‹ Histoire de la RestaurationChapitre 306 sur 325 · INSTRUCTIONS DES CINQ COMMISSAIRES · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS DES CINQ COMMISSAIRES

point là une question sine quâ non; mais elles leur prescrivaient de déclarer avant tout que le rétablissement de la famille des Bourbons sur le trône de France serait incompatible avec le repos général dé la France, et par conséquent de l’Europe. « L’exclusion des Bourbons est une condition absolue de la tranquillité générale, et c’est un des points auxquels doivent tenir le plus fortement messieurs les plénipotentiaires1 2. » La question de l’exclusion des Bourbons passait la première ; la question de l’intégrité du territoire, sur laquelle on revenait cependant avec une juste sollicitude, ne venait que la seconde: c’était ranger ces deux questions dans l’ordre indiqué par la passion de la Chambre des représentants. Les instructions ajoutaient « que s’il était fait par les puissances étrangères des propositions qui pussent se concilier avec nos plus chers intérêts (touchant la question du gouvernement et la question territoriale), et qui nous fussent offertes comme un moyen de salut, les négociateurs, en s’abstenant d'émettre une opinion prématurée, s’empresseraient d'en rendre compte et de demander les ordres du gouvernement *. »

Au fond, il n’y avait qu’une exclusion absolue, celle des Bourbons. Celte exclusion revenait sous toutes les formes. Ainsi on indiquait aux plénipotentiaires la corde sensible qu’il fallait faire vibrer en s’adressant au cabinet de Vienne, qui « pourrait bien ne pas voir avec plaisir le rétablissement sur le trône de France d’une branche de la maison de Bourbon, tandis qu’une autre branche de cette maison monte sur le trône de Naples. » Auprès de l’empereur de Russie « auquel la con-

1 . « Il est une chance moins fUcheuse, que nous devons prévoir, c'esl que les puissances, fidèles, «lu moins en partie, à lenrs déclarations, n'insistent pas absolument pour imposer à la France la famille des Bourbons, mais qu'elles exigent d'un autre côté l’exclusion du flls de l’Empereur. »

2. Voir le texte des instructions dans Us Crut- Jours , par M. Fleury de Chaboulon, tome II, page 298.

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duite générale des Bourbons n’a pas été agréable, » on ferait valoir d’autres arguments.

Les commissaires se rendirent, comme on le leur avait prescrit, à Laon, où ils trouvèrent l’arrière-garde de notre armée, et de là ils écrivirent nu prince Bltlcher et au duc de Wellington, pour demander la suspension des hostilités et des passeports, afin de parvenir auprès des souverains coalisés. Le comte de Noslitz, aide de camp de Bltlcher, et deux autres officiers vinrent leur apporter une réponse verbale : la suspension des hostilités était impossible, à cause de l'état respectif des dfiux années, à moins qu’on n’accordât des avantages équivalents à ceux que les coalisés pouvaient attendre de la continuation de leur marche, c’est-à-dire la possession de toutes les places fortes des frontières, y compris Metz, Thionville, Mézières, Maubeuge et Sarrelouis. Quant aux passe-ports, les souverains allaient être consultés sur cette question. Le séjour des commissaires à Laon se trouva prolongé jusqu’au 25 juin par l’attente des passe-ports, et ils employèrent ce séjour à pressentir les officiers prussiens et anglais, porteurs de la réponse à leur message, sur l’accueil que rencontreraient leurs propositions, et à correspondre avec le gouvernement provisoire. C’est ainsi qu’ils avertissaient celui-ci, par une lettre officielle datée du 26, qu’on leur avait refusé même un armistice de cinq jours, à moins qu’ils ne voulussent signer la condition inacceptable de la cession des places fortes; qu’on leur avait promis des passeports pour se rendre à Mauheim ou à Heidelberg, où devaient se trouver les souverains; que les aides de camp de Bltlcher et de Wellington leur avaient certifié la disposition des deux généraux à recevoir à leur quartier général, actuellement à Noyon, des commissaires exclusivement chargés de traiter des conditions auxquelles on pouvait arrêter l’effusion du sang, sans rien préjuger pour le reste; enfin, et c’était là l'objet principal de lalettrc, les commissaires répondaient ainsi à une note que leur

DÉPÊCHE DES CINQ COMMISSAIRES AU GOUVERNEMENT. 637 avait fait passer le gouvernement provisoire, relativement au projet éventuel de Napoléon de passer avec ses frères en Amérique. « 11 résulte de nos conversations avec les aides de camp des deux généraux en chef, que les puissances alliées exigeront des garanties et des précautions, afin que Napoléon ne puisse jamais reparaître sur la scène du monde. Ils prétendent que leurs peuples mêmes demandent sûreté contre ses entreprises. Il est de notre devoir d’observer que son évasion avant l’issue des négociations serait regardée comme une mauvaise foi de notre part, et pourrait compromettre essentiellement le salut de la France. Nous avons d’ailleurs l’espérance que cette affaire pourra se terminer à la satisfaction de l'Empereur, puisqu’ils ont fait peu d’objections à son séjour et à celui de ses frères en Angleterre, ce qu’ils ont paru préférer au projet de retraite en Amérique. 11 n’a été question dans aucune conversation du prince impérial. Nous ne devions pas aborder cette question, à laquelle ils ne se sont pas livrés. »

Les premières paroles étaient graves, et devaient exercer sur la conduite du gouvernement provisoire à l’égard de Napoléon une influence dont on retrouvera la trace. On déclarait son évasion un cas de responsabilité pour le gouvernement provisoire, constitué gardien de sa personne. Ce n’était pas assez de l’avoir abattu, il fallait le tenir jusqu’à ce que l’Europe vint mettre la main sur son prisonnier. Cet avertissement, officiellement donné au gouvernement provisoire dans une lettre collective des commissaires, diminue un peu la magnanimité des paroles que le général La Fayette raconte avoir tenues, quelques jours plus tard, à Ilagueneau, dans une conférence avec les ministres d’Autriche, de Prusse, de Russie et d’Angleterre II est juste d’ajouter que La Fayette, d’Argensou et

1. Le général La Lavette raconte ainsi ce Tait dana se* llémoirtM : « Lord

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Benjamin Constant, admettaient la possibilité du séjour de Napoléon en Angleterre comme simple particulier, jouissant de la protection des lois anglaises. D’après le récit du général Sébastiani , qui tournait en raillerie , longtemps après, l’utopie de ses collègues, Benjamin Constant, dont la plume facile était au service de toutes les thèses, projetait une note pour démontrer que « rien n’était d’une exécution plus simple, plus opportune, et ne ferait un plus grand honneur au système représentatif. » Laforét, homme pratique qui avait peu d’illusions en politique, devait partager l’opinion du général Sébastiani sur l’utopie de ses trois collègues.

La mission des commissaires avait évidemment échoué avant d’avoir commencé. Partis avec la conviction que l’abdication de Napoléon terminait tout, ils apprenaient aux avant-postes que l’Europe considérait cette abdication comme insuffisante, si on ne lui conservait pas son prisonnier ; avec l’ordre d’annoncer l’avéncment de Napoléon 11, ils n’avaient pas osé prononcer son nom devant les aides de camp de Wellington et de Blücher. Les passe-ports ayant été apportés par le prince de Schoènburg, ils continuèrent leur course inutile. Les affaires allaient désormais se traiter derrière eux. On ralentissait plutôt leur marche qu’on ne la pressait. Enfin ils arrivèrent à Hagtieneau où se trouvaient les souverains, ils demandèrent en vain à être reçus. Le général La Fayette ayant fait une demande personnelle pour arriver jusqu’à l'empereur Alexandre, avec lequel il avait eu de bons rapports en 1814, l'aide de camp de service lui signifia qu’il regardait comme contraire à son devoir

Slcwart me dit personnellement dans une conférence : — Je dois >ous prévenir, Monsieur, qu'il n'y a pas de pais possible avec les puissances alliées, à moins que vous ne nous lis riez Bonaparte. — Jo sois bien élonné, lui répondis-je, que pour proposer une pareille lài-lieté au peuple français, vous vous adret' si er do préférence au prisonnier d'Oiniuti. • (Iféwotrev rte Ln FmjwUt, (orne V.)

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