‹ Histoire de la RestaurationChapitre 305 sur 325 · CINQ COMMISSAIRES SONT ENVOYES AUX COALISES · texte numérisé non relu

CINQ COMMISSAIRES SONT ENVOYES AUX COALISES

provocations de l'Empereur les importunèrent sans les décider à réclamer à la tribune contre l’intitulé adopté par Fouché. Napoléon leur produisait l’effet d’un mort qui sort de son tombeau pour troubler les vivants, et ce tout-puissant, qui avait fait taire pendant tant d’années les assemblées politiques, ne put trouver une voix pour porter ses griefs à la tribune.

Il n’y avait plus qu’une question réellement ouverte : comment et à quelles conditions traiterait-on avec les coalisés? Les autres questions n’étaient qu’accessoires, se rattachaient à la question principale, et pouvaient se réduire à deux: que feraiton de la personne de l’Empereur et comment ferait-on accepter à l’armée son abdication ? comment occuperait-on les Chambres et maintiendrait-on les faubourgs jusqu’à la solution finale? en d'autres termes, comment gouvernerait-on en attendant qu'on traitât ?

La députation de cinq membres, composée de MM. de La Fayette, d’Argenson, Sébastiani, Pontécoulant, Laforét, et à laquelle Benjamin Constant avait été adjoint comme secrétaire, quitta Paris dés le 23 juin, en emportant des instructions rédigées par M. Bignon, ministre des affaires étrangères. Au fond , Fouché attachait peu d’importance aux instructions comme à l’ambassade, qu’il accréditait auprès des coalisés par ses lettres publiques et qu’il désavouait par ses lettres secrètes. Elle n'avait guère d’autre avantage à ses yeux que d’éloigner dans la personne de La Fayette, non pas précisément un obstacle, mais un embarras et une objection. Il savait d’avance qu’elle n’arrêterait personne et ne pourrait rien conclure, et qu’il discuterait lui-méme la convention définitive avec les coalisés arrivés sous les murs de Paris. Cependant plusieurs des commissaires partaient remplis d’illusions. Ils se prévalaient de la déclaration des puissances qu’elles ne faisaient la guerre qu’à Napoléon, et ils en concluaient que la Chambre ayant obligé

LES CE.NT— JOURS

l’Empereur à abdiquer, la guerre était finie'. La négociation ouverte par Fouché avec le prince de Meltemich, le peu de sympathie qu’ Alexandre avait montré l’année précédente pour la Restauration, et l’espoir que le traité offensif et défensif signé par Louis XVI II avec l’Angleterre et l’Autriche aurait augmenté l’antipathie du czar et fait naître celle du roi de Prusse, venaient encore les encourager. Ils pensaient enfin qu’Alexandre signerait l’armistice par jalousie contre les Anglais, afin de les arrêter sur le chemin de Paris et de ne pas leur laisser décider les questions sans lui.

Les plénipotentiaires du gouvernement provisoire faisaient ici preuve de peu de jugement. Dans les circonstances ordinaires, les motifs étroits et les influences secondaires sur lesquelles ils comptaient peuvent exercer une action; dans les circonstances graves, il y a un motif dominant et un courant général qui emporte tout. Napoléon avait refait l’union de l’Europe par sa présence en la remettant tout entière en péril; elle désirait passionnément, à tout prix, et tout intérêt particulier cessant, se mettre à l’abri du retour de ce péril. Il était donc indiqué que ses armées ne s’arrêteraient que lorsque l’éloignement de Napoléon de la scène du monde serait un fait définitivement acquis à l’Europe, et que la durée de ce fait leur serait garantie par l’établissement d’un gouvernement capable de maintenir la paix entre la France et l’Europe.

Les instructions de M. Bignon ne facilitaient pas la tâche des cinq commissaires ; en leur prescrivant de ne rien omettre pour obtenir préalablement un armistice, elles admettaient comme point de départ l'avénemcnt de Napoléon II. Quoiqu'on insistant sur ce point, elles laissaient entrevoir que ce n’était

I. Los molli» des illusions (1rs plénipotentiaires sont Irès-clalrcmcnl exposés dans le lome V des Mémoires du général l.a Fayette. Le général parle du mauvais sucrés de ton ambassade arec l'humeur d'un homme déçu dans des espérances qu’il avait cru fondées.

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