‹ Histoire de la RestaurationChapitre 304 sur 325 · FIN DU ROLE ACTIF DE LA CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS · texte numérisé non relu

FIN DU ROLE ACTIF DE LA CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS

entend», en nommant une commission de gouvernement, assurer à la nation les garanties dont elle a besoin, dans les circonstances extraordinaires où elle se trouve, pour conserver sa liberté et son repos.

Les bonapartistes, qui craignaient d’obtenir moins, accueillirent avec enthousiasme cet ordre du jour, et crurent avoir partie gagnée. Leurs adversaires le votèrent, sinon avec le même enthousiasme, au moins avec le même empressement. Il les délivrait d’une proposition épineuse, et leur permettait d’écarter la seule question pratique et importante, la question de régence, sous prétexte que Napoléon II était théoriquement devenu empereur des Français par la force des constitutions de l’Empire. Restait à savoir ce que valaient les constitutions de l’Empire dans les circonstances où l’on se trouvait : c’est ce qu’on n’avait garde de décider, parce qu’on était sûr de ne plus être du même avis. Au fond, l'ordre du jour, tout en constatant que Napoléon II était empereur pour ceux qui reconnaissaient les constitutions de l’Empire, réservait à la Chambre la faculté d’adopter tout autre régime politique qui lui semblerait bon; et, en attendant, maintenait de fait le gouvernement dans les mains de Fouché : c’est-à-dire qu’il ne décidait rien. Voilà pourquoi tout le monde le vota. On attribua l’idée de cet escamotage au duc d’Otrante, qui, mettant ainsi de cûlé la régence après avoir mis de côté l’Empereur, conservait le gouvernement provisoire avec lequel il pouvait tout faire, bien résolu à ne faire que ce qui lui serait utile. La Chambre se sépara aux cris de vive l' Empereur ! c’était une épitaphe sur un tombeau. L’Empire était fini. Dans la soirée même du 23 juin, Fouché, ce railleur cynique, disait dans son cercle : « Voilà qui est au mieux ; on a mis en face l’ancien régime et les constitutions de l’Empire. J’espère qu’on renverra bientôt les deux plaideurs dos à dos, et qu’il sortira de tout cela quelque chose de plus conforme aux besoins et aux

LES CENT-JOCRS.

lumières du siècle. Manuel s’est fait grand honneur ce matin, et la Chambre des représentants aussi, en votant comme un seul homme. C’est là souvent le beau rôle des assemblées. » Ce vote fut la fin du rôle actif de la Chambre. Ce rôle de trois jours n'avait été ni très-digne ni très-beau. Elle avait uchevé à l’Élysée Napoléon abattu par la coalition sur les champs funèbres de Waterloo. La suite des événements devait lui faire mener plus modestement devant l’histoire cc grand triomphe dont le général La Fayette, on l’a vu, était alors comme enivré, en prouvant qu’il avait été emporté, non par la force des hommes, mais par la force des choses. En effet, les représentants, vainqueurs de Napoléon, allaient être vaincus par Fouché. Demeuré maître du gouvernement provisoire, qu’il dominait à la fois par l’astuce, la décision et l’activité de son esprit, une majorité numérique, composée de Quinette et du général Grenier, qui votaient toujours avec lui dans le conseil des Cinq, et surtout et avant tout par la volonté arrêtée de faire sans scrupule ce qui serait possible, pourvu qu’il y trouvât son intérêt, le duc d’Otraute ouvrit son règne d’un moment par une courte proclamation. « L’Empereur, disait-il, s’est offert en sacriüce en abdiquant ; les membres du gouvernement se dévouent en acceptant les rênes de l’État. » Puis, consignant pour mémoire l’avénement nominal de Napoléon II, il annonçait, par une phrase qui démentait cet avènement, que tous les actes publics seraient intitulés au nom seul du peuple français. Ce fut le sujet d’amères récriminations à l’Élysée, ce palais désert et silencieux comme les lieux que la fortune a quittés. Napoléon, témoin impatient et impuissant des actes du gouvernement provisoire, en était eu effet réduit à récriminer contre Fouché. 11 provoquait inutilement le dévouement des amis qu’il espérait avoir conservés à la Chambre : ces amis croyaient avoir payé leur dette et avoir enseveli avec assez d’honneur l’Empire dans son cercueil. Les

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