‹ Histoire de la RestaurationChapitre 311 sur 325 · MARCHE DES COALISES SCR PARIS · texte numérisé non relu

MARCHE DES COALISES SCR PARIS

qu'il pourrait de sa grandeur passée, qu’à s’assurer la liberté de la vie privée, où il se serait trouvé comme à l’étroit, après tant d’années d’empire , et peut-être , sans s’en rendre bien compte, préférait-il la situation de prisonnier politique de l’Europe à celle de simple particulier aux États-Unis. 11 était comme un homme qui, sorti malgré lui de la scène, attend toujours une voix qui l’y rappelle, ou un incident qui l’oblige à y remonter, et il repoussait toute voix qui lui proposait un autre parti, comme un bruit importun qui le troublait dans un rêve agréable pour le mettre en face de la triste réalité.

Au milieu de ces incertitudes, les coalisés continuaient leur marche vers Paris sans rencontrer d’obstacles sérieux. Les débris de l’armée française se repliaient en bon ordre devant eux et marchaient vers la capitale. Grouch y, qui les commandait, avait eu comme une rapide intuition du seul parti qui restait à prendre. Voyant ledécouragement des troupesaprèsl’abdication de l’Empereur, l’impossibilité de prolonger utilement la lutte, la ferme volonté des étrangers d’obtenir des garanties contre le retour de Napoléon, il comprit qu'il n’y avait qu’un moyen d’arrêter l’invasion et de préserver Paris, c’était de faire proclamer Louis XV 1 1 1 par l’armée. Une seconde réflexion l’obligea à reconnaître que les plaintes élevées contre sa conduite à Waterloo lui laissaient peu d’autorité pour entraîner l’armée dans cette voie, et il se résigna à suivre les ordres du gouvernement provisoire, qui lui prescrivait de se rapprocher de Paris pour favoriser les négociations qu'il cherchait à ouvrir avec Blücher et Wellington.

Les nouveaux commissaires nommés à cet effet, MM. Andréossy, de Valence, Flaugergues, Boissy-d’Anglas et La Bénardière, avaient reçu des instructions moins absolues que les cinq plénipotentiaires envoyés précédemment aux souverains. On abandonnait les exigences exprimées d’abord au sujet de Napoléon. « La copie qui leur est remise des instructionsdonnées

LES CF.NT-JOl IIS.

à MM. les plénipotentiaires chargés de se rendre auprès des souverains alliés fera connaître aux commissaires quelles ont été jusqu’à ce jour les bases sur lesquelles le gouvernement a désiré établir les négociations. Il est possible que le cours des événements les forçai élargir ces bases, mais MM. les commissaires jugeront que, si une nécessité absolue oblige à donner les mains à des arrangements d’une autre nature, de manière à ce que nous ne puissions sauver, dans toute sa plénitude, le principe de notre indépendance, c’est un devoir sacré de tâcher d’échapper à la plus grande partie des inconvénients attachés au malheur seul de sa modification '. » F.n outre, les négociateurs devaient porter aux coalisés l’assurance que « les résolutions prises le jour même par le gouvernement provisoire fournissaient une réponse à toutes les objections qu’on viendrait à faire sur le danger et la possibilité du retour de Napoléon. » Le gouvernement provisoire n’avait point oublié la lettre écrite de Laon par les premiers négociateurs, et, pour se mettre en mesure avec les coalisés européens qui lui faisaient un cas de déloyauté de l’évasion de Napoléon, il envoyait le lieutenantgénéral Becker à la Malmaison avec le titre de commandant de la garde de l’Empereur. Les instructions écrites de cet officier, signées par le duc d’Otrante, lui prescrivaient « de veiller à la conservation de la personne de Napoléon , au respect qui lui était dû, et d’empêcher les malveillants de se servir de son nom pour occasionner des troubles. » C’était, sous une forme respectueuse et sous une dénomination acceptable, un gardien à vue donné à l’Empereur par le chef du gouvernement provisoire, qui se sentait responsable envers l’Europe.

L’Empereur accepta cette nouvelle conséquence de sa mauvaise fortune, sans paraître sentir la mesure de surveillance

I . Citil par M. Fleury de Cbaboulon, qui donne ce document in e.ciemo dans te» Cent-Jo-irt, lome II, page 310.

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