstances étaient difficiles, et sa capacité notoire, son influence incontestable lui attiraient le suffrage de ceux qui n’avaient aucune estime pour son caractère. Les ainis du général La Fayette, c’est-à-dire les constitutionnels les plus prononcés, espéraient le faire arriver en troisième dans la commission; mais leur espoir fut déçu. Le général La Fayette, exclu à la fois par les bonapartistes, qui lui gardaient une rancune facile à comprendre ; par les orléanistes, avec lesquels il n’avait voulu prendre aucun engagement, et par les représentants qui recevaient le mot d’ordre de Fouché, obtint cent quarante voix seulement, et, ballotté avec le général Grenier, il se vit préférer son concurrent qui ne faisait ombrage à personne. Onverra bientôt la Chambre des pairs nommer le duc de Ÿicence à cause de sa notoriété diplomatique, de ses rapports connus avec l’empereur Alexandre, et de ses liens avec la dynastie impériale, et l’ancien conventionnel' Quinctte, gage donné à la Révolution. 11 devait donc y avoir dans la commission provisoire trois régicides, Fouché, Carnot et Quinottc; un ami particulier de l’Empereur, le duc de Vicence , et un homme sans grande notoriété politique , appartenant à l’armée par son grade, et au parti constitutionnel par ses opinions, le général Grenier. Mais il était d’avance indiqué que Fouché prendrait le principal rôle. Carnot, qui aurait pu le lui disputer, avait donné la mesure de sa valeur comme homme d'action dans le Directoire. Le duc de Vicence était sans espoir, par conséquent sans activité, et en outre sans influence sur la Chambre des représentants. Quinette et Grenier étaient des hommes de second plan. Dès le premier moment , la prééminence de Fouché se dessina; la commission exécutive le choisit pour président.

Le premier acte du gouvernement provisoire fut de nommer le maréchal Masséna, ami de Fouché, ennemi personnel de Napoléon , sympathique au parti révolutionnaire par ses antécédents, commandant en chef de la garde nationale. Parce

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