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choix, Fouché éloignait Lu Fayette de ce commandement actif, comme il l’avait éloigné de la commission exécutive. Le second acte fut de nommer une légation chargée d’arrêter, s’il était encore possible, la marche des coalisés. Fouché croyait peu à l’eflieacité de cette ambassade; quelque chose de plus, il ne désirait pas qu’elle fût efficace, car l’approche des armées étrangères était pour lui une carte dans son jeu politique. Mais il donnait satisfaction aux illusions de la Chambre, et il saisissait l’occasion d’éloigner M. de La Fayette du théâtre de l’action, en le plaçant dans cette légation, dont faisaient partie M. Laforêt, diplomate habile, sms répugnance -comme sans parti pris en matière de gouvernement, ami d’ailleurs du prince de Talleyrand, et agréable au prince de Metternich dont il était connu; le général Sébastiani, esprit souple, caractère délié, un des auxiliaires du général Bonaparte le 18 brumaire, un de ceux qui se montraient les plus prompts à abandonner l’empereur Napoléon à la fin des Cent-Jours ; le marquis d’ Argeuson, appartenant au parti constitutionnel; le comte de Pontécoulant, un des membres modérés de la Convention, politique sagace, sachant prendre à temps sou parti et le soutenir avecdécision, peu disposé du reste à s’opiniâtrer à la défense des causes perdues, ainsi que le témoignait la conduite tenue dans les dernières circonstances par ce personnage, ancien sénateur de Bonaparte, pair du Roi en 1814, et redevenu en 1815 pair de l’Empereur. Benjamin Constant avait été adjoint comme secrétaire à cette légation , où il y avait, à côté de deux hommes à idées arrêtées, La Fayette et d’Argenson, trois caractères de transaction, Laforêt, Sébastiani et Fontécoulant.
Avant d’accompagner les cinq ambassadeurs dans leur stérile mission , il faut suivre la question de régence devant les Chambres. Ce fut, comme on pouvait s’y attendre, devant la Chambre des pairs que le premier et le principal effort fut tenté. Le 22 juin, Carnot apporta devant ce corps politique, dans la
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séance de l'après-midi, l’acte d’abdication que la Chambre des représentants avait reçu et accepté depuis plusieurs heures. La Chambre des pairs se résigna en effet, en 1815, au rôle subalterne que le Corps législatif avait joué eu 1814; elle suivait l’initiative prise au Palais-Bourbon, elle adhérait à ses actes, elle n’agissait pas spontanément, et. comme il arrive toujours en politique, tout le monde la laissait dans la position de déférence passive où elle s’était placée au début. Elle était toujours en arrière de quelques heures pour les communications comme pour les votes. Carnot lut donc l’acte d’abdication accueilli par un morne silence entrecoupé d’un sourd frémissement, seul témoignage de regret que tant d’hommes encore dévouésàl’Kmpereurosassent donner, dans ce premier moment, à la nouvelle delà fin de sa vie politique. Cette communication fut renvoyée à une commission. Carnot commença alors la lecture d’un rapport que le ministre de la guerre avait présenté deux heures auparavant aux représentants sur la situation de notre armée devant l’ennemi. Ce rapport, çà et là entremêlé de correspondances venues de l’armée, insistait sur les pertes immenses de l’ennemi, et par opposition sur l’étendue de nos ressources, sur l’arrivée du corps de Grouchy, qui, après une retraite effectuée en bon ordre, avait atteint nos frontières, sur le ralliement de l’armée, qui comptait déjà plus de cinquante mille hommes, réunis près de Rocroy sous le commandement du maréchal Soult.
Si quelque chose au monde pouvait donner de la consistance au parti de la régence napoléonienne, c’était l’opjnion que l’armée, où l’Empire avait sa principale force, était encore en état d’imposer à l’ennemi, à l’intérieur peut-être. Les dernières paroles tombaient encore de la bouche de Carnot, lorsque la contradiction lui vint d’où il ne l'attendait pas, d’où personne ne pouvait l’attendre. Un de ses auditeurs l’écoutait depuis quelque temps déjà avec une impatience marquée, trahie par
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sa physiouomie et par «es gestes. Au moment où Carnot finissait de parler, on entendit ces mots prononcés d’une voix sourde, mais profondément accentuée : « Tout cela est faux; tout cola est chimérique; on vous trompe de tous côtés » Carnot, l’Assemblée, les tribunes tournèrent avec anxiété les yeux du côté d’où partait l’interruption. Le maréchal Ney. debout, le bras étendu comme un témoin qui va déposer, portant encore dans ses traits contractés les traces des fatigues surhumaines de cette rapide campagne, et celles de la tristesse profonde qu’avait laissée sur sa mâle physionomie le spectacle de notre désastre, tirait de sa poitrine des paroles entrecoupées qui produisaient une impression d’autant plus profonde qu’il semblait se faire violence pour les en arracher : « On vous trompe en tout , répéta-t-il avec un énergique accent de véracité douloureuse. L’ennemi est victorieux sur tous les points. J’ai vu le mal, puisque je commandais sous l’Empereur. Cela marchait bien d’abord. Avec les cuirassiers du brave général Milhaud, avec une section de la cavalerie de la garde, nous avions emporté les premières positions du Mont-Saint-Jean et sabré bien des canonniers sur leurs pièces. Il fallait redoubler sans retard et nourrir la charge, car le feu des Anglais était effroyable, et il se fait bien des vides pendant qu’on avance ainsi sur les morts et qu’on arrache pied à pied la victoire. Aussi, quand nos forces furent diminuées, comme on ne venait pas les soutenir et que nous avions devant nous des montagnes d’infanterie anglaise, il y eut un ébranlement dans les premiers rangs lancés des grenadiers de la garde. J’y courus.
I. Nous rétablissons le» paroles du luaréclud Ke.V défigurées au Moniteur , d'après le texte donné, par M. Villcmatn , témoin ému de celle séance et qui les avait gravées dans sa mémoire : <• On sorlit des tribunes pendant la remise de la séance, dit-il. Je courus dans le coin le plus reculé du Luxembourg méditer avecmoi la séance que je venais d'enlcndre, et, le rieur tout ému, j’yiUbnçais clans les sillons de ma jeune mémoire ces paroles de deuil héroïque et de colère injuste peut-être. » (Les Cent-Jours, par M. Villeniain, page 310.)