‹ Histoire de la RestaurationChapitre 30 sur 325 · ACTES ET PAROLES DE NAPOLÉON A GRENOBLE · texte numérisé non relu

ACTES ET PAROLES DE NAPOLÉON A GRENOBLE

port de M. Lainé à la fin de 1813, mais auxquelles la Charte de 1814 avait donné une vive impulsion. Il y était parlé « de lois protectrices et lil)érales, » et Napoléon qui, dans les temps de sa puissance, aurait peu goûté des paroles semblables, répondait dans le même style : « Mes droits, disait-il, m’ont été confirmés par la nation ; ils ne sont autres que les droits du peuple. Je viens vous arracher à la glèbe, au servage, au régime; féodal dont on vous menace. J’ai trop aimé la guerre, je ne la ferai plus. Nous devons oublier que nous avons été les maîtres du monde. Je veux régner pour rendre notre belle France; libre, heureuse, indépendante. Je veux être moins son souverain que le premier et le meilleur de ses citoyens. »

Ainsi commençait cette langue bâtarde d’un libéralisme bonapartiste, dans laquelle il y avait une double illusion ou un double piège; car on cherchait à rapprocher, dans les mots, deux choses incompatibles, l’omnipotence du génie et de l'épée de Napoléon , qui n’avait sa valeur réelle que lorsqu’il jouissait d’un pouvoir absolu, et les libres garanties d’un gouvernement modéré. Du reste, ces discours n’étaient que la monnaie des proclamations dictées pendant le trajet de l’ile d’Elbe au golfe Juan. L’alliance tacite ou exprimée de l’élément militaire et de l’élément révolutionnaire dominait la situation, que Napoléon lui-même était obligé d’accepter. L’empereur se cachait derrière le citoyen , en raccourcissant sa taille pour ne pas paraître trop grand.

L’ordre de pensées qui remplissait les discours comme les proclamations de Napoléon n’est pas moins remarquable à un autre point de vue. La futilité des motifs qu’il invoquait pour expliquer son retour prouvait qu’il manquait de motifs sérieux. C’était, disait-il, pour soustraire le peuple à la glèbe, à la féodalité, qu’il revenait de l’ile d’Elbe ; vieux noms qui évoquaient des choses plus vieilles encore, des choses dephis longtemps détruites , et qu’il était plus impossible de ressusciter sous la

RETOUR DE I.’lLE D'ELBE.

Restauration, gouvernement d’institutions libres et de discussions légidcs, que sous l'Empire, gouvernement de silence et de pouvoir absolu. Quand on évoque les fantômes, c’est que les réalités manquent. Napoléon parlait un autre et plus sérieux langage , lorsqu'au retour de l’Égypte, il venait délivrer la France de périls qui n’avaient rien d’imaginaire, et lui apporter un secours dont elle avait vraiment besoin. Ici tout était feint et supposé dans son langage, les périls par lesquels il motivait sa venue comme le secours qu’il prétendait apporter, comme la situation qu’il venait, disait-il, faire à la France. Il se présentait comme un souverain pacifique , et il était la guerre. Qu’importait qu’il ne la déclarât pas, si sa présence seule la faisait éclater? Comme dans une situation fausse on est obligé de tromper sur tout, il se présentait comme assuré du concours de l’Autriche, qu’il n’avait pas *, et promettait le retour de l’impératrice Marie-Louise, qui ne devait pas revenir. C’est dans ce sens que furent rédigés tous ses discours et les dépêches qu’il envoya par de nombreux courriers de tous les côtés avant de quitter Grenoble.

Dès le 9 mars, il sortit de cette ville pour se rendre à Lyon avec sa petite armée, forte actuellement de six mille hommes. On allait à marches forcées. Les succès déjà obtenus, l’accueil des populations dont on traversait le territoire, la certitude du petit nombre de troupes qui formait la garnison de Lyon, ne permettaient pas à Napoléon de douter du résultat de sa course vers cette ville.

I. Il disait : • J'aurais pu venir attaquer les Bourbons avec des vaisseaux et des flottes nombreuses ; je n'ai voulu du secours ni de l'Autriche ni de Murat. «

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